LIVRE VUL — LA PATRIE EN DANGER
peuple aGn d obtenir des places, étaient assez vils pour conspirer contre la liberté avec une cour incorrigible ; il existait parce qu'un général, désertant son armée, osait tenir aux représentants du peuple uo langage impérieux. Que la cause de ces périls fût extirpée au plus Tite, qu'un décret d'accusation fût rendu contre le gênerai La Fayette, et bientôt la guerre serait terminée, le- Brabant libre ; tous les petits princes d'Allemagne descendraient de leurs, trônes ; et la liberté fernement établie sur les bords du Rhin et de l'Escaut formerait une barrière impénétrable d'hommes libres autour de nos frontières.
Il n'y avait pas de temps h perdre, pensait Robespierre, car, si dans m mois l'état de choses n'était pas entièrement changé, il ne faudrait dire : la nation est en danger, il faudrait dire : la nation est per* . « J'ai toujours été l'apôtre de la constitution, » continuait-il, « le enseur des lois ; mais la première des lois est celle sur laquelle pose la constitution : l'égalité, la liberté. Il faut donc la constitu- , mais il la faut tout entière, religieusement observée pour le lut du peuple, sans quoi le mot constitution ne devient plus qu'un de ralliement pour les factieux qui voudraient s'en emparer pour altre la liberté (1). »
Ainsi se trouvait prévu le grand bouleversement du mois suivant ; r il était à croire que la cour persévérerait dans la voie des résistau- , et Robespierre ne va pas tarder à reconnaître l'impossibilité de Dserver une monarchie avec le maintien de laquelle l'établissement tif des principes révolutionnaires devenait décidément imposte. Déjà, du reste, la déchéance du roi commençait à apparaître à aucoup de citoyens comme une mesure indispensable au salut du s; UQ journal populaire réclama même hautement l'expulsion de 18 XVI, ou du moins sa suspension pendant le cours de la guerre (2). icore quelques jours, et la formidable question se trouvera nettement devant l'Assemblée nationale.
A) Journal des débats et de la correspondance de la Société des Amis de la Constitution,
p«ên)230. C*est par erreur que les auteurs de V Histoire parlementaire ^ trompés par
fitosse indication au. Journal des débats de la Société j assignent à ce discours la
àa 10 juillet (t. XV, p. 364). Ce fut le mercredi 11 que Robespierre le pro>
^«Dx Jacobins, le jour même oii F Assemblée déclara la patrie en danger.
i^ dévolutions de Paris, article intitulé : La poUrie en danger ^ numéro 157.
824 HISTOIRE DE ROBESPIEllRE
A celte époque arrivaient en grand nombre les députés nommés par les départements pour assister au troisième anniversaire de la prise de la Bastille ; c'étaient les fédérés, choisis parmi les citoyens les plus énergiques et dont le patriotisme se trouvait encore exalté par la proclamation de TAssemblée. Robespierre avait rédigé à leur intention une adresse toute brûlante du feu dont son âme était embrasée. Il en donna lecture aux Jacobins dans la soirée du 1 1 , immédiatement aprèi avoir apprécié la portée du décret rendu dans la journée. < Salut aux défenseurs de la liberté, » commençait-il par dire, « salut aux gêné* reux Marseillais qui ont donné le signal de la sainte fédération qui les réunit, salut aux Français des x[uatre-vingt-trois départements, dignes émules de leur courage et de leur civisme, salut à la patrie pulssantei invincible, qui rassemble autour d'elle l'élite de ses innombrables enfants armés pour sa défense. » 11 avait bien compris le parti qu'on pouvait tirer d'une telle force en faveur de la Révolution, et tout de suite il songea à les attacher par des liens étroits à cette cause saaée. Vous n'êtes point venus assister à une vaine cérémonie, leur disait-il ea substance ; vous n'êtes point venus pour répéter de froides et inutiles formules de serment. Accourus à la voix de la patrie en danger, voQi| voyez les tyrans du dehors rassembler contre nous des armées nouvelles^ et ceux du dedans nous trahir. Puis, après avoir rappelé l'évacualiond* la Belgique, l'incendie des faubourgs de Courtrai par une créature dit général La Fayette, par ce Jarry, encore impuni, qui, au lieu de II liberté promise, avait laissé aux Brabançons le désespoir et la misèrei| il montrait les ennemis de la liberté d'accord avec les despotes élrao^ gers, les fonctionnaires nommés depuis la Révolution surpassant enpe^ fidie et en mépris pour les hommes ceux de l'ancien régime ; il motttrait la plus belle révolution dégénérant chaque jour en un honteifl système de machiavélisme et d'hypocrisie où les lois étaient deven entre les mains du pouvoir exécutif, un moyen de protéger les puî sants, d'opprimer les faibles et de trafiquer de tous les droits de rbi manité, oii tous les vices calomniaient toutes les vertus, et où, prétexte d'ordre public, on changeait le règne de la liberté en longue et cruelle proscription.
Tant d'attentats avaient enfin réveillé la nation, mais le despotisms