‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 13 sur 314 · LIVRE VI. — RETOUR A PARIS, SOUPER AVEC PETION 2S · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — RETOUR A PARIS, SOUPER AVEC PETION 2S

foiblesse > et se laisser aller aux cajoleries de la cour, c II s*en faut de beaucoup, » disait-il, « qu'il ait les qualités requises pour un chef de la municipalité, place qui exige une extrême activité, un grand courage, un zèle ardent pour la liberté, un saint respect pour l'équité et un caractère inflexible.. . Robespierre, voilà l'homme qu*il nous falloit [1]. » Et cette appréciation, sortie de la plume de Marat, a d'autant plus d'importance que Robespierre, comme on le verra bientôt, éprouva toujours pour VAmi du peuple le plus grand éloignement, une sorte de répulsion , tout en rendant justice à son patriotisme.

n n'avait point quant à lui, cela est bien constaté, de telles appréliensîons à Tégard de son € cher Pétion. » Nous dirons prochainement comment, subissant "k son tour l'enivrement du pouvoir, Pétion se sépara de son ami, de son compagnon d'armes, avec une facilité dont ne sauraient s*étonner d'ailleurs les gens qui ont étudié le caractère de œt homme, et passa sans scrupule dans le camp de ses plus acharnés détracteurs. Et pourtant, avec quelle joie, avec quelle douce émotion Robeq>ierre le revit, se jeta dans ses bras, le jour même de son retour à Paris ! Elles partent bien du cœur, et n'ont pas été écrites pour tromper l'opinion publique, comme la plupart des Mémoires où on le peint si défiant, où on le présente comme un envieux de Pétion, ces lignes d'une lettre que nous avons sous les yeux, adressée le 30 novembre à son ami Buissart : « Mon cher ami, je suis arrivé avant-hier à Paris.* fai soupe le même jour avec Pétion. Avec quelle joie nous nous sommes revus! Avec quelles délices nous nous sommes embrassés ! Pétion habite le superbe hôtel qu'habitoient les Crosne, les Lenoir ; mais son âme est toujours simple et pure. Ce choix seul suffiroit pour prouver la Révolution. Le fardeau dont fl est chargé est immense, mais je ne doute pas que Famour du peuple et ses vertus ne lui donnent les moïens nécessaires pour le porter. » Et maintenant que des déclamateurs s'évertuent \ propager contre lui les accusations d'envie, de jalousie [2], parce que plus tard il ne crut pas devoir se laisser attaquer sans se défendre, et répondit assez vertement à de perfides insinuations de son ancien ami, sa justification est dans ces quelques lignes d'une lettre écrite dans l'abandon de Fintimité et conservée par des mains pieuses!

m L'Ami au peuple «ou le Puhlioiate paritien, anméTO 603^ «tu 19 nov«Bibre 1791.

(2) Comme le girondin Mercier, par exemple, un des plus cyniques calomniateurs qui dent tent^ de déshonorer les hommes les plus purs dé la Révolution française. y«feK MB Noweeau Tttru,

Ainsi, quand Robespierre revint à Paris (28 novembre), Thorizon politique s'était prodigieusement obscurci, et, on Ta vu, l'Assemblée législative, poussée par les orateurs de la Gironde, était entrée dans la voie des sévérités terribles. La sanction royale avait été refusée au décret rendu contre les émigrés, et pourtant le ministère comptait alors dans son sein quelques membres qui passaient pour attachés à la Révolution. Cahier de Gerville, procureur-syndic adjoint de la commune de Paris , homme austère et rude , qu'on regardait comme ayant des opinions républicaines, avait remplacé au département de l'intérieur de Lessart, appelé au ministère des affaires étrangères ; et Narbonne avait, pour ainsi dire, reçu des mains de la fille de Necker, de madame de Staël, le portefeuille de la guerre enlevé à Duportail.

Le message du roi, portant signification du refus de sa sanction , avait été accueilli par de violents murmures au sein du Corps législatif; on put dès lors présager quel sort était réservé au décret rendu sur les prêtres. Robespierre attribua à ce veto le réveil de l'esprit public, fort ^ engourdi depuis la fin de l'Assemblée constituante. L'opinion, toutefois, lui parait avoir fait sourdement de grands progrès pendant son absence. « Le nom de Feuillants, » écrit-il, a n'excite plus que le rire. » Les Barnave, les Duport, les d'André, lui semblent avoir perdu tout crédit (1). Et il ne se trompe pas, car, aux élections municipales, d'An* dré, compétiteur déclaré de Pétion, n'avait, malgré les démarches actives de ses amis, obtenu que 77 voix. C'était un échec irréparable, et l'on peut dire que le parti des Constitutionnels, ce parti intrigant et remuant, qui, après avoir donné tant de gages à la Révolution, s'était soudainement retourné contre elle, sombra tout à fait dans cette dernière élection. Cependant de bons citoyens n'étaient pas sans inquiétude sur les projets des ennemis de la liberté, et, dès son arrivée, Robespierre reçut la confidence de leurs craintes. « Mais, » ajoute-t-il dans cette lettre à son ami Buissart, a je trouve de grandes ressources dans l'Assemblée nationale actuelle, que je regarde, contre l'opinion de tout le monde, comme très-supérieure à celle qui l'a précédée. Je pense ainsi quant à présent; le temps éclaircira tout et ne changera jamais rien à l'amitié que je vous ai vouée (2). » Cette Assemblée était domi-

(1) Lettre à Buissart, en date du 30 novembre 1791.

(2) Ibid.

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