‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 167 sur 314 · LIVRE vm* DéVARCRE AUPRÈS DE PETION · texte numérisé non relu

LIVRE vm* DéVARCRE AUPRÈS DE PETION

an des plus tristes spectacles, dans nos troubles publics, que de voir tant de gens chercher à faire des malheurs de la patrie des instruments de fortune. Déjà commençaient à s'exercer sur une vaste échelle ces accaparements, source de souffrances pour la population, et qui nécessiteront plus tard, au milieu des plus graves complications, plus d'une loi fatale à la liberté do commerce. La commune, comme frappée d'avance du prochain danger, chargea Robespierre et Lavaux de se concerter avec le maire sur les moyens les plus propres à détruire l'agiotage et les accaparements (1). Mais il ne fut guère possible à ces commissaires de résoudre cette question avec le maire de Paris. Pétion, tout abasourdi encore de la Révolution du 10 août, que, de concert avec ses amrs de la Gironde, il avait essayé d'ajourner indéfiniment, assistait rarement, dans le principe, aux séances de la nouvelle commune, préférant, comme le lui reprocha un jour Robespierre, tenir conseil soit chez lui, soit au comité des Vmgt et un, pour comploter le rétablissement de l'ancienne municipalité. Celle-ci en effet, [.entièrement à sa dévotion, eût assuré aux Girondins, maîtres de l'Assemblée nationale, et qui gouvernaient le maire de Paris, une domination sans bornes.

Pétion était venu pour la première fois à la commune, depuis l'insorrection, trois jours seulement après la prise des Tuileries, et, parlant pour ainsi dire au nom de ses amis de la commission des Vingt et un, il avait annoncé que l'Assemblée législative voulait légaliser la Bévolution, confirmer toutes les opérations de la commune du 10 août, et rappeler la municipalité évincée (2) : comme si, après la dernière révolution, l'Assemblée législative avait qualité pour cela ; comme si les nouveaux conseillers municipaux n'avaient pas reçu des sections de Paris pleins pouvoirs pour sauver la patrie. La proposition du maire n'était guère de nature à être favorablement accueillie. Pétion se retira fort mécontent du peu de succès de sa démarche ; et de quelques jours il ne reparut plus. Le 17 août,.le conseil général se vit obligé de prier Robespierre, dont on connaissait la vieille amitié pour le maire de Paris, d'aller en personne chez lui, et de l'inviter à se rendre aa sein de la commune afin de prendre, de concert avec elle, les mesures les plus propres à assurer la tranquillité publique (3). Le con-

{!) Registre des délibérations du conseil général delà commune. (Séance dn 15 août.^ àrehives de la Ville. V. 22. Carton 0. 7. 0.

|2) Réponse à Jérôme Pétion. Lettres de Maximilien Robespierre à ses commettais, n» 7, p. 298.

(3) Registre des délibérations du conseil général de la commune. Ubi suprà. (Séance da 17 août.)

seil général, tant calomnié, cherchait, par tous les moyens en son pouvoir, non-seulement à préserver la patrie des entreprises de Témigration et des puissances coalisées^ mais à rétablir dans Paris l'ordre matériel, à donner la sécurité aux citoyens. Que si, dans ces circonstances tout à fait exceptionnelles, la commune fut dans la nécessité de recourir à des mesures extraordinaires, elle suivit à cet égard l'exemple de T Assemblée législative; en beaucoup de cas même, elle se contenta d'exécuter les décrets de cette dernière : c'est ce dont on se convaincra tout à l'heure.

Cependant une certaine inquiétude s'était emparée des esprits : quelle conduite allait tefiir l'armée? Des nouvelles peu rassurantes vinrent coup sur coup jeter dans Paris de nouveaux ferments d'irritation. On apprit que, par un ordre du jour en date du 1 3 août, La Fayette avait engagé ses troupes à se joindre à lui afir\ de rétablir la constitution, et qu'à son instigation le directoire du département des Ardennes avait protesté contre les événements du 10 août et mis en état d'arrestation les députés Kersaint, Péraldy et Antonelle, commissaires de l'Assemblée nationale près l'armée de la Moselle. Dans la soirée du 17, Robespierre se montra aux Jacobins, où, depuis la journée du 10, on ne l'avait pas entendu. Justement on venait de dénoncer l'arrêté séditieux des administrateurs des Ardennes. Montant alors à la tribune, il blâma vivement l'Assemblée législative de n'avoir pas encore statué sur le sort de La Fayette, quand elle n'avait pas craint de frapper le roi. Si un directoire égaré avait osé se montrer aussi violemment séditieux, n'était-ce point parce qu'il comptait sur ce général et sur son armée ? Et si La Fayette lui-même poussait l'audace jusqu'à marcher sur Paris, n'était-ce point parce qu'il espérait bien qu'à son approche la majorité de l'Assemblée, dont il connaissait les sentiments, se joindrait à lui? Cette majorité, il est vrai, se tenait présentement à l'écart; mais tout le côté droit, tous les députés qui avaient voté pour La Fayette, et même certains membres qui ne siégeaient pas à droite lui paraissaient attendre avec impatience la venue du général, afin de prendre, appuyés de son épée, l'initiative de la réaction* Voilà, dit-il en terminant, les dangers auxquels on est encore exposé, et l'orage qu'il y a à conjurer (1). Baumier proposa ensuite à la société de demander formellement à l'Assemblée nationale, par voie de pétition, qu'elle déclarât La Fayette traître à la patrie.

L'Assemblée, du reste, n'avait pas besoin d'être poussée, pour ren-

(1) Journal des débats et de h correspondance de la Société des Amis de h Cofulilniion, Buméro 23^ .

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