‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 168 sur 314 · LIVUE V!II. LA TAYETTE ET L AU.MEE C · texte numérisé non relu

LIVUE V!II. LA TAYETTE ET L AU.MEE C

trer dans la voie des rigueurs, auxquelles, dès les premiers mois de sa session, nous l'avons vue se résoudre. Elle y fut ramenée par la force même des choses. Dès le 15 août, elle avait, sur la proposition de Merlin (de Thionville), décrété que Louis XVI, les femmes et Tes enfants des émigrés, serviraient d'otages à la nation ; et, dans la même séance, elle avait mis en état d'accusation les anciens ministres Duportail, Duport du Tertre, Tarbé, Montmorin, Bertrand de Mollevile, ainsi que Bamave et Alexandre Lameth , fortement compromis l'un et l'autre par les pièces trouvées au château des Tuileries, t La cour, » s'écria Cambon, c croyoit que le jour des vengeances étoit arrivé pour elle, ces jours doivent être au contraire ceux de*la justice du peuple (l), » Le 17, l'Assemblée décrétait d'accusation et renvoyait devant le tribunal criminel le directoire du département de la Somme, qui avait refusé de transcrire sur ses registres les décrets rendus depuis le 10, elle chargeait trois nouveaux commissaires, Isnard, Quinette et Gandin, de se rendre dans le département des Ardennes, et le lendemain, après avoir voté l'arrestation des administrateurs de ce département, elle rappelait La Fayette, et confiait à Dumouriez le commandement de son armée. Le général essaya en vain d'ébranler ses bataillons, de les entraîner vers Paris; fidèles à' la Révolution, les soldats demeurèrent sourds à la voix de leur chef. A ses exhortations impuissantes, ils répondirent par les cris mille fois répétés de : Vive la nation, vive la liberté, ; rm l'égalité ! Sentant la contre-révolution vaincue, . La Fayette se âédda à échapper par la fuite à une condamnation certaine, et dans la naitdu 19 août, il quitta précipitamment son armée, accompagné de quelques-uns de ses officiers. On sait comment, arrêté aux avantpostes autrichiens, il fut jeté dans les cachots d'Olmutz, et préservé peut-être, par la prison, du déshonneur de tirer l'épée contre la France. Dans la journée même de son triste départ, il était enfin décrété d'accusation par l'Assemblée nationale (2),

(1) Voy« le Moniteur àvL 17 iioûtl792, au supplément, uuméro 230 (bis).

(2) Tant de penonnes jugent encore le La Fayette de 1791 et de 1792 sur le La Fajette de 1830, que nous croyons devoir mettre sous les yeux de nos lecteurs ce décret de rAssemblée, rendu sur un rapport de La Source, et qui prouve surabondamment oombien fondées étaient les dénonciations de Robespierre contre ce général :

«L'Assemblée nationale, considérant que le général La Fayette a employé les BUMEUTres les plus odieuses pour égarer Parmée dont le commandement lui avait été ttofié ; oooflidérant qu'il a cherché à la mettre en état de révolte, en la portant à mécoonaltre l'autorité des représentants de la nation^ et à tourner contre la patrie les trmes mêmes des soldats de la patrie ; considérant qu^il est prévenu du crime de rébellion contre la loi, de conjuration contre la liberté et de trahison envers la nation, décrète ce qui suit :

« Article premier. — Il y a lieu à accusation contre Motier La Fayette, ci -devant généni de Tannée du Nord ;

La nouvelle du blocus de Longwy par les Prussiens n'était guère de nature à calmer Tirritation des esprits; la fureur fut au comble qua&d, ie 26, on connut la reddition de cette ville, reddition à laquelle la trahison n'avait pas élé étrangère. Le même jour^ T Assemblée venait de voter contre les prêtres insermentés un terrible décret, en vertu duquel tous les ecclésiastiques qui, dans le délai de quinze jours, n'auraient point prêté le serment prescrit par les lois du 26 décembre 1790 et du 17 avril 1791, et n'auraient pas évacué le territoire français ce délai passé, seraient transportés à la Guyane [I]. Dans la séance du soir, saisie d'un sombre enthousiasme, elle décrétait : que tout citoyen armé d'un fusil serait tenu de partir ou de le remettre ; que tout citoyen, qui dans une ville assiégée parlerait de se rendre, serait puni de mort (2). Le 28, elle autorisait les municipalités à opérer des visites domiciliaires et à désarmer tous les gens suspects, pour donner leurs armes aux défenseurs de la patrie. Ce jour-4à. Couthon, revenu des Boues de Saint-Amand, avait repris sa place au sein du Corps législatif, dont les chaleureux applaudissements avaient salué son retour (3). Le 31 août, connaissant les honteux détails de la reddition de Longwy, l'Assemblée nationale, sur le rapport présenté par Guadet au nom de la commission des Vingt et un, décidait qu'aussitôt que celte ville serait rentrée au pouvoir de la nation francise, toutes les maisons, sauf les édiGces nationaux» seraient démolies et rasées, et que ses habitants étaient, dès à présent, privés pour dix années des droits de citoyens français. Les représentants du peuple, on le voit, n'attendaient pas la Convention nationale pour se montrer inflexibles et opposer des cœurs d'airain à la mauvaise fortune.

« Art. 2. — Le pouvoir exécutif est expresiémeat chasgé es mettre prompCeneit à «zécutiou le présent décret;

« L'Assemblée nationale enjoint à tontes les autorités constituées et à ioas les citoyens et soldats de s'assozer dudtt Motier La Fa^te p«r !•« fas Bioyens possibles;

a Art. 3. — L'Assemblée nationale défend à Tannée du Nord de raooniiaUie kdit Motier La Fayette, et de lui porter aucune obéissance ; défend pareillement anxonrps administratifs, municipalités, et h tous fonctionnaires puBKcs, de lui pcftter aaenoft assistance et d^obéir à aucune de ses ré(|uisitions, ainsi qu'à tous d^po^taires pdbUGi de rien payer pour ladite armée que sur les ordres du général Dumouzies;, nonuDé pour remplacer ledit La Fayette, et ce, sous peine d'être déclarés compUees ds lébellion » {Boniteur du 21 août), au su^lément, numéro 234 (bis).

(1} Yoy. le Moniteur du 28 août 1792.

(2) Ibid,, du 29 août.

(3) Moniteur du 30 août 1792. Voir en quels termes s'exprimait à ce siget CoDdarcet dans la Chronique de Parie : « M. Coutihon, en revenant oocnper dans PAsaemblée m poste quil a toujours rempli avec bonneur, et dont l'état de sa saobé l'avoitfaroéds s'absenter pendant quelque temps, a rendu compte des disposîtioDS ûivoraUes 4^ régnent dans Tarmée et dans le département du Nord, i (Numéro du 29 août 17^

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