‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 159 sur 314 · LIVRE Vllï. — PART Qii IL PRIT A LA CHUTE DE LA ROYAUTE · texte numérisé non relu

LIVRE Vllï. — PART Qii IL PRIT A LA CHUTE DE LA ROYAUTE

ineptes calomnies (1), mais par des écrivains qui se flattent bien hautement d*appartenir à Topinion républicaine. Citerai-je mon illustre coofrëre M. Mlchelet, qui, dans son style hyperbolique, et usant d*une tactique empruntée aux Girondins en confondant Marat et Robespierre, les fait sortir tous deux de leurs trous le 11 pour siéger à la commune (2)? Nous allons voir ce qu'il faut penser d'une telle assertion. Robespierre, cela est vrai, ne figura pas à la tête des fédérés marseillais ou bretons à Tattaque du château, ni parmi les rudes assaillants venus de$ faubourgs, ni dans les rangs de la garde nationale, pas plus que Danton, Camille Desmoulinâ et une foule d'autres notabilités révolutionnaires, sans compter les Girondins qui profitèrent de la victoire du peuple. Mais est-on fondé à dire pour cela qu'il se cacha ? Est-ce que même il se montra aussi réservé que son calomniateur Barbaroux, lequel ne fait nulle difficulté d'avouer que des motifs de prudence Tavaient déterminé à ne pas se mettre à la tête de ses compatriotes, et qui se contentait de recevoir, pendant l'action, des renseignements ^'OQ devait, suivant sa recommandation, lui envoyer de quart d'heure en quart d'heure (3)? Non, lès hommes de la trempe de Robespierre ne se cachent pas. En temps de révolution, il le savait bien, lui, la proscription et la mort sont trop souvent le partage des défenseurs de la liberté, et, d'avance, il était prêt au sacrifice.

Quand la bataille fut terminée (elle avait duré un peu moins de deux Iteures), l'Assemblée législative s'empara de tous les pouvoirs. Au moment où le roi était venu chercher un refuge dans son sein, Vergniaud, qui la présidait, avait accueilli le monarque en ces termes : < Vous pouvez, sire, compter sur la fermeté de l'Assemblée nationale ; ses membres ont juré de mourir en soutenant les droits du peuple et les autorités constituées. » On voit combien peu le renversement de

(1) HiMloin particulière des éténemem qui ont opéré la chfUe du trône, par Maton de la Tirenne, p. 228.

(2) BUtoirede la Bétolution, par Micbelet, t. IV, p. 61. M. Micbelet sait parfaite- Best que Uarat ne fat pas un des commissaires députés à la commune, et que si plus tttd il fut illé^ement introduit dans le sein du comité de surveillance, ce fut sans fat participation du conseil général. Pourquoi donc ces équivoques? Est-ce que c'est là de la loyauté historique? Il a dû savoir également que Robespierre parla longtemps in Jacobins dans la jouniée même du 10 août, pourquoi donc n'en dit-il rien? Ah! c^est qu'il loi devenait diflicile de faire sortir Robespierre de «on trou le 11 . M. Micbelet, Mis avons regret de le dire, ne procède pa^; seulement par hypothèses et suppositions, iltts aussi par omissions. Tout ce qui est de nature à le gêner dans son système de ^kèie historique, il le supprime sans plas de façon.

i!S\ Mémoires de Barbaroux f p. 66. Ce qui n'empêche pas ce héros de la Gironde ^éem négligemment (p. 82) que Robespierre s'était caché le 10. Voilà donc les auto* ^^ <le M. Micbelet et des f'crivnins qui ont adopté son système : Maton de la Varenne «t lîarbarouxîî

la l'oyauté était dans les idées de la Gironde. La monarchie se trouvant brisée de fait par la défaite de ses partisans, Vergniaud, la douleur dans rame, proposa à ses collègues de décréter, entre autres mesures, la suspension provisoire de Louis XVI, la nomination d'un gouverneur au prince royal et la formation d'une Convention nationale. Robespierre, tout en louant l'Assemblée de s'être élevée quelquefois à la hauteur de ses devoirs (1 ), ne trouva pas dans plusieurs de ses décrets toute la sagesse, toute l'énergie qu'eussent exigées les circonstaDces. Selon lui, il aurait fallu décréter tout de suite la déchéance du roi, afin de prévenir des lenteurs dangereuses et certaines questions d'où pouvaient nattre des éléments de discorde civile. Mais il semblait que les Girondins , maîtres de l'Assemblée par la désertion de tous les députés attachés à la cour, voulussent laisser une porte ouverte au retour de la royauté. Brissot n'avait-il pas dit, dans son discours du 26 juillet, que les hommes attachaient au mot de roi une vertu magique qui préservait leurs propriétés ? Toujours est-il qu'après s'être, jusqu'au dernier moment, montrés tout à fait opposés à l'insurrection, ils commencèrent par recueillir les fruits de la victoire du peuple. Sur la proposition d'Isnard, les portefeuilles de l'intérieur, des finances el^ de la guerre furent rendus à Roland, à Clavière et à Servan. Monge, appelé au ministère de la marine, et Le Brun à celui des affaires étrangères, étaient encore deux créatures de la Gironde. Danton seul, nommé ministre de la justice, représenta au pouvoir l'insurrection triomphante.

Tandis que ces choses se passaient au sein de l'Assemblée législative, et que, de tous côtés, les ambitieux, les intrigants s'agitaient pour avoir une part des lambeaux de la royauté, les Jacobins s'étaient réunis dans leur salle, plus tôt que de coutume, sous la présidence i d'Anthoine. La société se trouva peu nombreuse, beaucoup de ses; membres ayant été, en ces graves conjonctures, retenus par leurs fonctions. Quant à Robespierre, qu'un historien accuse si injustement d'avoir « veillé le mouvement, » de s'être tenu prêt à en profiter (2), il parut à la tribune, et les paroles qu'il y prononça donnent la mesure de son désintéressement. Songe'a-t-il à lui un seul instant? Chercha-t-il à tirer parti de son immense popularité dans un intérêt personnel? Le vit-on, comme tant d'autres, convoiter les dépouilles de la monarchie? Il parle, et son unique préoccupation est d'assurer à la nation les bénéfices d'une victoire dont l'honneur, suivant lui, ne

(1) Défenseur de la Constitution, numéro 12, p. 576.

(2) Miclielet, Histoxre de la dévolution, t. III, p. 647.

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