LIVRE Vil. — TERRIBLE REPONSE A BRISSOT ET AUTRES
au moins la Providence nous défendre encore contre lui et contre Doos-mémes! Puîssiez-vous vouft-mémes changer de principes et vous hâter de prévenir les maux que vous nous avez préparés I A ce prix» je consens à vous louer. » Votre patriotisme n*a été ni vrai, ni soutenu, leur disait-il en terminant; et, dans un résumé rapide, il les accusait en définitive d'obéir à un intérêt de parti, et, sans chercher à savoir sUs servaient la cour ou- toute autre faction, de n'être point les amis sincères de la Révolution (1 ).
Certes, à côté de vérités frappantes, il y avait dans ce volumineux réquisitoire plus d'une injustice regrettable, comme lorsque Robespierre insinuait que la dénonciation contre le comité autrichien pouvait bien avoir été concertée avec les ennemis de la Révolution. Sans doute il aurait mieux valu que, calme et stoïque, il eût dédaigné les attaques furieuses dont sa personne était l'objet depuis deux mois, qu'il n'eût point ramassé l'arme avec laquelle ses adversaires s'efforçaient de le tuer ; mais diffamé sans cesse, sans relâche, est-il permis de s'étonner que la patience lui ait manqué? Où donc estille sage, l'homme impeccable, pétri de miel onctueux, qui, à certains moàoents et devant certaines provocations, ne sente le sang lui monter \ la tête, et ne refoule dans son cœur sa modération native et ses instincts débonnaires (2)?
(I) Voyez ce long et remarquable article dans le numéro 3 du DéfM$tur de la Cont^ libUkm, de la page 113 à la page 149. Il a été reproduit dans YHistoirt parUmert' iure, t. XIV, p. 397 et sniv. Ce troisième numéro du journal de Robespierre contient, cnoQtre, un article sur la séance permanente de l'Assemblée, une lettre de Metz, en ^ do 25 mai, sur les manœuvres de quelques officiers supérieurs, et un certain Mnbre de décrets de FAssemblée.
(3) M. Michelet fait une étrange confusion entre le discours prononcé le 27 mai Qx Jacobins par Robespierre, au stget des affiliations, et l'important article du ^fen$eurde la Constitution, du 31 mai (Hiêt, de la Béwlut., t. lU, p. 44^. Naturelle- ■rat, il se montre à l'égard de Robespierre à\me excessive sévérité. Quant aux Girondins, ou plutôt quant « aux enfants perdus de la Gironde, v tels que Girey-Dupré, I^vet, car M. Michelet a soin de mettre les chefs, les véritables calomniateurs hors de cause, ils insinuaient malicieusement, perfidement, que ce Caton n'était pas net, et * *v»re, sui^'ant M. Michelet, leur en fournissait-il l'occasion (t. m, p, 449). Ainsi ^nc, depuis deux mois, il n'est sortes de calomnies dégoûtantes que Brissot et Con- ^et De répandent contre Robespierre ; ils le présentent comme payé par la liste QTile, comme appartenant au comité autrichien, mais c'est malice, petite perfidie. Qosnt à Robespierre qui, poussé à bout, s'avise un beau jour de se défendre et de Kndre coup pour coup, on nous le montre ■ se retournant dans son fiel. > 0 justice des hommes ! Brissot et Condorcet n'étaient pas les enfants perdus de la Gironde; eh ^.' c'est à eux que revient la responsabilité de tant de calomnies sans nom; et l^bespierre avait bien raison, dédaignant les exécuteurs subalternes, de s'en prendra k la tête, aux chefs de file.
Brissot écumant, hors de lui, répondît, en dénaturant, avec une mauvaise foi qui lui était familière, la pensée de son adversaire. Robespierre lui avait reproché de n'avoir pas, en dénonçant Monlmorin et Bertrand, incriminé « des personnages plus importants, un chef de parti redoutable, » c'est-à-dire La Fayette, dont les Girondins ne s'étaient pas encore violemment séparés : Brissot, s'arrêlant au milieu de la phrase, feignit de croire qu'il s'agissait ici du roi et de la reine, auxquels Robespierre n'avait nullement songé, et il l'avertit gravement que la logique ordinaire de ses dénonciations ne serait admise ni à l'Assemblée nationale ni dans aucun tribunal (1). Brissot parlant de logique en matière de dénonciation ! cela pouvait prêter à rire.
Renforcés d'une nouvelle feuille, la Sentinelle^ journal-affiche rédigé par Louvet aux frais du ministre de Pin teneur, et dont plusieurs numéros se tirèrent à plus de vingt mille exemplaires (2), le Patriote franrois et la Chronique de Paris rivalisèrent de haine , firent assaut de calomnies contre Robespierre, le dénoncèrent comme un transfuge, nous dirons bientôt pourquoi. A la séance du 30 mai, aux Jacobins, le maréchal de Rochambeau, qui, à la suite des échecs de Mons et de Tournai, avait cru devoirdonner sa démission, étant venu à ce sujet fournir en personne des explications à la société des Amis de la Cooslitulion dont il était membre, et ayant accusé les ministres d'être les principaux auteurs du désastre, plusieurs de ses collègues demandèrent sa radiation en se fondant sur ce qu'il avait déserté son poste en présence de l'ennemi. Robespierre montra plus de mesure. Selon lui, il . était difficile à la société de se prononcer, les faits n'étant pas assez connus, et trop peu dlmpartialité présidant à ses délibérations. Au surplus, il se disait encore moins porté à accuser les ministres actuels, parce qu'il n'était pas dans ses principes d'accorder aux ministres des éloges outrés ou de les blâmer sans sujet. Il disculpait ensuite les soldats du reproche d'insubordination lancé contre eux par le maréchal. Loin de là, prétendait-il, ils sont tout disposés à verser leur sang pour
(1) Patriote français^ numéros 1031 et 1032.
(2) Voyez les Mémoires de Louvet^ p. 42.
LlVllii: vil. LE MARECHAL ROCHAMBEAU AUX JACOBINS 2^71
la patrie, prophétisant ainâi, aox applaudissements de tous, la grandeur des armées immortelles de la Révolution. C'était aux ministres à rassurer le peuple inquiet, à prouver qu'ils n'étaient pas attachés à tel général, mais à la nation, car la seule chose à craindre, à son avis, celait le despotisme militaire. Doppet lui reprocha très-injustement d'avoir fait le procès aux mipistres plutôt qu'à Rochambeau. « Il n'y a qu'an esclave des ministres qui puisse tenir un pareil langage, » répiiqua4-il rudement. Après d'assez vifs débats dans lesquels Real, Bâomier et Hyon prirent tour à tour la parole contre le maréchal, un membre obscur, nommé Délayant, défendit Rochambeau, en disant que certaines personnes, après avoir donné leur dén^ission, n'en éuîeot pas moins restées au sein de la société, en conservant son estime. A cette allusion directe, Robespierre remonta à la tribune, et, en quelfies paroles vivement applaudies, il établit la différence existant entre l'abandon d'une place périlleuse et l'abandon d'une fonction tranquille et lucrative comme celle dont il s'était démis pour courir à un poste pénible et dangereux, et mériter davantage l'estime et la confiance de Ks concitoyens (1). Il ne s'était point mépris sur les auteurs de cette aitasioQ blessante; mais, n'eùt-il pas senti doh le coup était parti, les journaux girondins eussent pris soin de l'en avertir. La radiation de Ibchambeau ayant été prononcée, la feuille de Condorcet publia que Robespierre méritait le même traitement (2), et celle de Brissot, trou- Taot faible la jusiification du maréchal, lui aurait conseillé de dire, pour excuse, qu'il n'avait donné sa démission qu'afin d'entreprendre QD journal (3).
En lisant de pareilles inepties, ne semble-t-il pas que les ennemis de Robespierre aient été frappés de vertige? Si, pour conserver le gage dé lÉtat, ie glorieux révolutionnaire s'avise de regarder cooame funeste laliénation des forêts nationales convoitées par les spéculateurs, les Girondins ne manquent pas d'insinuer que le comité autrichien et les iiéros de Coblentz regardent ces forêts comme une poire pour la soif, et que cinquante millions d'impositions de plus pèseront sur le peuple, ii elles ne sont pas vendues (/i). Robespierre se permet-il de prévenir la société des Amis de la Constitution que des libelles concertés avec des étrangers sont distribués au milieu d'elle, il est mensongèremént cënoncé par le Patriote français^ comme s'étant opposé à ce que la
ilp Jovnial des débats et de la correspondance de la Société des Amis ds la Consêitution,
(2) Chronique de Paris, du 3 jnm 1792.
\Z^ PalrioCe françois^ numéro 1028 (du 3 juin).
H) Ibid., numéro 1032.
société de Paris écrivit aux sociétés de Londres et de Manchester, et comme ayant, de connivence en quelque sorte avec le comité autrichien, insulté leurs envoyés (1) ; et cependant, personne ne rignoraît, c'était lui-même qui s*était chargé de la présentation des délégués de la société constitutionnelle de Manchester, présentation à la suite de laquelle cette société avait été affiliée à celle des Amis de 4a Constitution (2).
Un député de la droite, du nom de Ribes, avait proposé à TAssemblée législative de décréter d'accusation Louis-Philippe d'OrléaDs, Dumouriez et Bonne-Carrère, comme chefs de la faction désignée aux Jacobins par Jlobespierre; le journal de Brissot eut soin de faire remarquer que ce dernier avait été cité avec éloge par le député Ribes, « ce champion du comité autrichien, v dit-il , mais il se garda bien d'ajouter que dès le surlendemain, 6 juin, Robespierre avait déclaré à la tribune de la société que, s'ilr était un moyen de détruire les bruits absurdes répandus sur la prétendue faction d'Orléans, c'était sans doute le discours de M. Ribes (3). Il s'était exprimé ainsi après un long discours de Sillery, dans lequel le mari de madame de Genlis avait tracé le panégyrique de son ami l'ex-duc d'Orléans, et s*était efforcé de prouver l'attachement de ce prince à la cause de la Révolution. SLUery ayant demandé à Robespierre la permission de citer ses paroles, comme une sorte de garantie à la suite du discours qu'il avait prononcé luimême et qu'il se proposait d'imprimer, Maximilien accueillit assez mal cette demande, ne comprenant pas qu'on réclamât de lui Tattestation de la non-existence d'une faction chimérique ou réelle. Il avait exprimé son sentiment, selon sa conscience et ses lumières, d'après des conjectures et des raisonnements qui étaient au pouvoir de chacun ; mais, étranger à toute espèce de faction, il ne voulait pas, disait-il, mêler son nom avec les noms mêmes de ceux à qui, sans absurdité, on ne pouvait supposer des projets factieux. Il terminait en engageant la société à ne pas s'occuper de ces sortes d'affaires particulières, et à écarter avec soin les manœuvres des flagorneurs et des intrigants. Les Jacobins passèrent à Tordre du jour, en applaudissant à ce rude langage.
Le lendemain paraissaient dans le numéro k du Défenseur de la Cous--
(1) Voyez le numéro 202 du Journal des débats et de la correspondance, etc., combiné aveo le numéro 1032 du Patriote françois.
(2) Journal des débats et de la correspondance de la Société des Amis de la Constitutiott^ numéro 177.
(3) Voyez le Patriote françois^ numéro 1032, et le Journal des débats et de la pondance, etc., numéro 208.