‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 118 sur 314 · LIVRE VII. — LE CAMP DE VINGT MILLE HOMMES · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — LE CAMP DE VINGT MILLE HOMMES

mille hommes représentaient à leurs yeux l'armée de la Révolution ; à force de menées, ils parvinrent à opposer au projet du ministre one pétition couverte de huit mille signatures, au milieu desquelles figuraient celles de femmes et d'enfants.

Autrement importante fut l'opposition de Robespierre qui» lui aussi, mais par des motifs bien différents, comme il eue soin de le dire luimême (t), crut d'abord devoir combattre la proposition de Servan, quand, le 7 juin, elle fut discutée dans une séance extraordinaire des Jacobins. Un pareil rassemblement aux portes de Paris lui paraissait à la fois inutile et dangereux; inutile, en ce que, la capitale n'ayant à craindre que les ennemis de l'intérieur, tous les champions du despotisme, il suffisait, selon lui, de la garde nationale et du peuple pour les combattre; dangereuse, en ce que les ennemis de l'égalité ne manqueraient pas, il le craignait du moins, de chercher à se servir de cette force pour maîtriser la capitale et par suite les départements. Quant à l'opposition du côté droit à ce projet, il y voyait une de ces tactiques qui avaient trop souvent réussi au sein de l'Assemblée constituante. Évidenunent il commettait là une erreur positive, mais ses craintes avaient un semblant de fondement dai^s l'union récente des Girondins avec les Feuillants, et les premiers récoltaient le fruit de leur imprudence. Au lieu de placer cette armée aux portes de Paris, disait Kûbespierre en terminant, il était absolument nécessaire de la porter «irnos frontières dégarnies et menacées (2).

L'Assemblée nationale vota, dans sa séance du 8 juin, la formation du camp de vingt mille hommes sous Paris, lesquels devaient se composer de volontaires inscrits à cet effet dans un registre particulier ouvert dans la municipalité de chaque chef-lieu de canton. 11 fut décidé que, dans le cas où le nombre des citoyens disposés à marcher dépasserait le chiffre prescrit pour chaque canton, les volontaires inscrits, ceux-là seulement, se réuniraient en assemblée électorale à l'effet de choisir eux-mêmes ceux qui seraient appelés au camp. Cétait là une disposition toi importante, car il était à croire que les plus ardents patriotes s'empresseraient de s'enrôler, et l'on entendit avec étonnement Vergniaud >ppoyer l'avis de ceux qui voulaient abandonner aux corps administrattb le soin de choisir. On senUit si bien la gravité de cette question ^ le soir, aux Jacobins, on proposa d'adresser aux sociétés affiliées one circulaire à ce sujet. Robespierre critiqua de nouveau le décret renda dans la journée ; et, à ce sujet, il entreprit de démontrer corn-

a) DifmaemréÊ la ConUtUrtioii, maaéco 5, p. 220. Vidé inféré.

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bien était favorable à la liberté le droit pour chaque citoyen d'apprécier, en termes convenables, les actes du Corps législatif. La constitution, loin de défendre de pareilles discussions, lui semblait, au contraire, y inviter les citoyens. On applaudit fort à ces principes; la société se rendit même en partie aux observations de Robespierre touchant le camp de vingt mille hommes, en décidant que dans la circulaire adressée aux sociétés affiliées pour leur recommander de bons choix, on développerait à la fois les inconvénients et les avantages du projet adopté par l'Assemblée nationale (t).

Si les Girondins se montrèrent furieux, cela se devine de reste. € M. Robespierre a entièrement levé le masque, * s'écria Girey-Dupré dans le Patriote français. Dans des articles tout remplis d'invectives, l'âpre collaborateur de Brissot présenta Robespierre comme le digne émule des meneurs autrichiens du côté droit, et l'apostropha en des termes dont la grossièreté est à peine croyable. Toute autre réputation eût succombé peut-être sous de si persévérantes calomnies ; mais à Paris la popularité de l'homme était inattaquable; le nombre de ses partisans parut s'accrottre en proportion même des agressions odieuses dirigées contre lui, tant était grande la confiance qu'il inspirait. Aussi l'exécuteur girondin s'en prend -il à ces partisans mêmes qui, selon lui, « ont renoncé en faveur de M. Robespierre à l'usage de la raison (2). i 0 délicatesse rare, et preuve excellente de modération et d'équité! Parce que Robespierre différait d'avis avec les Girondins sur l'opportunité d'une mesure jugée indispensable par eux, on le désignait tout de suite à la France entière comme un transfuge, comme un traître. A ces procédés d'une si noire déloyauté, à ces outrages sans nom, Robespierre opposa cette fois le plus absolu dédain. Il se contenta d'exposer et de discuter froidement dans son journal les raisons pour lesquelles il avait cru devoir combattre le projet du ministre. Ah ! si, comme on l'avait annoncé d'abord, il eût été question d'armer la nation entière, ou au moins le peuple des départements frontières, à la bonne heure ! Mais à quoi bon ce rassemblement de vingt mille hommes à Paris l Si c'était pour protéger la capitale contre les ennemis du dedans et les brigands qui l'infestaient, n'avait-on pas le peuple et la garde nationale, dont l'immense majorité était imbue des sentiments les pluspatriotiques? Si c'était pour défendre le pays contre les étrangers, pourquoi ne pas

(1) Journal des débats et de la correspondance de la Société des Amis de la ConstilutioM, numéro 209, séance du 8 juin.

(2) Voyez les numéros 1035 et 1036 du Patriote françois, en comparant ce dcmiei ta imméro 209 du Journal des débats et^ de la correspondance de la Société des Amis de la Constitution^

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