LIVRE nu. SEANCE DU 13 JUIN AUX JACOBINS
Toir se déployer, non à propos d'un changement de ministère et d'une question de personnes, mais dans toutes les délibérations concernant rintérét général. Peu importait le plus ou moins dd patriotisme des ministres, du moment où l'Assemblée nationale était dévouée à la Révolution, à la liberté. Il y avait, à son avis, plus d'avantage pour les représentants du peuple à surveiller les ministres qu'à les nommer; on était certain ainsi de ne point s'endormir dans une sécurité souvent trompeuse.
D'ailleurs pouvait-on répondre des personnes? Dumouriez n'était-il pas honni aujourd'hui par les mêmes feuilles qui, peu de mois auparavant, exaltaient son patriotisme? Puis, autre danger, n'avait-on pas vu lamour des places succéder, dans le cœur de beaucoup de patriotes, à celui de la patrie, et la société des Amis de la Constitution se diviser en deux partis : les partisans des ministres et ceux de la constitution? Le meilleur moyen de ne point faillir était donc de ne pas attacher le sort de la Révolution à la disgrâce ou à la fortune de tel ou tel agentdu pouvoir; de ne pas s'enflammer tantôt pour celui-ci, tantôt pour celui-là, mais de s'appuyer constamment sur les principes, c La patrie seule, » disaitil, ■ mérite l'attention des citoyens. » L'oubli des injures personnelles entre tous les amis de la Révolution lui p.'^raissait également un point essentiel à la défense de la cause populaire; et, s'adressant à ses adversaires, il les conviait chaleureusement à une réconciliation patriotique. « Je déclare que, s'ils veulent se réunir sincèrement à moi poar soutenir les principes, alors, comme M. Merlin ejt tous les bons dlayens, j'ensevelirai dans l'oubli le système de la plus affreuse diffa- BatioQ qui ait jamais été inventé. » Seulement la paix deviendrait iiDpossible, poursuivait-il, si, marchant sur les traces de La Fayette, ks personnes auxquelles il avait fait allusion s'obstinaient à le déioncer comme un membre du comité autrichien.
Il repoussa ensuite, de toutes ses forces, cet appel au soulèvement populaire, qui sera pourtant entendu, comme on le verra tout à Theure. Eiioemi des insurrections partielles, bonnes, disait-il, à énerver lesprit public, à compromettre la liberté, il demandait qu'on ne mît le penple français en mouvement que pour des motifs dignes de lui, pour réprimer des attentats directs contre la liberté, non pour de sniples questions de personnes. Il semblait indiquer d'avance la distinction capitale existant entre la manifestation du 20 juin et l'insur- Rction du 10 août. Pour le moment, le mieux était, selon lui, de s'en Ser a l'Assemblée nationale, de se rallier autour de la constitution. 0» avait parlé de refondre cette dernière, de transformer l'Assemblée législative en constituante : mais renverser l'acte constitutionnel dans
un pareil moment, c*était, il le craignait, allumer la guerre civile; c*était courir à Tanarchie, au despotisme militaire. L'armée aux mains des Feuillants occupait toujours sa pensée ; et La Fayette, par une démarche imprudente, ne tardera pas à justifier ses pressentiments. Quelle perspective que celle d'une Assemblée délibérant au milieu des baïonnettes et sanctionnant la volonté d'un dictateur militaire! a Après avoir été l'espérance et l'admiration de l'Europe, x» disait Robespierre en terminant, « nous en serons la honte ejt le désespoir. Nous n'aurons plus le même roi, mais nous aurons mille tyrans; vous aurez tout au plus un gouvernement aristocratique, acheté au prix des plus grands désastres et du plus pur sang français. Voilà le but de ces intrigues qui nous agitent depuis si longtemps ! Pour moi, voué à la haine de toutes les factions que j'ai combattues, voué à la vengeance de la cour, à celle de tous les hypocrites amis de la liberté, étranger à tous les partis, je viens ici prendre acte solennellement de ma constance à repousser tous les systèmes désastreux et toutes les manœuvres coupables, et j'atteste ma patrie et l'univers que je n'aurai point contribué aux maut que je vois prêts à fondre sur elle (1). »
Maximilien quitta la tribune au milieu des applaudissements. Cependant un certain nombre de membres de la société étaient d'avis de pousser le peuple à une démonstration sérieuse contre le gouvernement. Danton s'engagea à porter la terreur dans une cour perverse. Ses moyens, il les proposa le lendemain : c*était d'abord de rejeter sur la classe riche la plus grande partie des impositions ; ensuite de forcer Louis XVI, par une loi, à répudier sa femme et à la renvoyer en Autriche dont l'intérêt était tout à fait en opposition avec celui de la France. Le girondin Real demandait la suspension du roi, comaie en juin 1791, et voulait que l'on confiât aux ministres Texercice du pouvoir. Opposé aux mesures anti-constitutionnelles, le député Chabot reprochait cependant à Robespierre de s'être montré trop indulgent
(l) Voyez pour ce discours les numéros 212 et 2 13 du Journal det débats et de la eorresftondance, etc., et le numéro 5 du Défenênur de la Constitution (p. 233 à 242), où 3 est reproduit avec de notables différences. Mais ce que ne donne pas la feuUle de Bobespierre, c^est la physionomie des débats que nous avons dû emprunter au Journal des débats de la Société, Ce cinquième numéro du Défenseur de la €onstituti<m contiecil, outre les articles sur le camp de vingt mille hommes, sur le respect dû aux autorités consti' tuées ^ précédemment analysés, et ce discours aux Jacobins, une lettre de Stnisboui^ au sujet des menées contre-révolutionnaires dans ce pays ; une lettre par laquelle le général de la Harpe, glorieusement tué depuis, près de Crémone, sous le Diz«ctoiz«, et alors lieutenant-colonel, dénonçait au général Wimpfen le déplorable état de Tarmée du Rhin ; la courte et sèche réponse de Wimpfen ; une adresse des volontaires de Seine-et-Oise au ministre de la guerre, et enfin une lettre de Laurent Leooinlre à Condorcet.