LIVRE VIII. OBSERVATIONS AU CLUB DES JACOBINS S
sur le peuple et sur Tarmée. On avait à soutenir deux guerres, Tune intérieure, l'autre extérieure, dit-il aux Jacobins, le soir même du jour oà firissot s'était si énergiquement prononcé au sein de TAssemblée législative ; il était facile, selon lui, de terminer l'une et l'autre sans effusion de sang. A l'égard de la première, il avait autrefois adopté un avis opposé à celui de citoyens estimables, ajoutait-il, donnant ainsi une preuve de plus de son désir d'étouffer les divisions funestes nées des discussions sur la guerre étrangère; maintenant qu'elle était com- JDencée, il croyait aussi qu'elle pourrait tourner à l'avantage de la liberté. Cependant, il ne pouvait s'empécber de faire remarquer que jusqu'ici l'expérience avait été malheureusement favorable à l'opinion fi'il avait exprimée jadis, contrairement à celle des partisans de la ficrre, à savoir qu'on n'était pas encore en état d'entrer en campagne ivec toutes les chances de succès.
II était loin d'ailleurs de se prévaloir d'un résultat fâcheux. A présent ffi'm général, contre lequel il avait pris soin depuis si longtemps d'éleillerles défiancesdupeuple, s'était démasqué lui-même, on terminerait iromptement la guerre extérieure au profit du peuple français et de tous iks peuples qui aspiraient à la liberté. Seulement, si la patrie se troulût en danger, la faute en était aux conspirateurs du dedans, toujours hpunis, quand les patriotes étaient sans cesse persécutés et écrasés ;
y avait donc, selon lui, nécessité de lancer un décret d'accusation
tre le général dont la trahison était aujourd'hui avérée; car, pourit Robespierre, si personne ne défend les droits de la nation, les
incipes éternels de l'humanité et de la justice, il faudra bien que le lèse lève. C'était déjà un pressentiment du 10 août. Toutefois, t de conseiller l'emploi des mesures extraordinaires, il engageait concitoyens à s'en tenir à celles qu'indiquait le sens commun. Il it d'abord remplacer les généraux perfides par des chefs patriotes, «ait-il si difficile d'en trouver parmi les officiers et les soldats ? Du «ûîeu de ces volontaires héroïques devaient sortir, il n'en doutait pas, d'incomparables généraux. 11 ne lui semblait même pas impos- Ale de rencontrer des officiers pleins de patriotisme parmi lespatri- *M, et malgré sa répugnance à recommander quelqu'un, il n'hésitait ps à déclarer que Biron, par sa conduite depuis le commencement fcla guerre, avait mérité la confiance (1). Prédestiné à une fin tragifie, l'ancien duc de Lauzun aura néanmoins la gloire de commander ^ chef les armées de la République.
0) Journal des débats et de la correspondance de la Sociélé des Amis de la Constitution, ^SBaéro229.
T. Il «1
Le surlendemain 11 juillet, l'Assemblée nationale, adoptant la formule proposée par IVvêque de Bourges dans la séance du 5, décréla cettp simple et solennelle déclaration : « Citoyens, la patrie est en danger! » A ces paroles, colportées de commune en commune, toute la France frissonna comme électrisée. Irrésistible fut l'élan, et nous allons assister à Tun de ces magnifiques spectacles qui se rencontrent une fois dans rhistoire des peuples. C*est qu'en effet ce n'était point une vaine formule que ces mots : La patrie est en danger! c'était une exhortation à la nation entière de déployer toute l'énergie dont elle était capable pour écarter le péril, disait Robespierre. Le soir môme, aux Jacobins, il conjura ses concitoyens délaisser de côté tous les intérêts personnels pour s'occuper du seul intérêt public. Les dangers que proclamait aujourd'hui l'Assemblée nationale, il les avait dès longtemps prévus et dénoncés. En prenant cette grave mesure, les représentants du peuple avaient eu pour but, selon lui, de réveiller de sa léthargie le pays endormi sur le bord de Tabîme.Car il importait peu de décréter de bonnes lois si le pouvoir exécutif s'opposait à leur exécution, s'il les entravait par des veto perfides, si des armées patriotes, arrêtées dans leur marche victorieuse, combattaient inutilement, si des administrateurs vendus conspiraient avec la cour pour tuer la constitution par la constitution.
Trente-trois directoires de département venaient, par des adresses contre-révolutionnaires, de protester de leur dévouement à la cour. « Dans des circonstances aussi critiques, > s'écriait Maximilien, a lea moyens ordinaires ne suffisent pas; Français, sauvez-vous vou^ mêmes. » Nous verrons en diverses occasions, notamment aux jours de^ grandes crises, Robespierre se servir de cette expression, et nousprionl le lecteur de ne pas l'oublier. Tel était d'ailleurs, suivant lui^ le sem de la proclamation de TAssemblée. Autrement, pensait-il, la déclaraliûR de la patrie en danger serait une pure trahison, si montrant à lanatioai les périls auxquels était exposé le pays, TAssemblée lui ôtait la faculléi de prendre les mesures propres à le sauver. Le danger de la patrie ne venait, d'après les ennemis de la Révolution, ni de ces prêtres sout fiant partout le feu de la guerre civile, ni de ces nobles ne reculant devant aucun moyen pour recouvrer leurs privilèges ; ils le voyaient dans les sociétés populaires dont la mission était de surveiller les fonctionnaires publics, dans le peuple qui ne voulait pas être mené comme un troupeau, et dans ceux de ses magistrats qiû avaient refusé de vendre leur conscience et leur talent. Mais» aux yeux des patriotes et de tous ceux qui envisageaient avant tout le bien général de l'humanité, ce danger existait parce que des administrateurs, à peine sortis des assemblées où ils avaient flatté le