LIVRE HUITIÈME
JUIN 1702 — SEPTEMBRE i 702
Het produit parle renvoi des ministres. — Séance du 13 juin aux Jacobins. — Les FeoilLuits an pouvoir. — Entente de La Fayette avec lacour. — Les gardes nationaux da Gros-Caillou et La Fayette. — Réponse de Robespierre. — Lettre de La Fayette îTAisemblée nationale. — Sensation produite aux Jacobins. — Violente improvisation. — Robespierre, citoyen français, à La Fayette, général d'armée. — Manifestiiion du 20 juin. — Robespierre y est complètement étranger. — Nouvelle philipiqne de Robespierre contre La Fayette. — Le général à la barre de l'Assemblée.
— Effet de sa présence à Paris. — De la manière dont on fait la guerre.- — Ptnilèle entre La Fayette et Léopold. — Attitude des Girondins. — Violente «nie de leur part contre le général. — Paroles de paix. — Brissot et Robespierre MX Jacobins. — Fureurs des journaux de la Gironde contre La Fayette. — Le ^«^Lamourette. — Manœuvres de la réaction. — Obser\'ations do Robespierre au club des Jacobins. — Discours de Vergniand et de Brissot. — La patrie en danger.
— Adresse aux fédérés. — Marta cbassé des Jacobins. — La fédération de 1792.
— Conseils de Robespierre aux fédérés. — Pétition des fédérés à l'Assemblée ïationale. — Hésitation de l'Assemblée. — Lettre de Robespierre à Coutbon. — 5« observations sur l'ajournement prononcé par l'Assemblée. — Il propose de anver la liberté par la constitution. — Les volontaires de 1792. — Étrange tactiqDO des Girondins. — Manifeste du duc de Brunswick. — Bizarre proposition de 44m. — Séance du 29 juillet aux Jacobins. — Singulière conduite d'Isnard et de Brissot. — Les Marseillais à Paris. — Rixe aux Champs-Elysées. — Hommage à la ^He de Marseille. — Barbaroux cbez Robespierre. — Le précis très -exact de Cam. — Prolégomènes du 10 août. — Chute de la royauté. — Part qu'y eut Robeipierre. — La commune du 10 août. — Le nouveau directoire du départe- Brat. — Mauvaise foi du Patriote françois. —r Le tribunal du 17 août. — Robesjnerre en refuse la présidence. — La Fayette et l'armée. — Grave mesure prise I»rr Assemblée nationale. — Une supercherie historique. — Madame Roland tente ^ rapprocher la Gironde et Robespierre. — Les Assemblées primaires. — Mesures saprPraes. — Rupture définitive. — Séance du 1<^' septembre à la commune. — Les Dwsacres de septembre. — Noires calomnies. — Opérations de l'Assemblée élcc- ^>nde. — Élections des députés à la Convention nationale.
Les Girondins considérèrent comme un malheur public le renvoi de de Clavière et de Servan. Instrument de la disgrâce de leurs ^is,Dumouriez, dont ils avaient tant célébré les talents et le patrio-
lisme, devint pour eux « le plus vil des intrigants, »My de leurparl, l'objet d'apostrophes pleines de dépit et de colère (1 ), et, sous leurinfluence, TAssemblée nationale déclara que les ministres, qui avaient été imposés par eux à la cour, emportaient les regrets de la nation (l). C'était le 13 juin. Le soir, la tribune des Jacobins retentit de paroles menaçantes; on entendit comme un appel à l'insurrection populaire. Robespierre était présent. Dire son opinion dans cette circonstance grave lui parut une obligation. Également opposé aux ennemis de la Révolution qui conspiraient le renversement des sociétés patriotiques, et aux intrigants qui prétendaient les transformer en instruments de leur ambition et de leur intérêt personnel, lui «ussi croyait la pairie en danger, non pas, il est vrai, parce que quelques ministres jacobins étaient chassés du pouvoir, mais parce que, menacée au dehors, elle était en même temps tourmentée par des discordes intestines, parce que la liberté individuelle n'était pas respectée, parce que le gou?ernement exécutait mal les lois, parce qu'enfin tous les principes de la liberté publique étaient attaqués. Ce danger , il l'avait signalé dès longtemps; et, à coup sûr, il ne dut pas être agréable aux hommes de la Gironde quand il s'étonna, avec quelque raison cependant, qu'on s'en aperçût seulement du jour où survenait un changement dans le ministère, et où se trouvaient brisées les espérances ambitieuses des amis de quelques-uns des ministres. Le salut public n'était attaché, selon lui, à la tète d'aucun ministre ; il l'était au maintien des principes, à la sagesse des lois, à l'incorruptibilité des représentants da peuple, à la puissance de la nation elle-même. Toutefois, il n'en rendait pas moins justice au patriotisme des ministres congédiés; mais plusieurs membres, mécontents, sans doute, de la parcimonie de ses éloges, se récrièrent. « Je demande, » dit Santerre, «qu'à chaque séance M. Robespierre soit tenu de parler au moins trois fois pour chasser tous les Feuillants. » — S'il doit être ici uniquement question des ministres, reprit l'orateur, je quitte la tribune; si l'on s'attache, an contraire, à la chose publique, je garde la parole. — Courage, Robespierre ! lui crièrent aussitôt plusieurs voix (3). — L'Assemblée nationale, continua-t-il, était toujours assez puissante pour forcer la cour à mar* cher dans les voies de la constitution ; il en avait la preuve dans la fermeté montrée le matin par elle en apprenant le renvoi des ministres patriotes. Seulement ce grand zèle et cette énergie, il les voudrait
(1) Voyez le Patriote français^ numéro 1038.
(2) Monitevr dti 15 juin 1792.
(3) Journal des débats et de la correspondance de la Société des Amis de la Constihitk^ numéro 213.