‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 158 sur 314 · LIVRE Vm, — PROLÉGOMÈNES DU 10 AOUT · texte numérisé non relu

LIVRE Vm, — PROLÉGOMÈNES DU 10 AOUT

fermeté ne semblaient pas à la hauteur des circonstances. Le nombre des commissaires fut dès le surlendemain porté à six par section ; ce qui donna pour le conseil général de la commune un chiffre de deux cent quatre-vingt-huit membres. Ces commissaires furent armés de pleins pouvoirs à Teffet de sauver la patrie, pleins pouvoirs ratifiés depuis par l'Assemblée nationale. A l'heure où commençait cette grave opération, une circulaire signée de Pétion invitait tous les citoyens au calme, à l'inaction, et les engageait à attendre que TAssemblée eût paisiblement, lentement statué sur la question de la déchéance (!)• Mais, — vains efforts pour enchaîner l'ouragan! — déjà dans les quartiers populeux toutes les cloches étaient en branle, et, silencieusement, par cette belle nuit d'été, les bandes insurrectionnelles se rendaient au lugubre appel du tocsin.

Les commissaires nommés se transportèrent tout de suite à THôtelde-Ville* Ils furent introduits dans la salle des délibérations où siégeait l'ancien conseil qui ne se retira que dans la matinée, sans difficulté d'ailleurs, devant les nouveaux venus (2) parmi lesquels on comptait Rossignol, Billaud-Varenne, Audoin, Louvet, Real, Hébert, Léonard Bourdon, etc. Cette nouvelle municipalité fut la commune du 10 août. Elle était bien loin, du reste, d'être au complet; vingt-huit sections seulement ayant terminé dans cette iluit leurs opérations électorales. Marie-Joseph Chénier, le frère du royaliste auteur des ïambes^ et Robespierre ne furent nommés que le 11, le premier par la section de la Bibliothèque, le second par celle de la {)lace Vendôme (3). Quelle fut, dans cette nuit mémorable, la part d'action personnelle de Robespierre? 11 est impossible de le dire. Toute action individuelle disparut dans le grand mouvement général ; mais il ne resta pas inactif, on peut l'affirmer, car, quelle que fût la notoriété de son nom, la section de la place Vendôme, à laquelle il appartenait, ne l'aurait pas choisi pour soQ représentant à la commune, s'il se fût effacé dans un pareil moment.

Nous n*avons pas à retracer ici les événements qui signalèrent la matinée du 10 août, ils sont connus de tous nos lecteurs. On sait com-

{\)Yoy&z àAn&VBiaiQire parlementaire,' X. XVI, p. 402, cette circulaire de Pétion , FArfaitcment concordante avec le langage que l'avant-veille il avait tenu h Robespierre,

(2) On n*a jamais pu obtenir de Royer-Collard, qui tenait la plume comme greffier, U restitution du procès-verbal de cette séance. Voyez à ce sujet une lettre de son suco«senr Coulombeau, en date du 24 janvier 1793, lettre dont la minute est aux Archive» de la Ville, et qui a été reproduite dans V Histoire parlementaire, t. XVI, p. 409.

(3) Voyez la liste complète des membres de la commune du 10 août, dans V Histoire parlementaire, t. XVI, p. 410-422.

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ment les Tuileries furent emportées de vive force, après que Louis XVI et sa famille les eurent abandonnées, avant le commencement de l'action, pour se réfugier au sein de l'Assemblée législative. Les royalistes combattirent avec un grand courage, et nul doute qu'un moment ils ne se crurent certains du succès. La mort du commandant général Mandat diminua singulièrement la confiance des défenseurs du château en jetant le désarroi dans les rangs de quelques bataillons de la garde nationale sur lesquels ils comptaient. Mandat avait été tué par un inconnu au moment où, en vertu d'un arrêté de la commune, on le transférait à l'Abbaye pour avoir donné l'ordre par écrit au commandant du bataillon de rHôtel-de-Ville^ de dissiper, en l'attaquant par derrière, la colonne d'attroupement qui se porterait vers les Tuileries. Toutefois, on savait les Suisses et les gardes du roi doués d*une bravoure et d'une fidélité à toute épreuve. Abrités derrière de bonnes murailles, ils pouvaient rendre dix coups pour un ; la foule des assaillants, nullement aguerrie au feu, lâcherait pied aux premières décharges de mousqueterie, on l'espérait du moins. Une fois rinsurrectlon, vaincue, ne verrait-on p&s se ranger autour du trône les timides, les timorés, cette masse incertaine et flottante toujours prête à se donner au plus fort? On n'aurait plus, après cela, qu'à tendre la main à Ln Fayette, et c'en serait fait de la Révolution! L'héroïsme des insurgés déjoua tous ces calculs. A l'exaspération populaire, on put noesurer la vigueur de la résistance, et les pertes des vaincus furent certainement de beaucoup inférieures en nombre à celles des vainqueurs (1).

Comme on a niaisement accusé Robespierre de s'être caché le 17 juillet 17^1, après les massacres du Champ-de-Mars, quand, au vu et au su de tout le monde, il était resté presque seul aux Jacobins, défiant la réaction viaorieuse alors qu'une foule de patriotes étaient ou arrêtés ou en fuite , on n'a pas manqué non plus de lui reprocher de s'être éclipsé pendant la journée du 10 août. Et ce mensonge n'a pas été seulement mis en avant par des écrivains royalistes, conmie l'avocat Maton de la Varenne , qui , épargné dans les massacres de Septembre, a remercié la Révolution, en vomissant contre elle les plos

(1) Jusqu''à ce jour on avait estimé de six à sept cents le nombre des morts parmi les défeasears des Toileries, et de quinze cents à cinq mille celui des morts et blessés parmi les assaillants. M. le baron Poisson, dans son livre sur la garde nationale el l'année, évalae à trois mille cinq cents le chiffre des victimes du côté du peuple. Cn FenilUnt de nos jours, auteur d'une Histoire de la Terreur dont nous aurons à noos oocuper tout à Theure, acceptant sans discuter le chiffre de six à sept cents pour lei Suiases, fixe à qcabaxtb celui des citoyens de Paris tués pendant le combat. Impossible d'aller plus loin dans l'absurde, et le ridicule de ce chiffre n^est égalé que par le ridicule des calculs pris par cet auteur pour base de son évaluation (Hiit. ée /« TerHur^ t. II, p. 493).

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