LIVRE VIIl. — SEANCE DU 29 JUILLET AUX JACOBINS
wprêmc présentail-on des objections de plus d'un genre; des inconténients plus ou moins réels ne pouvaient balancer la nécessité évi- Ante de l'employer. Mais, disait-on, les aristocrates aussi désirent Une Convention, les Autrichiens et les Prussiens maîtriseront les issemblées primaires. Objection d'intrigants qui repoussent le vœu du peuple français pour soutenir un édifice prêt les à écraser eux-mêmes s'écroulant. De la part des aristocrates, c'était désespoir , erreur ou atagème pour rendre suspecte une mesure salutaire. Quant à la , à l'Autriche et à l'émigration, pouvait-on croire un seul instant p'elles n'aimassent pas mieux avoir affaire à une cour perfide, à des ndataires faibles ou corrompus, qu'à une Convention sortie des itrailles mêmes du peuple, ei digne des circonstances formidables qui aient créée? — Est-ce que tout cela, est-ce que tous ces raisonents de Robespierre ne vont pas recevoir de l'avenir une conséation éclatante ?
Oa se rappelle avec quelle persistance, avec quelle louable obstina- 0, avec quelle énergie, du temps de la Constitu.inte, il avait, à vingt prises différentes, combattu la division absurde de la nation en Itoyens actifs et citoyens passifs, servum pecus. Aujourd'hui encore, ï a des gens faisant profession d'aimer la Révolution, et qui n'hétent pas à condamner le suffrage universel. Tristes libéraux, tristes mocrates que ceux qui prétendent fonder la liberté sur le régime des galités politiques, et oseraient prendre la responsabilité de partager nouveau le pays en catégories distinctes. Robespierre ne manqua de saisir Toccasion de réclamer la destruction d'un privilège ique. Pouvait-on choisir un moment plus favorable pour intéresser les citoyens à la conservation et à la gloire de la patrie que celui |oi elle courait les plus grands dangers? C'était là le cas de rendre le ât de cité à tous ceux qu'en avait injustement dépouillés la première législature, s'écriait Robespierre. « Expiez donc ce crime ^e lèse-nation et de lèse-humanité, en effaçant ces distinctions inju* feuses, qui mesurent les vertus et les droits de l'homme sur la quotité te impositions. Qixe tous les Français domiciliés dans l'arrondissent de chaque assemblée primaire depuis un temps assez considérable pour déterminer le domicile, tel que celui d'un an, soient admis à y ^ter; que tous les citoyens soient éligibles à tous les emplois publics, ^ux teroies des articles les plus sacrés de la constitution même, sans între privilège que celui des vertus et des talents. Par cette seule disposition, vous soutenez, vous ranimez le patriotisme et l'énergie du P^ple; vous multipliez à l'infini les ressources de la patrie; vous anéantissez l'influence de l'aristocratie et de l'intrigue, et vous prépa-
rez une véritable Convention nationale, la seule légitime, la seule complète que la France aura jamais vue. »
Les Français assemblés, continuait Robespierre, avaient charge d'assurer pour toujours la liberté, le bonheur de leur pays et de Tunivers ; car jamais dans son cœur il ne séparait Thumanité, le monde, de la patrie où il avait commencé de vivre. Comme, en définitive, la constitution actuelle était une des meilleures qui fussent sorties de la main des hommes, la réforme de certains articles, de certaines lois contraires à la Déclaration des droits, lui semblait suffisante pour arriver au résultat désiré. Enlever d'une part au pouvoir exécutif des prérogatives trop étendue?, et diminuer dans une large mesure les moyens de corruption dont on l'avait doté ; de l'autre, subordonner la puissance législative à la nation, de façon que jamais les mandataires du peuple ne se missent au-dessus du souverain^ telles étaient, selon lui, les modifications principales à apporter au système constitutionnel. Ici encore on peot admirer le soin avec lequel il veut qu'on s'attache à préserver la nation d3 la tyrannie de ses représentants mêmes. Sachant, par l'étude et pr.r l'expérience de trois ans de révolution, combien les hommes, en général, mettent leur intérêt personnel au-dessus de l'intérêt public quand ils peuvent le faire impunément, il voulait qu*à certaines époques déterminées et assez rapprochées, le peuple put examiner dans ses comices la conduite de ses mandataires, ou tout au moins révoquer, suivant des règles établies, ceux qui auraient abusé de sa confiance. Il voulait surtout qu'aucune puissance ne pût se permettre d'interdire à la nation d'exprimer ses vœux sur tout ce qui intéressait le bonheur public. Une des conséquences immédiates de ces principes étnit le renouvellement de tous les directoires, tribunaux, fonctionnaires publics secrètement ligués avec la cour et soupirant après le retour du despotisme. Robespierre ne se trompait pas en attribuant la crise présente au mauvais vouloir de la plupart des délégués du peuple, à leur alliance avec les ennemis de la révolution. Ne l'oublions pas, cette Révolution, si débonnaire à l'origine, avait, par une rare imprudence, placé à la tête de presque toutes les administrations, des tribunaux et de tous les états-majors, des hommes attachés à l'ancien régime par leurs intérêts, par leurs familles, et dont la conversion de fraîche date aux idées du jour ne devait pas être de longue durée.
A la voix toute-puissante de la nation, on verrait, il n'en doutait pas, s'évanouir l'audace des généraux perfides, et l'armée, dégagée des chaînes qui l'attachaient à la noblesse comme un corps vivant à un cadavre, unie au peuple, s'élancer, sous des chefs patriotes, à la conquête de la librrté. Il ne se dissimulait pas d'ailleurs