LIVRE YIU. — ËTIUNGR TACTIQUE DES GIRONDINS
pas le saliit de TÉtat dans le maintien d'une cour conspiratrice et dans un changement de ministère au profit de quelques députés patriotes. Loin de là, tout en se tenant sur le terrain de la légalité, il conjurait FAssemblée nationale, pour éviter les commotions sanglantes, de prendre elle-même, la constitution à la main, Tinitiative des mesures de répression contre la cour et les généraux perfides, lui déclarant bien catégoriquement, comme on Ta vu, que, faute par elle d'user des moyens légaux mis à sa disposition par Tacte constitutionnel, le peuple be lèverait d'un élan unanime et sauverait le pays, sans la participation de ses représentants. Or, c'est précibément ce qui va avoir lieu ; car nous touchons de bien près à Theure suprême de la monarchie.
Tandis qu'au milieu de la crise présente les Girondins songeaient à remonter au pouvoir, croyant qu'il leur serait facile, une fois en possession du ministère, de conjurer le péril et de lancer à leur gré ou de retenir la foudre, le mouvement révolutionnaire s'accentuait de plus en plus, et tout contribuait, il faut le dire, à lui imprimer une iiupulbioii plus rapide. Le château des Tuileries, assurait-on, se remplissait d'armes, servait de repaire à une armée de conspirateurs décidés à massacrer les patriotes; mille rumeurs alarmantes jetaient partout les soupçons et la déifiance. Chaque jour arrivaient à Paris les Qûuvelles les plus inquiétantes, non-seulement des frontières, mais aussi des départements, où, dans le Midi et dans l'Ouest principalement, prêtres réfractaires et nobles, en mettant à profit l'aversion des populations rurales pour le service militaire, commençaient à fomenter la guerre civile. Les sections de Paris be déclarèrent en permanence, et un arrêté de la municipalité, signé de Pétion et de Royer, les autorisa à établir, sous la surveillance immédiate et la direction du procureur de la commune, uri bureau de correspondance destiné à devenir UQ des foyers les plus ardents de l'insurrection prochaine (1). L'insurrection! elle apparaissait dès lors comme imminente aux esprits clairvoyants, et les journaux populaires discutaient hautement la nécessité de suspendre les fonctions executives dans les mains de Louis XVI (2).
(1) Voyez le texte de cet arrêté dans le t. XVI de VHisloire parlementaire , p. 251.
(2) Voyez, entre autres, on long article des Révolutions de Parie^ naméro 159, p. 142.
Tout à coup, le 28 juillet, ou répand à profusion dans Paris un manifeste ayant pour titre : Déclaration du duc de Brunswick aux habitants de la France. Ce manifeste insensé, tout le monde le connaît Aujourd'hui encore, en le lisant, quel cœur français ne palpite d'indignation ? Sous prétexte d'assurer le bonheur de la France, et tout en prétendant n'avoir aucunement l'intention de s'immiscer dans ses affaires intérieures, le roi de Prusse et l'empereur d'Autriche sommaient l'armée, les gardes nationales , le pays de revenir à leur ancienne fidélité et de se soumettre sur-le-champ au roi, leur légitime souverain, sous peine, pour tous citoyens pris les armes à la main et convaincus d'avoir combattu contre les troupes alliées, d'être punis comme rebelles et perlurbaieurs du repos public. En revanche, les bonnes grâces et les faveurs étaient réservées aux traîtres, à ceux qui s'empresseraient d'ouvrir aux soldats étrangers les portes de leurs villes. A ces émules de Judas et de Perrinet Leclerc, on promettait sûreté pour leurs personnes, leurs biens, leurs effets. Quant aux habitants coupables de patriotisme, ils devaient être traités suivant toute la rigueur du droit de la guerre, et leurs maisons démolies ou brûlées.^ La ville de Paris se trouvait l'objet de sévérités toutes particulières. Étaient rendus personnellement responsables sur leurs têtes, pour être jugés militairement, sans espoir de pardon, tous les membres de l'Assemblée nationale, du département, des districts, de la municipalité et de la garde nationale, les juges de paix eux-mêmes* Que si le château des Tuileries venait à être insulté ou forcé, et s'il n'était pas pourvu immédiatement à la sûreté, à la conservation et à la liberté du roi, de la reine et de la famille royale, les princes alliés s'engageaient h en tirer une vengeance exemplaire en livrant la ville de Paris à une exécution militaire, à une subversion totale, et les révoltés au supplice (1). Tant d'impudence ne pouvait que porter au comble l'irritation générale. « S'il étoit un Français capable de rester calme en lisant ce libelle, » dit le Moniteur ^ écho cette fois des plus ardents patriotes, « qu'il se range parmi cette poignée d'hommes que nos anciens ministres et l'étranger, d'après eux, ont appelée la partie saine de la nation; il est indigne de tenir ses serments et de combattre pour la liberté publique (2). »
Ce ne fut un doute pour personne que ce manifeste eût été concerté avec la cour des Tuileries. Le roi eut beau le désavouer quelques jours après, on traita Louis XVI d'imposteur en pleine Assem-
(1) On peut lire le manifeste du duc de Brunswick, in extenso, dans le JHonitevr Hiu 3 août 1792, et dans VHittoire j^rlementaire, t. XVI, p. 276 et suiv. v(2} Moniteur du 3 août 1792.