LIVRE VI. SUR LA PERMANENCE DES SECTIONS
Le lendemain y ii montait de nouveau à la tribune afin de combattre la motion d*un membre qui demandait que les sections s'assemblassent dans les cas d'urgence, et que la société adressât à ce sujet une pétition au Corps législatif. La permanence des anciens districts, on s*en souvient, avait été supprimée par un décret deTAssemblée constituante malgré les efforts de Robespierre , qui s'était aussi opposé en vain à l'interdiction des pétitions collectives ; mais une fois la loi votée, il s'indioait, la jugeant inviolable et sacrée tant qu'on n'en avait pas obtenu légalement la réforme. C'est pourquoi il s'éleva contre la proposition soumise aux Jacobins, voulant préserver la société du reproche, trop légèrement dirigé contre elle, d'attaquer sans cesse l'ordre établi. Il D*avait aucun doute toutefois sur la pureté des desseins des Amis de la Constituiianj et ne se dissimulait nullement les avantages que les citoyens pourraient retirer de la faculté de se réunir librement. 11 commença par le déclarer; « ma^s, » ajoutait-il,^ — et ses paroles, il bat les retenir, — « je n'en suis pas moins convaincu que celte société doit s'interdire toute pétition sur beaucoup d'objets de circonstance, et j'en trouverais mille preuves si j'avais besoin de prouver la vérité de mon assertion et de cette circonspection sage que je n'ai jamais cessé DE PRECHER DEVANT VOUS, ct quo jc uo ccsscrai de soutenir jusqu'à ce que la vérité soit établie. » Une telle démarche donnerait nécessairement prise aux ennemis de la société |: elle lui semblait donc inutile et dangereuse. C'était aux membres des sections de Paris à présenter eax-mèmes individuellement cette pétition, revêtue ainsi d'un caractère plus imposant. Robespierre ne manquait pas de confiance dans rAssemblée nouvelle , on l'a vu par une des lettres dont nous avons cité des extraits ; il espérait qu'elle se déciderait à réformer un décret malheureux selon lui, et qu'elle procurerait au pays le bienfait inestimable dé la liberté, <r l'objet de nos vœux, » disait-il en finissant (1). Docile cette fois à ses sages conseils, la société repoussa la motion proposée.
<'onte de TEmpire, ce ne fat pas sa faute, parait- il, si les Bourbons, en rentrant, ne ârent pas appel à son dévouement.
Chef delà police impériale, Real, comblé de richesses, accepta également de Napol^n le titre de comte.
«1) Journal des débats de la Société des Amis de la ConstHulion^ numéro 106.
30 HISTOIRE DE ROBESPIERUË
Une pétition, signée de la plupart des membres du directoire du département de Paris, au sein duquel quelques Constituants, comme Desmeuniers, Beaumetz et Talleyrand-Périgord, avaient trouvé un refuge à la clôture de l'Assemblée nationale, pétition qui invitait le roi à refuser la sanction au dernier décret du Corps législatif sur les troubles religieux, fournit à Robespierre une nouvelle occasion de témoigner de son respect pour la liberté et la légalité. Le 6 décembre, Dubois-Crancé dénonçait vivement cette pièce aux Jacobins comme contre-révolutionnaire, et Ton ne proposait rien moins que de demander U mise en accusation des signataires. Robespierre, tout en blâmant énergiquement la faute commise par le directoire du département, démontra qu'il n*y avait aucun moyen légal de s'opposer à cette démarche, puisque les membres du directoire, en lui donnant la forme d'une pétition , avaient agi comme simples particuliers, et usé d'un droit commun à tous les citoyens (1). Le mépris et l'indignation publique pouvaient donc seuls, suivant lui, faire justice de cette pétition dont il signala d'ailleurs l'irrévérence à l'égard de l'Assemblée législative, et que Camille Desmoulins considérait comme le premier feuillet d'un vaste registre de contre-révolution, envoyé à la souscription et à la signature des aristocrates des quatre-vingt-trois départements.
Cet objet occupa durant deux jours encore l'attention de la société. Quelques membres auraient voulu que l'on combattit la pétition du directoire par une contre-pétition émanée du club même; mais Robespierre fît de nouveau observer, au nom de la prudence, qu'il valait mieux que les pétitions émanassent des membres des sections de Paris, agissant comme citoyens, que d'une société quelconque, a II faut, » dit-il à la séance du 8, « que les ennemis apprennent que le public n'est point l'écho de cette société, mais au contraire qu'elle est l'écho du public; qu'ils apprennent qu'elle n'est autre chose qu'une section du public, qui n'a de l'énergie que parce que la capitale est pénétrée des principes de la Révolution, et qu'elle est prête à la défendre et à sacrifier pour elle les biens les plus précieux. » Puis, signalant l'hypocrisie avec laquelle était conçue cette pétition du directoire du département de Paris, où Ton avait cherché à pallier la haine des
(1) Journal det débats de la Société des Amis de la Constitution, numéro 107.