LIVRE Vin. LES ASSEMBLEES PRIMAIRES S9l
Le laigage conuoence à revêtir, Biéme dans les boacbes les plus modérées, un earactèce d'une excessive violence. L*avanl -veille, le 29, cm avait entendu Lamourette, Tévéque au baiser fameux, prononcer de terribles paroles contre la famille royale transférée depuis peu au Temple, ce Je n'aime point la cohabitation de Louis XVI avec sa iamUle. Soyez bien certains, messieurs, qu'on aura déjà trouvé le moyen de ménager des communications entre le Temple et Goblentz, entre Marie-Antoioette et les restes méprisables de sa ci-devant cour, •qui ODt échappé, le 10 de ce mois, à la justice du peuple. Eh ! n'est-ce pas assez,, messieurs, que cette femme atroce et sangumaire, que cette femme bourreau, qui médite jusqu'au fond de la retraite qu'elle habite les moyens de se baigner dans notre sang ; n'est-ce pas assez que cette femme respire encore, sans que vous la laissiez jouir de la liberté d'exhaler sa rage au sein de la nature et die se renouer au dehors à tout ce qui nous trahit (1)? » C'était un évéque qui s'exprimait ainsi !
On voit combien ridicules ou de mauvaise foi sont les écnyains qui slngénies^ à rejeter sur Robespierre Is responsabilité des violences de la Révolution. Lui dxtssi sans dk)ute paya son tribut à des exagérations de langage dues à l'exagération même du péril, et auxcpielles, en ces temps étranges et formidables, personne n'échappa; mais ce qu'il poursuivait avec tant d'ardeur, c'était la réalisation d'un gouvernement fondé sur le droit, sur la liberté^ sur l'égalité ; et jamais, nous allons le prouver jusqu'à Tévidence, il ne conseilla au peuple des actes que la justice ait à déplorer et dont l'humanité ait à gémir.
Ce fut au milieu de tant de préoccupations et d'inquiétudes que les assemUées primaires de Paris se l'éunirent a&n âe former le corps électoral chargé d*élire les députés à la Convention nationale. Elles tinrent leur première séance le 26 aoèt 1792. Leurs opérations se prolongèrent assez avant dans le mois suivant; aussi verrons-nous le corps électoral commencer à procéder aux élections avant d'être au complet. Ëltes nommiicnt h peu près un miNîer d'éleeteurs (2), air nombre desquels
Çl) y«3r. le M<mii§m du 31 aa^ 1792. (5teic»dit2»aBxmtiB.)
CQ La tiàSn exact est S92, tant pour ks seetiona de Paris ^oe pour les eantona
niTtQz ; mais oe nombre diminua sensiblement par suite d^exclusiona pronenoées centra
^ven ékotenza. '
3»2 UlSTOUli': DE ROBESPIERRE
nous voyons figurer Louis-Philippe d'Orléans, David, Real, le peintre Cietty, une des futures victimes de Thermidor, Royer, qui fut depuis Rojer-CoUard, et Coffinhal, nommés tous deux par la même sectioD (celle de la Fraternité), Thorloger Breguet, Manuel, Pons de Verdun, Hanriot, Danton, Camille Desmoulins, et tant d'autres que la Révolution comptera pour victimes ou qui la trahiront. La section de la place Vendôme, dont le nom allait bientôt être changé en celui de section des Piques, et à laquelle, avons-nous dit déjà, appartenait Robespierre, avait à nommer seize électeurs. Ce fut le 27 seulement qu'elle se constitua en assemblée primaire, et à l'unanimité des suffrages elle élut Maximilien pour son président. Ses opérations se trouvèrent complètement terminées le 31 août, après avoir duré chaque jour, depuis le 28, de quatre heures à onze heures du soir. Elle tint même séance pendant toute la nuit du 29 au 30, en raison des circonstances extraordinaires. Robespierre, souffrant, dut se faire remplacer pour cette nuit, mais le lendemain 30 il reprit ses fonctions (1). Dès le 28, il avait été nommé premier électeur à l'unanimité des suffrages, moins un (2). Duplay, son hôte, et Laignelot, son futur collègue à la Convention, furent également députés par la même section à l'assemblée électorale du département de Paris (3). Les élections se faisaient alors par appel nominal, et à haute voix; les hommes de cette époque ne redoutaient pas de rendre leurs suffrages publics. Robespierre, on l'a vu, avait demandé la suppression de l'inique division des citoyens en actifs et passifs, et la nomination directe des députés à la Convention par les assemblées primaires; l'Assemblée législative, en se rendant an premier de ces vœux, avait repoussé le second et maintenu le suffrage à deux degrés. Pour remédier à ce mode vicieux, plusieurs sections, celles de la place Vendôme et des Halles, entre autres, déclarèrent formellement qu'elles se réservaient le droit d'accepter ou de refuser
(1) a M. Robespierre ayant représenté que sa santé ne lui permettoit pas de piflier la nuit à présider les personnes qui demeureroient la nuit dans cette assemblée, s demandé qu'on nommât par intérim un autre président à sa place pour, en son Absence, présider cette nuit seulement et le représenter... > Yidaud et Seigneur forant en effet nommés président et vice- président pour cette nuit. (Registre des déUbéntions et arrêtés de la section de la place Vendôme. Archive* de la Préfectara de police, f* 54.)
(2) « Uassemblée a arrêté que nul inembre, citoyen de la section, ne sera proposé qn'u ne soit discuté et scruté ; et que celui scruté sera nommé à haute voix par appei ^^ minai. Il est résulté de ce mode de nomination ainâi déterminé que M. Robespierre, président de rassemblée, a été nommé premier électeur de la section, à la pl^^^^^ unanime des suffrages de rassemblée, à l'exception d'une voix, j (Registre des délibentions, etc. Ubi tuprà,
(3) Extrait des procès-verbaux des assemblées primaires. Àrchivet', B. IV. U*