‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 154 sur 314 · LIVRE Vin. — BARBAROUX CHEZ ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

LIVRE Vin. — BARBAROUX CHEZ ROBESPIERRE

[nttre choquant dans la bouche du républicain Barbaroux, mais pas- [sons. 11 se rendit à la mairie. C'était Panis lui-même qui Tavait fait ier d'y venir, voulant Tinviler à user de son ascendant sur les Mar-

llais pour les amener de la caserne de la Chaussée-d'Antin à celle

[des Cordeliers, où les patriotes les auraient sous la main (1). Barba-

)ux convient de ce fait, mais il ajoute qu'ensuite on lui tint* des dis-

)urs mystérieux dans lesquels il crut démêler l'intention de donner

dictateur à la France, sur quoi il se serait récrié avec hjrreur.^ Jusqu'ici Robespierre n'a aucun rôle : son nom n'est même p?i^ proracé dans cette première entrevue. Mais Barbaroux, — toujours d'après

propre récit, — est convié à une nouvelle conférence chez l'hôte

le de Duplay (2). 11 y va, accompagné de Baille et de Rebeôqui.

la plume fantaisiste du conteur marseillais, la modeste pièce qui

îrvait à Robespierre de chambre à coucher et de cabinet de travail,

transforme en un joli boudoir où son image était répétée sous toutes

formes et par tous les arts. Barbaroux nous le représente peint sur muraille de droite, gravé sur celle de gauche; il nous montre son

Jte dans le fond, son bas-relief vis-à-vis, et, épars sur les tables, ïe demi-douzaine de Robespierre en petites gravures (3). Un écrivain

nos jours a trouvé moyen d'exagérer encore cette description ridile; \e Joli boudoir devient une vraie chapelle, où, sur les murs,

les meubles, se trouve reproduite l'image d'un seul et unique

I, Robespierre, toujours Robespierre. Suit une énumération à peu

textuellement copiée dans les Mémoires de Barbaroux, et après

iquelle notre auteur conclut que, de quelque côté que se tournât Ro-

>ierre, il ne pouvait éviter de voir son image (4). Non, Robespierre

ite, k même erreur (t. YII, p. 29) ; seulement il est loin de croire, comme son émi- [tent confrère, à la sincérité du récit du narrateur marseillais.

(1) Déclaration de Panis à la Convention. Séance du 25 septembre. Voyez le Moniteur I ^ 27 septembre 1792.

I (2) H. Micbelet, qui suit pas à pas Barbaroux sans avertir le lecteur des sources

^tenses et équivoques où il a puisé ses renseignements, trouve moyen de renchérir

[ftr cet écrit d'un mortel ennemi. Robespierre, qu'il suppose jaloux de Tinfluence de

' l^aaton, < fit prier j » dit-il, « Barbaroux et Rébecqui de passer chez lui > (t, III, p. 547),

I înbtioux s^était contenté d'écrire : « On m'invita le lendemain à une autre confé-

'^Jce chez Robespierre. » Mémoires, p. 03.

(3j Mémoires de Barbaroux, p. 63.

(4; llicbelet, Histoire de la Révolution^ t. III, p. 547. M. Alexandre Dumas, dans ^^ Agréable roman de la Comtesse de Chamy, a tracé de la chambre de Robespierre ^ peinture toute semblable, en sorte que si l'on ignorait que l'un et l'autre ont pBÏié dans les Mémoires de Barharoua ^ on pourrait croire que l'historien a copié le '^"pMWïier. Mais, du moins, le roman a-t-il des licences sévèrement interdites^ "*ûtoite, M. de Lamartine, avec bien plus de mesure, s'est aussi inspiré du récit de ^*«*«iOttx (Histoire des Girondins, t. III, p. 92).

des HISTOIRE DE ROBESPIERRE

n'avait pas à ce point le culte de sa personne; nous dirons aiUetaseei qu'était sa petite chambre, pieusement et simplement ornée par des mains amies ; mais il n'était pas défendu sans doute à ses hôtes d'avoir , son image reproduite par le pinceau, par le burin et le ciseau. Ce fti vraisemblablement dans le salon de Duplay que fut reçu Barbaroux. Là] il put voir le grand portrait en pied de Robespierre peint par Gérard,j <létruit en 1815, et dont nous avons déjà parlé; il put voir, près de cheminée, le médaillon modelé par Collet en septembre 1791, qi jusqu'à sa mort, Éléonore Duplay garda comme une relique sacrée, e1 f;ur les meubles, des statuettes et des gravures du temps. Qu'à une ai de là, écrivant de mémoire, et voulant ridiculiser l'homme qu'il a^ poursuivi de ses calomnies, il ait établi une confusion volontaire, cel malheureusement, est assez dans l'ordre des choses de ce monde; mais n'est-il pas regrettable que des écrivains sérieux, et d'un si grai talent, acceptent, comme paroles d'Évangile en quelque sorte, d< fadaises sorties de la plume d'un ennemi?

Arrivons maintenant à cette fameuse entrevue, destinée à devf le texte de Tabsurde accusation que^ par la bouche de Barbaroux de Rebecqui, les Girondins intenteront contre Robespierre dès li premières séances de la Convention nationale. Après avoir parlé de Révolution, et s'être beaucoup vanté de l'avoir accélérée, Robespi< toujours d'après Barbaroux, soutint qu'elle s'arrêterait si quek homme extrêmement populaire ne s'en déclarait le chef et ne lui ii primait un nouveau mouvement (1). Sur quoi Rebecqui se serait fii ment écrié : c Je ne veux pas plus d'un dictateur que d'un roi. > sortant, continue Barbaroux , Panis nous serra la main, a Vous ave mal saisi la chose, nous dit-ii, il ne s'agissait que d'une autorité mentanée, et Robespierre est bien l'homme qui conviendrait pour et à la tête du peuple (2). y> Autant de lignes, autant de menson^ L'assertion prêtée à Robe^ierre sur la nécessité d'investir un populaire d'une sorte de pouvoir suprême est démentie par tous actes, par toutes ses paroles. Son immense discours du 27 juillet, ai Jacobins, ne roule-t-il pas tout entier sur les périls de la tyrannie/ sur les précautions à prendre afin qu'une fois le trône renversé, an' despotisme ne vienne pas succéder à un autre! Qui donc insista da«| vanta ge pour que le peuple conservât la plénitude de sa souveraineté, pour qu'en aucun cas ses mandataires ne pussent se rendre indépen-

(1) Dans son accusation devant la Convention, Barbaroux Vosa point prttcr ce ta- i g9g9 à Robespierre, mais dans ses Mémoires il poiiTSit mentir en tonte sécurité. Voy» I le Moniteur du 27 septembre 1792. I

(2) Mémoires de Barbaroux y p. 64. '

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