‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 132 sur 314 · LIVRE Vin. DE LA MANIÈRE DONT ON FAIT LA GUERRE · texte numérisé non relu

LIVRE Vin. DE LA MANIÈRE DONT ON FAIT LA GUERRE

dcilé la rage des monstres qui osent la souiller. Jamais les tyrans ne commirent des crimes aussi lâches, parce que jamais peuple ne fit un si noble effort pour affranchir Thumanité de leur joug odieux ; il étoit arrêté que cette période de l'existence des sociétés devoit à la fois enfanter et la morale la plus pure et les plus abominables forfaits. L'univers est encore dans les douleurs de Tenfantement de la liberté. Tous Jes vices qui opprimoient les nations ont rugi aux premiers symptômes qui présageoient sa naissance, et ils se liguent tous pour l'étouffer dans son berceau. » On avait fait des lois excellentes, c'étaient les seules qui ne fussent pas exécutées. Avec quelle dérision les hypocrites, les intrigants osaient parler de la sainteté des lois ! Inexorables pour les faibles opprimés ou le patriotisme égaré, ils étaient pleins d'indulgence et de tendresse pour les grands conspirateurs et les coupables puissants. Observateurs des lois qui consacraient les derniers Testiges de l'ancienne servitude, ils foulaient aux pieds celles qui devaient régénérer les mœurs et fonder la liberté. Factieux enfin, on les entendait sans cesse déclamer contre les factions. Mais la liberté finirait par triompher de tous ses ennemis, Robespierre le promettait à ses concitoyens, il le jurait par les forfaits de Ja tyrannie, par la Déclaration des droits de l'homme solennellement proclamée et insolemment violée, par les calamités de vingt siècles qu'on avait à expier, par les aïeux à venger, par la postérité à affranchir (1).

Etrange méthode de faire la guerre, qui obligeait un général à plus se servir de chevaux de poste que de chevaux de bataille, continuait rinexorable journaliste, en revenant à La Fayette dans un nouvel article. Etait-il au château des Tuileries, à Paris, à la campagne, ou s'était-il décidé à retourner à Maubeuge? Autant de questions peu faciles à résoudre. Ainsi le but de la guerre, ce n'était pas de chasser tes Autrichiens de la Belgique, d'affranchir Bruxelles, de réprimer les factieux de Coblentz et de défendre les frontières ; non, c'était de réduire Paris, de dompter les patriotes de l'Assemblée nationale et de la capitale. Le véritable quartier général n'était pas au camp retranché devant Maubeuge, mais dans le palais des Tuileries ; et le roi de Prusse, te roî de Hongrie semblaient moins à craindre pour la France que la municipalité parisienne et les sociétés des Amis de la Constitution.

Or nous savons aujourd'hui, par les documents les plus certains, qu'après avoir vainement essayé de soulever une partie de la garde nationale pour accomplir une espèce de coup d'Etat, La Fayette, de retour

(1) Ktflexions iwr la manière dont on fait la guerre j dans le numéro 8 du Défenseur dé <• Cvmtitution, p. 375 à 388.

'dans son camp, avait organisé un véritable complot militaire ayant pour but de transporter la cour à Compiëgne, afin de lui rendre toute sa liberté d'action. Dans le cas où il n'eût pas été possible au roi de sortir de Paris, l'armée aurait immédiatement marché sur la capitale (1).

La conduite de La Fayette paraissait sans doute aux royalistes digne de tout éloge, elle était envisagée par eux comme un acte de dévouement; mais au point de vue révolutionnaire, c'était une trahison, danstoUtela force du terme. Etait-il possible de ne pas s'étonner de la conformité de langage existant entre le manifeste de Léopold, qui avait tant indigné les esprits, et la lettre du général? Ah ! disait-on, il avait pu sans inquiétude abandonner son armée, puisque les Autrichiens étaient ses véritables alliés, et poursuivaient le même but. En regard du manifeste impérial, Robespierre plaça les principaux passages de la lettre de La ayette. Rien de plus accablant que ce parallèle, a Quelle conformité de vues et de langage, » s'écriait Maximilien, « entre les ennemis du dedans et ceux du dehors ! Est-ce notre liberté que M. La Fayette veut attaquer? Point du tout; il veut rétablir V ordre et la tranquilliti ; il veut anéantir la tyrannie des sociétés patriotiqties, et faire respecter Vautorité royale. Pourquoi les monarques autrichiens nous ont-ils menacés? Pourquoi nous font- ils la guerre? Est-ce pour , renverser notre constitution et pour nous donner des fers? Non, c'est pour notre bien ; c'est pour protéger Vautorité constitutionnelle du roi^ et la nation elle-même contre ces mêmes factieux^ contre ces clubs que M. La Fayette vous dénonce, avec eux, comme les auteurs de tous les désordres. Détruisez les clubs, réprimez les factieux; respectez et perfectionnez la constitution selon les vues de M. La Fayette et des princes autrichiens, et vous aurez la paix. Et vous voulez que M. La Fayette fasse la guerre aux Autrichiens ! Et pour quel motif? Avons-nous de meilleurs amis, des précepteurs plus sages que les rois de Bohême et de Hongrie? La Fayette dira-t-il qu'ils attentent à notre indépendancet Mais quand on est d'accord au fond, peut-on être si scrupuleux sur les formes ? Eh ! lui-même ne s'est-il pas élevé au-dessus de toutes les lois? Ne donne-t-il pas des ordres au nom de l'armée? Ne foule-t-il pas aux pieds l'indépendance de l'Assemblée nationale, la liberté du peuple et la constitution? » Le manifeste de Léopold avait été précisément le motif de la déclaration de guerre; comment donc supporter plus longtemps, à la tête d'une armée destinée à agir contre rAutricbei un général dont la conduite envers la Révolution était de tous points

(1) Voyez dans le t. XVII de VHistoire parlementaire la lettre de Lally-ToleBdal, en date du 9 juillet, et ceUe de La Fayette eu date du 8 juillet 1792, p. 243 à 246.

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