UVRE VI. ENTHOUSUSNE CAUSE PAR SA PRESENCE AUX JACOBINS
née par les hommes de la Gironde : Robespierre n*avait donc aucune prévention contre eux, puisque, contrairement à l'opinion généralement admise alors, il les jugeait supérieurs aux membres de la précédente Assemblée. Parmi les nouveaux venus , un compatriote de Pétion, le rédacteur du journal le Patriote français^ Brissot, était devenu une puissance ; il apparaissait comme un de leurs principaux chefs, et les Girondins se rangeront de son côté, le suivront aveuglément dans la scission qui ne va pas tarder k éclater entre lui et Robespierre , sans beaucoup se préoccuper de quel côté seront le patriotisme le plus édairé, la conviction la plus ardente.
Quand pour la première fois, depuis une absence de six semaines, Robespierre reparut aux Jacobins, sa présence excita un enthousiasme extraordinaire. Il ne manqua pas de s*y rendre le soir même du jour de son arrivée. A son aspect éclatèrent les plus vifs applaudissements. GoUot d'Herbois , qui occupait le fauteuil comme vice-président en l'absence de Couthon, président en exercice, se leva aussitôt, et deloanda « que ce membre de TAssemblée constituante, justement sur* nommé Tincorruptible, » présidât par extraordinaire la séance ce soir-là; ajoutant que les règlements de la société ne s*opposaient pas i cette motion, et qu'il fallait que les bons généraux visitassent les postes (l). Cette proposition, mise aux voix, ayant été adoptée à Tunanimité, Robespierre prit le fauteuil, et en quelques mots chaleureux il remercia avec effusion la société du témoignage flatteur dont il venait d*étre l'objet (2). 11 y fut en effet extrêmement sensible, et ne manqua pas de faire part de ses impressions à son cher confident d'Arras. « J'ai été dans la soirée à la séance des Jacobins, où j'ai été accueilli du public et de la société avec des démonstrations de bienveillance si vives qu'elles m'ont étonné, malgré toutes les preuves d'attadiement auxquelles le peuple de Paris et les Jacobins m'avoient accoutumé (3). j> Assurément ces lignes ne viennent point d'un orgueilleux s'imaginant qu'à son aspect tous les fronts doivent s'incliner ; et, ne l'oublions pas, c*est surtout d^s ces lettres privées, tout intimes, que se décèle le véritable caractère de l'homme.
Ce même jour on commença d'agiter aux Jacobins une question qui, durant plus de deux mois, allait tenir attentif le pays tout entier : je veux parler de la question de la guerre, dont l'Assemblée législative s'était déjà occupée depuis quelques jours. Par un des articles de son décret SOT les émigrés, elle avait chargé son comité diplomatique de lui pré-
(1) JwtrwU drs débats de la Société des Amis de ta Constitution, numéro 102.
(2) Rrid,
(3) Lettre à Buissart, en date du 30 novembre 1791.
senter promptement un rapport aiî sujet des meilleures mesures à prendre à l'égard des puissances étrangères, sur le territoire desquelles se tenaient des rassemblements suspects. Le 22 novembre, Koch, député du Bas-Rhin, s'était borné, au nom de ce comité, à proposer à ses collègues de charger le pouvoir exécutif de recourir aux moyens les plus prompts et les plus efficaces pour forcer les Électeurs princes de l'Empire à dissoudre les rassemblements d'émigrés formés sur leurs territoires, aux portes de la France, et à ne plus tolérer les enrôlements journaliers qui s'y faisaient. L'Assemblée, après avoir ordonné l'impression du rapport de son comité, en avait ajourné la discussion ; mais dès lors germa dans une foule de têtes la pensée de jeter un défi aux souverains auprès desquels les émigrés, dont les intentions hostiles contre la patrie n'étaient plus un mystère, trouveraient aide et protection.
Robespierre, en arrivant à Paris, trouva, donc les esprits dans les dispositions les plus belliqueuses. Il avait été reçu par ses hôtes avec les démonstrations d'une tendresse toute paternelle; Duplay et sa femme avaient embrassé un fils, les enfants un frère (1). En peu d'instants il s'était mis au courant de l'opinion de la société des Amis de la Constitution, laquelle société, prëchée depuis six semaines par les hommes de la Gironde, et maintes fois présidée par eux, était nécessairement imbue de l'enthousiasme guerrier des orateurs de ce parti, dont les paroles sonores retentissaient comme un bruit de clairon. Pour lui, il n'était nullement revenu avec des idées guerrières, et si l'ardeur dont lui avaient paru animées les populations de l'Artois et de la Picardie avaient pu le rassurer sur l'énergie qu'au besoin la France saurait déployer contre ses ennemis, elle ne suffisait pas pour l'engager à pousser témérairement son pays dans des entreprises aventureuses. Il savait trop bien combien peu de profit l'humanité retire en général de ces grandes effusions de sang où disparaissent en pure perte des générations tout entières, et surtout combien les gens de guerre sont presque toujours funestes à la liberté. Avecl'admirable sens d'observation dont il était doué, il vit tout de suite clair dans la situation. > Si en effet et
(1) M. Michelet a commis une grave errear en racontant (t. m, p. 357) que Robespierre avait ramené sa sœur d^Arras, et était allé loger avec elle rue Saint-Florentin. Ce fut seulement au mois de septembre 1792 que Charlotte Robespierre quitta Arras, lorsque son jeune frère Augustin fut nommé député à la Convention nationale. £lle ^ânt loger, non pas rue Saint- Florentin, mais rue Saint-Honoré , chez Duplay, qui lui céda, dans sa maison , Tappartement du devant, sur la rue.Xe fut plus tard qu'à la suite d'une brouille avec madame Duplay, elle alla demeurer rue Saint-Florentin , dans un petit appartement où , pour quelque temps seulement, elle parvint à entraîner son frère. Nous raconterons tout cela en détail.