LIVRE VIII. — PART QU'iL PRIT A LA CHUTE DE LA ROYAUTE STS
revenait pas seulement au peuple de Paris, mais au peuple français tout entier. A ce peuple il recommande formellement de mettre désormais ses mandataires dans l'impossibilité absolue de nuire à sa liberté ; il rengage à demander la convocation immédiate d'une Convention nationale, la mise en état d'accusation de La Fayette, et surtout à ne pas déposer les armes avant le triomphe définitif de la liberté. En même temps il invite les fédérés à écrire à leurs concitoyens le récit des grands événements du jour, et la nouvelle commune à envoyer des commissaires dans les tjuatre-vingt-trois départements pour y peindre sous son vrai jour la situation actuelle. Puis, songeant aux patriotes poursuivis dans ces derniers temps par des directoires et des JQges dévoués à un gouvernement conspirateur, détenus en vertu d'ordres arbitaires^ il conseille à la société de s'occuper sans retard des moyens légaux de rendre la liberté à ces victimes du despotisme (1).
ËD même temps, il glorifiait dans des pages énergiques cette Révobtiondu 10 août, qu'il mettait bien au-dessus de celle de 1789. Alors le peuple, aidé de ceux qu'on appelait grands, s'était levé tumultueulement pour affranchir le pays de l'ancien despotisme plutôt que pour conquérir la liberté; aujourd'hui, seul pour ainsi dire, livré à lui- Biéme, sans chefs et sans point de ralliement, il avait pris les armes ifin de venger les lois fondamentales de sa liberté violée, de faire rentier dans le devoir tous les citoyens qui conspiraient contre lui, et f alBrmer un fois de plus les principes proclamés trois ans auparavant par ses premiers représentants. Cette nouvelle révolution paraissait à lobespierre la plus belle qui eût honoré l'humanité, la seule dont fobjet fût de fonder enfin les sociétés politiques sur les principes iminortels de l'égalité, de la justice et de la raison. Tous les trônes, prosail-il, allaient recevoir la secousse du choc qui venait de briser celui de Louis XVI. La liberté du monde lui semblait devoir être à la iûis l'ouvrage et la récompense de ce peuple magnanime, a Français, » s'écriait-il en exhortant ses concitoyens à une fermeté inébranlable, et en leur présentant comme un crime contre l'humanité la clémence 9Â laisserait impunis les tyrans altérés du sang des hommes, « Franchi n'oubliez pas que vous tenez dans vos mains le dépôt des desti- ^de l'univers. Ne vous endormez pas au sein de la victoire; adop- ^ la maxime d'un grand homme qui croyait n'avoir rien fait tant çi'il lui restait quelque chose à faire. N'oubliez pas que vous avez à ^^'D^ttre la ligue des despotes et à confondre les complots des en-
W ioumal de» débaU êtd» la corre«pofKiance, etc., numéro 247.
nemis les plus dangereux que vous nourrissez dans votre sein. Une gloire immortelle vous attend, mais vous serez obligés de Tacheter par de grands travaux. Restez debout, et veillez. Il ne vous reste plus désormais qu*à choisir entre le plus odieux de tous les esclavages ou une liberté parfaite; entre les plus cruelles proscriptions et le bonheur le plus pur dont un peuple puisse jouir. 11 faut que les rois ou les Français succombent. Telle est la situation où vous place cette lutte glorieuse que vous avez jusqu'ici soutenue contre la royauté, i Et comme pour confondre d'avance les détracteurs et les envieux qui devaient Taccuser d'aspirer à la dictature, il ajoutait : « Mais, quel» que soient vos délégués, gardez- vous de les laisser mattres absolus de votre destinée, surveillez-les, jugez-les, et réservez-vous dans tous les temps des moyens réguliers et pacifiques d'arrêter les usurpations des hommes publics sur les droits et sur la souveraineté du peuple (1). » Comme il arrive invariablement après toute victoire remportée par le peuple, il ne manqua pas de gens pour s'attribuer le mérite de celle du 10 août, et ceux-là en profitèrent tout d'abord qui n'y avaient pas eu la moindre part, Danton excepté. Beaucoup, après le combat, se posèrent en héros ; plus modeste se montra Robespierre. Nous le voyons faire remonter au peuple seul tout l'honneur de la victoire ; il se contenta d'être l'historiographe des événements (2); et, quelques mois plus tard, en rappelant à son ancien ami Pétion, par lequel il venait d*être abandonné, les péripéties de cette journée fameuse, il lui disait : « Je ne paraîtrai pas suspect, car j'ai été presque aussi étranger que vous aux glorieux événemens de notre dernière Révolutionj il ne nous reste à tous deux que le plaisir de savoir qu'à cette mémorable époque la patrie a eu beaucoup de défenseurs plus utiles que nous (3). » Et pourtant qui, plus que lui, avait contribué au succès, prêché l'abnégation, soufflé aux masses une indomptable énergie, cherché à assecûr sur les débris du trône le droit, la justice, la liberté? Ses concitoyens le considérèrent donc avec raison comme un des vainqueurs de cette journée, et le secrétaire greffier de la commune, Coulombeau, exprimait bien le sentiment populaire, lorsqu'on lui adressant, par ordre du conseil général, la médaille commémorative frappée en souvenir de la chuie de la royauté, il lui écrivait : <r Citoyen, je m'empresse de
(1) Voy. dans le Défonseur de la ConstUutionj numéro 12, rartide sur lea éTânemenU du 10 août 1792, de la p. 567 à la p. 583.
(2) Récit àes événements du 10 août par Robespierre. Défenseur <k la ComHtutienf nimiéro 12, p. 583 à 592.
(3) Réponse à Jérôme Pétion. Lettrée de Uaximilien Robespierre à ees comm«llcHW, noméro 7. *