‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 18 sur 314 · LIVRB VI. — ETAT DES PARTIS · texte numérisé non relu

LIVRB VI. — ETAT DES PARTIS

pris à leur propre piège, s'étaient mis dans le cas d*étre poursuivis. Aussi Camille 9 moins tolérant que son « cher camarade de collège, » demaadait-U que les membres du directoire du département de Paris fussent décrétés d'accusation, non- seulement pour avoir provoqué Tavilissement des pouvoirs constitués et la résistance à leurs actes, mais encore pour avoir adressé au pouvoir exécutif une pétition collective, au mépris du décret qui interdisait ces sortes de pétitions, — car, dans son opinion, ils n'avaient point agi comme simples citoyens, — et osé déclarer que, chargés en leur qualité d'administrateurs de Texécution du décret, ils ne prêteraient jamais la main à une pareille loi si elle o*ëtait pas frappée du veto royal (1). L'Assemblée législative, jugeant, d'accord en cela avec Robespierre, que le directoire du département avait usé d'un droit commun, ne le décréta point d'accusation , mais elle accueillit par des applaudissements prolongés la vive satire de Camille Desmoulins, en vota l'impression; et, marqués comme d'un fer rouge par cette plume acérée, les Desmeuniers, les Talleyrand perdirent le peu de crédit qu'ils avaient pu conserver auprès de quelques amis de la constitution, et tombèrent tout à fait dans le mépris public.

Mais revenons à la grande question du moment, je veux parler de la guerre. Il importe de bien préciser l'état des esprits à cette époque, la situation respective des partis, les espérances des uns, les appréhensions des autres, car les importants débats dont nous allons rendre compte auront une portée incalculable et enfanteront des haines qui aboutiront, hélas I à de désastreux résultats. C'est pourquoi nous irons lentement dans l'étude de cette grave question ; nous ne négligerons aucun détail ; nous n'omettrons aucune preuve, parce qu'il est indispensable de relever les trop nombreuses erreurs accréditées sur ce point, parce qu'il est temps de remettre chaque chose à sa place, parce qu'il faut démontrer d'une façon irréfragable de quel côté, dans la grande lutte oratoire à laquelle donna lieu cette question de la guerre, furent la clairvoyance, la logique, et surtout le calme et la modération (2).

Aucune animosité n'existait alors contre Robespierre dans le cœur

(1) Voyez ce morceau, Tun des plus fins qui soient sortis de Ift plume de Camille Desmoulins, dans \e Moniteur du. 12 décembre 1791.

(2) Hfttons>non8 dédire que cette question a été admirablement traitée par M. Louis Blanc. (Voyez son Histoire de la Révolution, t. VI, p. 217.) 11 est difficile que Tcsprit 1«

T. Il «

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des Girondins. Ils rendaient pleine justice à son désintéressement , à son patriotisme, à ses lumières, à son éloquence, à la pureté de sesmœurs; son immense popularité ne leur portait pas encore ombrage; ils venaient de rappeler à Tordre, par un décret, une députation de la ville de Saint-Malo pour avoir, à la barre même où elle avait été admise, traité de blasphématoires certains passages d'un discours de Robespierre sur les colonies, prononcé à la tribune de l'Assemblée constituante (1). On se rappelle enfin avec quelle complaisance le journal de Condorcet avait raconté l'ovation dont Maximilien avait été Tobjet & Bétbune; la feuille de Brissot ne lui était pas moins favorable, et elle accueillait volontiers encore les épttres les plus flatteuses en l'honneur de celui que bientôt elle s'efforcera de dénigrer impitoyablement (2). Eb bien! nous allons voir, — spectacle digne de la plus scrupuleuse attention, — comment une dissidence d'opinion sur la question de savoir si la France devait témérairement exposer sa constitution, sa liberté, toutes les conquêtes de l'esprit moderne dans une guerre dont le pouvoir exécutif aurait la direction, engendrera contre le grand homme d'État de la Révolution, on peut dire de l'humanité, des colères et des rancunes qui dépassent toute croyance. Et, — point essentiel auquel, en général, on ne s'arrête pas assez, — il faudra, en assistant par la pensée à ces luttes que vont se livrer des hommes qui cependant voulurent presque tous la même chose, le triomphe complet des principes de la Révolution ; il faudra, dis-je, observer avec soin d'où vinrent les provocations, dans quels cœurs se creusèrent d'abord des abîmes de haine sans fond, d& quel côté enfin prit naissance cet infernal système de calomnies, armes terribles, dont se servira l'un et l'autre parti. Seulement, s'il en est un qui soit plus excusable que l'autre, c'est assurément celui qui n'a fait qu'user de représailles. Or, dans une opinion beaucoup trop répandue encore, tandis qu'on accorde tout aux ennemis de Robespierre, et qu'on

pins préveim ne se rende pas à l'éyidence des documents mis sons les jvnx du lecteur^ NoDB renvoyons domo à cette -histoire tons ceux qui veulent âonnâttre la queetion dans son ensemble. Nous avons dû, on le comprend, nous restreindre sur nombre d& détails étrangers à notre sujet, mais en même temps nous étendre beaucoup plus sur ee qui eonceme spécialement Bobespierre.

(1) Voy. les RévotutUmê de Paru, numéro 125, p. 416. Le Moniievr se dit mot de oet incident en ce qui concerne personnellement Kobespierre ; voir le numéro 'du 3 décembre 1791.

(2) Voyez le PaMoêê françoisy netasmient le numéro €10, ok se tronirA une adresse de la Société det Amis de la Conttituiion de Lyon, à Robespierre et à Pétion, dans laqueUo ou lit : « Vertueux citoyens... législateurs sublimes... par l'effet d'un double éloignement, nous n'avons pu assister à la fUte civique qui tous fut donnée au moment où vous êtes rentrés dans la classe commune des cito^ns ; il est donc bien naturel que nous cherchions à mettre un nouveau ileuron à la couronne dont vos têtes, ftnrent ornées par nos frères de Paris... » Voyez aussi le numéro 854.

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