‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 153 sur 314 · LIVRE YIII. — BOMMAGE A LA VILLE DE MARSEILLE · texte numérisé non relu

LIVRE YIII. — BOMMAGE A LA VILLE DE MARSEILLE

despotisme un dernier combat, il lui rendait ce public hommage : < Marseille, tu peux élever une tète orgueilleuse entre toutes les cités I qui ont fait la gloire du monde. Rome à demi libre donna des fers aux nations; Sparte conquit et consenra la liberté pour elle et pour la petite contrée qui l'environnait; Marseille, attachée aux destinées d*un grand État, luttant depuis plusieurs années contre toute la puissance des tyrans perfides qui Toppriment, contre Tinertie d'une multitude innombrable d'esclaves malveillants, semble entraîner, presque en dépit d'elle-même, la France entière à la liberté (1). » La popularité dont Robespierre jouissait parmi les Marseillais était déjà d*ancienne date; on n'a pas perdu le souvenir de certaine adresse aux Jacobins dans laquelle son nom était porté aux nues (2). Des liens plus intimes s'établirent encore entre eux ; et pourtant, qui le croirait? du milieu d'eux devait sortir un de ses plus* acharnés calomniateurs.

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n y avait alors à Paris un jeune Marseillais, dont le courage et la beauté ont été suffisamment vantés, et qui longtemps a passé pour robjet des préférences platoniques de madame Roland. Il s'appelait Barbaroox. Ce fut lui, s'il faut l'en croire, qui appela de Marseille six cents de ses concitoyens (3), C'était un partisan décidé de la déchéance et de l'insurrection; si donc il était l'ami de M. et de madame Roland, et s'il formait avec eux, comme il le dit, le projet de fonder, au pis aller, tme république dans le Midi, il ne pouvait être alors lliomme de Brissot, puisque celuirci appelait sur les républicains < le glaive de la loi.. » A cette époque, tout nous porte à le croire, il était un des plus chauds et des plus sincères admirateurs de Robespierre. Un peu plus tard, il est vrai, cédant à la puissance de l'intrigue, entraîné peut-être par les beaux yeux de madame Roland, il passera dans le camp de la Gironde, comme tant d'autres que n'avaient pas manqué pas de circonvenir les GirondiBS.

(\)Êéftnaenr d» fti CoiMMliii«m, numéro II, trticlc intitulé : Sur Varrhét â$9 Jfer- 'ifOthà AiW». Outre eet arttde et le discours prononcé le 29 aux Jacobins-, œ naiéTO eontîent xm certain 00x0*670 de lottres et de rapports sur la sitiiation «ztérieore.

'3^ Voyez le pTonner vc^iime de cette histoire.

t3y Miwtfii M de Barbmrmse, p. 40.

Nous avons sous les yeux une lettre précieuse de Guiter, député des Pyrénées-Orientales, un des Girondins arrachés à Téchafaud par Robespierre. De la prison de la Force, il explique à son sauveur comment, après avoir été longtemps son admirateur enthousiaste, il en était venu à grossir le nombre de ses adversaires, de ses détracteurs : « Ce sont les journaux corrompus qui, vers la fin de la session de TAssemblée législative, t*ont présenté aux yeux de toute la France comme un ambitieux qui vouloit s'élever sur les débris de la liberté, qui ne vouloit pas de constitution. Plein de ces funestes préventions, j'arrivai à Paris. L'intrigue qui m'avoit déjà rempli de préventions m'attendoit aux portes de cette cité. Sun pie et confiant, j'en ai été la victime; autant je t'avois estimé, autant je t'ai haï; autant je t'avois cru un ami du peuple, autant je t'ai cru son ennemi... (1). » Il ne fallut rien moins que la noble conduite de Robespierre à l'égard des signataires de la protestation contre le 31 mai pour dessiller les yeux de Guiter et de bien d'autres de ses collègues.

Donc, nous le répétons, à l'heure présente, Barbaroux, sans aucun doute, était de cœur et d'âme avec Robespierre. Plus tard, proscrit et errant, il travestit, dans des Mémoires écrits d'une plume trempée dans le fiel, ses premiers rapports avec lui ; mais ces Mémoires, pleins de mensonges et de calomnies, ne sauraient avoir aucune valeur historique (2). Barbaroux y raconte que, peu de jours avant l'insurrection du 10 août, un abbé «couvert de guenilles, » et qu'il donne conune un ami de Robespierre, vint le prier de passer à la mairie où Tattendaient Fréron et Panîs (3). Ce suprêm.e dédain pour les guenilles peut pa-

(1) Cette lettre fait partie de la collection Portiez (de l'Oise), laquelle renferme ime foule de lettres adressées à Rol>e8pierre, lettres inédites pour la plupart, et dont nous possédons des copies textuelles dues à Tobligeance de M. Dugast-Matiffeuz, de Nantes. Ces lettres proviennent de la saisie des papiers de Robespierre. Les Thermidoriens se sont bien gardés de les publier, parce qu'elles réduisaient à néant une partie de leurs calomnies, et mettaient à nu leurs mensonges, et que d'ailleurs ils espéraient rendre les hommes qui les avaient écrites complices de leurs odieuses machinations. La publicité que nous donnerons à ces lettres est une conquête historique. Amant passionné de kl vérité, nous devons au oonventionnel Portiez quelque reconnaissance de n'avoir point anéjinti les précieux documents qu'il s'était appropriés.

^2) Un jour, sous la Constituante, Barbaroux, ayant lu dans le journal de Camille Desmoulins une lettre où se trouvait Téloge d'un de ses concitoyens avec lequel il était en rivalité, écrivit aussitôt de Marseille, où il occupait les fonctions de secrétaire général de l'armée, une réponse que Camille, pour de bonnes nûsons sans doute, ne voulut pas insérer. « J'ai su depuis, » écrit Barbaroux (p. 9 de ses Mémoireà), « qne CamiUe Desmoulins trafiquait de ces insertions, et qu'il avait rejeté ma lettre parw que je n'y avûs pas joint une somme de 200 livres. » Impossible de calomnier pins lestement les gens. Voilà le ton général de ces Mémoires.

(3) Barbaroux ne dit nullement que ce fut de la part de Robespierre (p. 62), et M. Michelet s'est trompé en le disant t. III, p. 547). M. Louis Blanc a commis, du

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