LIVRE VU. — DU RESPECT DU AUX LOIS
porter immédiatement cette force sur nos frontières? Quoi I depuis deux moisi'étendard tricolore devait flotter sur les murs des villes delà Belgique, selon les promesses des partisans de la guerre, et Ton parlait de mettre la capitale à l'abri d'un coup de main ! Les ennemis les plus dangereux, à ses yeux,* étaient ces intrigants vils et féroces qui cherdiaient à tout bouleverser pour dilapider impunément les finances de l'État, et immolera leur ambition, à leur cupidité, la fortune publique et la coDstiUition même. Robespierre redoutait surtout de voir un peuple sans armes confier sa force et son salut à des corporations armées. C'était là, on le sait, sa préoccupation constante. « Le pire des despotismes, » disait-il, « c'est le gouvernement militaire, et depuis longtemps nous y marchons à grands pas. » Il était loin d'ailleurs de suspecter les intentions du ministre de la guerre, dont les principes civiques étaient au moins attestés par sa proposition de laisser à Télec* tioole cbobc des volontaires; mais l'intrigue, l'ignorance ne s'emparerajent-eiles pas de l'urne du scrutin au moment où les factions s*agitiient avec tant de force ? La réputation de patriotisme du ministre lui €& aurait imposé peut«étre , si le patriotisme n'était pas lui-même iDjet à l'erreur 1 Quant à lui, une des meilleures mesures à opposer à tous les enuemis de la Révolution, à ceux du dedans comme à ceux da dehors, il la voyait dans le rappel à Paris des anciens gardes-françaises, et dans Torganisation d'une légion composée de tous les soldats renvoyés de leur régiment pour cause de civisme par l'aristocratie et le despotisme conjurés (i).
Cependant il ne tarda pas à comprendre de quel secours ces fédérés poanraient être pour la Révolution, du moment où le soin de les désigner n'était pas confié aux directoires, comme l'avait demandé Ver- (Biaud; son opposition cessa subitement; et quand, ivres d'enthouùsme, les fédérés arriveront à Paris, c'est à lui qu'ils s'adresseront tad*abord« c'est lui qu'ils prendront pour conseil.
Le décret relatif au camp de vingt mille hommes était rendu depuis fielques jours au moment où Robespierre Tappréciait en termes coupables, mais librement. Non content d'avoir aux Jacobins revendiqué poor tout citoyeii le droit de critiquer les actes du Corps législatif, il crut nécessaire de donner dans son journal quelques développements àsa pensée. Tout membre de la société, sous peine de cesser de l'être, tevait-il, était tenu d'obéir aux lois, expression de la majorité du l*ys. Quant au respect, — respect moral bien entendu, — nulle puis-
0) Voyez r article de Robespierre dans le numéro 5 du Défenseur de la Constitution •^ page 209 à la page 220.
sance humaine ne pouvait l'imposer, parce que ce respect dépendait de Topiniou, laquelle était essentiellement libre. Or, tout en sMnclinaot devant la volonté du plus grand nombre, il entendait ne respecter que la justice et la vérité; s'il obéissait à toutes les lois, il aimait seulement les bonnes, d'où venaient les bonnes mOeurs dans lesquelles se trouvait leur plus sur appui. Que les tyrans exigeassent pour leiff loi un respect absolu, un culte superstitieux, qu'ils la fissent constamment marcher au milieu des armes et des bourreaux^ cela se comprenait, parce que cette loi n'était que l'expression de leur volonté personnelle et souvent injuste opposée à la volonté de la nation entière, et qu'il leur était en quelque sorte indispensable d'interdire aux citoyens de s'éclairer mutuellement sur leurs intérêts les plus chers: mais chez une nation libre, le droit de censurer les actes du Corps législatif était, selon lui, aussi sacré qu'impérieuse la nécessité de les observer. L'exercice de ce droit lui paraissait en effet merveilleusement propre à répandre la lumière, à réparer les erreurs politiques, à affermir les bonnes institutions, à amener la réforme des mauvaises, à conserver, en un mot, la liberté, en prévenant le bouleversement des Etats. Sans détruire la loi, n'était-il pas permis d'en démontrer les vices, afin de disposer l'autorité souveraine à la modifier ou à la changer? Sous un gouvernement représentatif, continuait-il, lavonr de l'opinion publique devait retentir sans cesse, comme un avertissement solennel, aux oreilles des mandataires du peuple, la liberté de la presse étant le seul frein de l'ambition et des passions égoïstes.
Que de vérités dans tout cela i Et combien Robespierre était encore dans le vrai lorsque, arrivant aux autorités constituées, et distinguant soigneusement le magistrat de l'individu, il montrait les fonctionnaires publics s'identifiant presque toujours avec l'autorité qui leur était confiée, se croyant propriétaires de ce dépôt, en disposant sans scrupale au profit de leur vanité, de leur ambition, de leur cupidité, et mettant sans façon leurs personnes à la place du peuple dont ils étaient les diargés d'affaires, c Jamais, » disait-il» c la nation ne se présente devant eux avec les traits augustes du souverain ; ils ne voient que des individus dans l'humble attitude de supplians ou de courtisans ! Fontils quelque bien? ils croient accorder une grâce ! Font-ils le mal? ils croient exercer un droit. De là tous les égaremens de l'orgueil et tous les crimes de la tyrannie. Ceux qu'ils oppriment 08ent41s se plaindre? ils crient à la désobéissance, à la rébellion; ils invoquent le respect dA aux autorités constituées, ils jurent que la tranquillité publique est troublée ; ils les immolent au nom de la loi. » D'après les véritables principes du gouvernement, les emplois publics n'éuient, à son sens,