‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 17 sur 314 · LIVRE VI. ADRESSE A L*ASS£MBLE£ LE'gISLATIVE · texte numérisé non relu

LIVRE VI. ADRESSE A L*ASS£MBLE£ LE'gISLATIVE

nouveaux principes par une profession de foi qu'eussent signée les plus purs patriotes, il ajoutait que ce serait peut-être Toccasion de dévoiler aux yeux de l'Assemblée législative le per&de système des ennemis de la Révolution, qui ne cessaient d'attaquer la liberté, en parlant de leur amour pour cette même liberté. Rien d'odieux, à ses yeux, comme ces gens qu'on avait vus, au sein' de la dernière Assemblée, essayer de comprimer la liberté par les combinaisons les plus machiavéliques, et qui, ayant trouvé moyen de parvenir à des places importantes, s'efforçaient encore de lui porter les coups les plus funestes. Les projets des ennemis déguisés de la Révolution lui paraissaient plus étendus , plus compliqués qu'on ne se l'imaginait ; aussi, pour les déjouer, conseillait-il le calme, Tunion, une surveillance de tous les instants (1).

Ces paroles impressionnèrent vivement la société; immédiatement elle chargea une commission de lui présenter, à la prochaine séance, an projet d'adresse à l'Assemblée législative. Robespierre fut chargé de la rédaction. Le surlendemain, à l'ouverture de la séance, il montait i la tribune pour donner lecture de son travail. Dans cette longue adresse, dont les journaux du temps ont seulement donné des extraits, il signalait, dès le début, le mauvais effet produit par cette démarche d'un corps administratif provoquant le veto royal contre un décret qui avait pour but de mettre fin aux troubles religieux; spectacle, disaitil, aussi nouveau qu'alarmant pour l'ordre public. Quel était donc le dessein de ces administrateurs? Voulaient-ils avilir l'Assemblée législative, décréditer sa sagesse, ranimer le fanatisme, autoriser la révolte en quelque sorte par leur exemple? Était-ce pour encourager la cour à repousser de nouveau le vœu des représentants de la nation? Voilà quelles réflexions suscitait tout d'abord la pétition du directoire du département. C'était moins, du reste, ce corps administratif qu'on avait à combattre, semblait-il à Robespierre, que les Desmeuniers, les Talleyrand, les Beaumetz, dont on reconnaissait l'esprit insidieux; c'était sur eux que devait rejaillir le blàme..En vain avaient-ils tenté de donner le change à l'opinion en mêlant à leur perfide pétition un hommage à la liberté et à la constitution, on aurait pu s'y tromper si tous les préambules ministériels et l'expérience de la Révolution n'avaient pas suffisamment avancé l'éducation des esprits à cet égard. « La nation, > s'écriait-il, c commence à être fatiguée de ce charlatamme qui ne laisse apercevoir que des intrigues; après les intrigues, les conspirations; après les conspirations, des parjures. On ne la

(1) Jommat an àébatê de la Société des Amis de la Constitution^ nnméro 108.

trompera pas plus longtemps. » Puis, s'adressant à ces administrateurs eux-mêmes, il leur reprochait d^avoir imprudemment occasionné les troubles religieux en imaginant de faire dire alternativement le service divin dans la même église par les prêtres assermentés et les réfractaires. N*était-ce pas là créer un antagonisme fatal ? Et quoi de plus propre à diviser les campagnes? « Craignez, » leur disait-il, c craignez qu'on ne s'aperçoive que vous faites tous vos efforts pour nous ramener au despotisme par l'anarchie. » Ce sera en effet la pratique constante des ennemis de la Révolution. Au reste, confiant dans l'avenir de la liberté, Robespierre exprimait l'espérance vde voir le monarque rejeter une pétition dont la nation s'indignait à bon droit, et terminait en ces termes : « Ce serait en vain que nos ennemis auraient conçu l'affreux projet de couvrir la terre de la liberté de sang et de ruines, la liberté s'élèverait sur ces ruines mêmes ; elle surnagerait sur les flots de sang. . . Tremblez, perfides, la liberté est plus forte que les tyrans (1). » Ainsi nous voyons peu à peu s'accentuer plus énergiquement les paroles des orateurs ; elles iront s'assombrissant en raison des efforts et des violences contre-révolutionnaires. Mais nous sommes loin encore des hyperboles des hommes de la Gironde ; Robespierre n'est pas à leur diapason. Toutefois Brissot, dans son journal, prodigua les plus grands éloges à l'adresse rédigée par Robespierre, adresse dont le club des Jacobins vota avec enthousiasme l'impression et l'envoi à toutes les sociétés affiliées (2).

En même temps, Camille Desmoulins rédigeait et faisait signer par trois cents citoyens une contre-pétition qu'il vint présenter lui-même à l'Assemblée nationale, dafts la séance du 11 décembre, et dont Fauchet donna lecture. C'était un morceau achevé. Jamais le charmant écrivain n'avait déployé plus de verve, plus d'ironie mordante , plus de grâce et de bon sens à la fois. Il flétrissait avec une juste raison les membres de ce directoire qui, après avoir été les principaux auteurs des dispositions sévères prises par la dernière Assemblée contre tout écrit tendant à provoquer l'avilissement des pouvoirs constitués, la résistance à leurs actes, après avoir fait fusiller au Champ-de- Mars des citoyens signataires d'une pétition parfaitement légale, avaient commis eux-mêmes le délit qu'ils avaient voulu réprimer, et,

(1) Journal des dibaU de la Société des Amis de la Constitution, numéro 109.

(2) Patriote français^ numéro 854. Voici en quels termes s^exprimait Brissot : « Cette adresse, rédigée par M. Robespierre, est un excellent préservatif contre le venin aristocratique qu'on veut, à l'aide de la pétition du directoire, distiller dans les départemens. M. Robespierre en réfute avec éloquence les principes dangereux, en dévoile avec courage les intentions perfides, en expose avec énergie les conséquences funestes. »

Page 1