‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 133 sur 314 · LIVRE VIII. — PARALLÈLE ENTRE LA FAYETTE ET LEOPOLD · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — PARALLÈLE ENTRE LA FAYETTE ET LEOPOLD

semblable à celle des rois de Prusse et de Hongrie, et qui était mille fois plus coupable, puisqu'il paraissait tout disposé à tourner contre celte Révolution répée dont il était armé pour la soutenir? N'était-il pas aujourd'hui Tàme de ce parti de la cour et de Taristocratie par lequel les patriotes étaient présentés comme une faction qu'on appelait tantôt républicaine, tantôt jacobite, à laquelle on imputait tous les maux dont la cour et l'aristocratie étaient les seules causes ? Ainsi comme la noblesse, comme les prêtres séditieux, comme les puissances étrangères, il prétendait accabler le peuple, et, tout en protestant hypocritement de son amour pour la constitution, il ne demandait rien moins que son anéantissement. C'était donc le plus dangereux des ennemis de la nation française, puisque, chargé de la défendre, il ne s'occupait qu'à la diviser et à comploter contre sa liberté. C'était le plus coupable de tous les traîtres, disait Robespierre en terminant, et il devait être exemplairement puni, si les représentants du peuple n'étaient pas les plus lâches des hommes (1).

Un jour, bien longtemps après les années orageuses dont nous écri- Tons l'histoire émouvante, il fut donné au général La Fayette de voir sortir des barricades de 1830 cette constitution abâtardie qu'il rêvait en cette année 1792, et pour laquelle, de connivence avec ses amis les Feuillants, il ne craignit pas de conspirer la ruine de l'édifice si laborieusement élevé par l'Assemblée constituante. Eh bien I quand il eut vu à l'œuvre cette royauté qu'il avait appelée, dit-on, la meilleure des républiques, et qui n'était en réalité ni la monarchie ni la république; quîpadil eut vu fonctionner ce système de gouvernement qu'au tops de sa jeunesse il avait si souvent entendu flétrir par Robespierre, cette oligarchie bourgeoise où le génie, le talent, la vertu n'étaient comptés pour rien dans l'État, il se sentit pris d'un amer dégoût, et passa, pour n'en plus sortir, dans le camp de l'opposition radicale.

(1) Voyez dans le numéro 8 du Défenseur de la CoMtitution cet article intitulé : Sur ^tactique du général La Fayette^ p. 386 à 405. Outre cet article et des réflexions sur Ia manière dont se faisait la guerre, ce numéro contient un discours prononcé par l^ob«spierre au club des Jacobins, au mois de mars précédent, à propos du manifeste ce Léopold, discours dont nous avons rendu compte, et une lettre écrite de Courtrai en date du 29 juin.

Ah ! noble et généreux esprit qui éprouvâtes un tel désenchantement en présence de cette royauté après laquelle vous aviez tant soupiré jadis, vous qui, sur le soir de votre vie, avez compris enfin qu à votre pays il fallait des institutions purement démocratiques, n'avez-vous pas éprouvé un long remords d'avoir combattu avec tant d'obstination ces glorieux patriotes de 1792, dont la vie fut un dévouement absolu à la démocratie? Et une voix secrète ne vous reprocha- t-elle pas d'avoir, par vos manœuvres impolitiques et inconstitutionnelles, contribué à pousser la Révolution dans la voie des répressions sanglantes et implacables ?

Tandis qu'avec sa vigilance accoutumée Robespierre dénonçait le» menées et les intrigues feuillantines, et, soldat d'avant-garde, défendait courageusement la "liberté menacée, que faisaient les Girondins, anciens alliés de La Fayette? Nous les avons vus longtemps se porter les garants du patriotisme du général; et quand enfin ses tendances contrerévolutionnaires se furent manifestées trop clairement pour qu'on pût douter de ses intentions perfides, nous avons entendu Brissot, répondant à Robespierre, traiter son ancien client comme un homme sans conséquence, incapable de jamais tenter la moindre démonstration contre les lois constitutionnelles. Or, aujourd'hui il recevait un démenti formel. Le premier mouvement chez lui et chez ses amis fut une sorte de stupéfaction. Le journaliste Robert, avec qui nos lecteurs ont déjà fait connaissance, crut devoir, le 24 juin, aux Jacobins, témoigner sa surprise de ce que Brissot et Condorcet n'étaient pas encore venus s'expliquer sur le compte du général (1). Cependant le 48 juin, a l'Assemblée nationale, Guadet, on l'a vu, avait été l'un des premiers prendre parti contre lui, et, dès le surlendemain, un de ses anciens panégyristes, l'abbé Fauchet, donnait lecture à la société des Jacobins d'une lettre adressée en son propre nom à toutes les sociétés populaires et à tous les citoyens de son diocèse, lettre dans laquelle il développait avec la plus vive énergie sa nouvelle façon de penser au sujet de La Fayette, et qui était un résumé de tout ce qu'on avait pu dire de plus fort contre le général. Chénier demanda Tinipression de cette lettre, et son envoi aux quatre-vingt-trois départements (2).

Bientôt il n'y eut plus qu'une voix contre La Fayette dans le parti de la Gironde, voix menaçante et terrible, car ainsi qu'il arrive toujours,

(1) Journal des débatt et de la correspondance de la Société des Amie de la CofW<«»^'<*' numéro 220.

(2) Ibid., numéro 218.

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