LIVRE Vin. — SINGULIÈRE PROPOSITION DE CAURA
blée législative (1), et les Révolutions de Paris témoignèrent hautement leur étODDement de ce que ce nfianifeste, daté du 25 juillet, ; eût pu, dès le 28, être colporté dans Paris. Si la déclaration du duc de ! Brunswick ne sortait pas du cabinet des Tuileries, elle résumait parfaitement les idées des aveugles partisans de la cour ; tous, ils I l'eussent signée sans hésitation, et nous savons aujourd*kui, avec certitude, que Témissaire secret de Louis XVI auprès des puissances coalisées, Mallet du Pan, conseillait aux princes de faire précéder rentrée de leurs troupes par la publication d'un manifeste comminatoire (2). Ah 1 comme ils connaissaient mal le grand €<Bur de la France, ceux qui s'imaginaient pouvoir agir sur elle par la crainte, et se croyaient assez forts pour dompter le flot révolutionnaire, seiid>lables à des enfants qui tenteraient d'arrêter par des .cris impuissants la marée montante! Mais ce défi insultant allait amener des résultats que n'avaient pas prévus ses auteurs; et c est à ceux qui Tout inspiré dans un moment de délire que revient de droit h responsabilité des mesures terribles auxquelles va recourir la Jrance éperdue.
A Tbeure même où se publiait à Coblentz la déclaration des cours <ie Vienne et de Berlin, le Girondin Carra, par une singulière et malkeureuse coïncidence, traçait du duc de Brunswick le portrait le plus iatteur. Selon lui, il ne manquait à ce général des armées alliées fu'une couronne pour être le véritable restaurateur de la liberté en Europe (3). C'était assez ouvertement le désigner au choix du peuple comme le successeur de Louis XVI. Si La Fayette enviait le rôle de ionck, le journaliste Carra semblait aspirer à remplir celui de Warwick, le faiseur de rois. N'avait-U pas, quelques mois auparavant, en pleine séance des Jacobins, parlé de mettre le duc d*York sur le trône de France? Mais aujourd'hui le moment était bien mal choisi, et le candidat plus mal encore. Quel était le but de Carra? Voulait-il, en «flet, essayer de fonder en France une dynastie prussienne, par reconaaibsance envers le roi de Prusse dont il avait reçu jadis quelques présents, ou bien était-ce une simple menace pour forcer Louis XVI à
(1] Rérolutianâ de Paris, numéro 159, p. 194.
(2) Voyez les Mémoires et correspondances de Mallet du Pan, t. 1'*^.
(3) Annales patriotiques^ numéro du 21 juillet 1792, article signe Carra, et intitulé : O^Wfties petites ohsertatiwus sur les intentions des Prussiens dans la guerre actuelle. ' Ces mêmes hommes, > écrivait alors le rédacteur des Révolutions de Paris, en fcûnt allosion à Brissot et à ses amis, « parlent d'opinions exagérées, ont des friycors de guerre civile; un autre propose de mettre la couronne de France sur la ttte du duc de Brunswick... » numéro 159, p. 142. L^article de Carra devint un ter- Hble afgoment contre lui, lors du procès des Girondins.
reprendre un ministère des mains de la Gironde? Toujours est-il qu'il se montra l'un des plus actifs partisans de la déchéance. C'était un ami déclaré de Brissot. 11 n*y aura donc pas à s'étonner si, quelques semaines après, ayant de nouveau à lutter contre les attaques des Girondins et à repousser leurs calomniesi, Robespierre accuse Brissot et ceux de son parti de travailler en faveur du duc de Brunswick ou da duc d*York. On voit sur quoi reposaient ses soupçons.
Ainsi voilà qui est bien constaté : à Theure critique où nous sommes, les Girondins songent à recouvrer le pouvoir ; régner sous le nom de Louis XVI, tel est le but auquel ils tendent par tous les moyens dont lis disposent. Un peu plus tard, ils ramasseront bien le ministère dans le sang du 10 août; mais maintenant ils craignent de compromettre dans les chances d'une insurrection un succès sur lequel ils comptent. Aussi recommencent-ils contre ceux qu'étonne à bon droit leur conduite ambiguë une guerre à outrance que, cette fois, nulle trêve ne viendra suspendre. Et comment Robespierre ne serait-il pas tombé dans une stupéfaction profonde? Quoi! en présence du danger deit patrie il avait solennellement abjuré toute inimitié personnelle! Quoi! après l'avoir publiquement convié à une réconciliation, Brissot s'était fait, au sein de l'Assemblée législative, l'écho retentissant de sesacoH sations, hélas ! trop fondées contre la cour ; comme Robespierre, île» était venu à se persuader que Coblentz était aux Tuileries ; qu'avant fc combattre l'ennemi du dehors, il fallait réduire celui du dedans, et voÉ que,dQvant lui et devant ses amis, cette cour perfide trouve grâce loi* à coup, et qu'il voue au glaive de la loi ceux qu'il appelle des républi cahis ! Que s'est-il donc passé, et quel est le mystère de cette nouvdte évolution? Ah! c'est que, comme on l'a vu, le fantôme du pouvoir eil^ revenu tenter l'ambition de la Gironde ; et Brissot n'a pas oublié qtNV' durant trois mois, il a été le directeur tout-puissant du ministM désigné par lui.
Une telle versatilité indigna naturellement Robespierre; et comment pouvait-il en être autrement? Depuis l'aurore de la Révolution, n'étaitr il pas resté immuable dans ses principes, indifférent à toutes les questions d'intérêt personnel? Hélas! n'était-il pas destiné à la gloire de succomber ^ans jamais avoir varié? Il s'était déjà montré fort surprii de voir l'Assemblée législative séparer la cause du procureur de to commune de celle du maire de Paris. Les Girondins, pour achever de gagner entièrement Petion, ne cessaient de lui faire les plus chalea* reuses avances. Cette conduite parut louche à Robespierre ; il y ^! ime injure au peuple de Paris, et le dit formellement, le 22 juillet, aux Jacobins, tout en louant de nouveau le courage et Ténergie du preffite