‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 171 sur 314 · LIVRE VIII. — UNE SUPERCUERIB HISTORIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — UNE SUPERCUERIB HISTORIQUE

suite au meurtre et au pillage dès qu'on revendique pour tout le monde les droits sacrés de Thomme (1 ).

Dans la séance du 30 août au matin, le conseil général avait, comme OD vient de le voir, confié à Robespierre la rédaction d*une adresse aux quarante-huit sections de Paris (2), vraisemblablement en son absence, car il est à peu près avéré que, du 26 août au 1*' septembre, président de l'assemblée primaire de la section de la place Vendôme, il ne parut ;pas à la commune, c Avant l'époque où ces événements sont arrivés » —les événements de Septembre, — dit-il lui-même, « j'avois cessé de fréfienterle conseil général delà commune.... j'étoîs habituellement chez aoiou dans les lieux où mes fonctions publiques m*appeloient(3). » Dans tous les cas, à ce moment, le conseil général ne se trouvait pas encore ÎKuIpé devant l'Assemblée législative ; l'adresse dont la rédaction avait M confiée à Robespierre ne pouvait donc avoir aucunement en vue le décret de TAssembiée contre la commune, décret rendu beaucoup plus tard dans la journée.

L'auteur du livre auquel nous venons de faire allusion commence par dire très-clairement que cette adresse était destinée à l'Assemblée oationale (&). Première erreur, si erreur il y a; elle était uniquement destinée aux quarante-huit sections de Paris ; nous appelons là-dessus loate l'attention de nos lecteurs. De cette adresse confiée à la plume de Robespierre, il ne sera plus question au sein du conseil général que le surlendemain, c'est-à-dire le 1*' septembre. Oir, par une tactique dont on aura l'explication tout à l'heure, on nous montre, dans cette Histoire de la Terreur , Robespierre lisant à la commune, le 31 août, ao milieu d'applaudissements unanimes, son adresse « rédigée pendant la ouït (5). n L'auteur cependant, nous le supposons, a eu sous les yeux

(1) Httlotre <ie 2a Temur, par M. Mortimer Temaux. Quand nous disons que ce livre «tune histoire de la Révolution à l'usage de la bourgeoisie repue et satisfaite, nous ^ parlons, bien entendu, que de cette fraction égoïste qui, se considérant en quelque Krte comme rbéritiëre directe de Tancienne noblesse, avait confisqué à son profit les ^tt de la nation, et dont le coup de foudre de février 1848 a excité les colères imlubies contre les défenseurs morts ou vivants de la démocratie et de la souverai- ^ populaire. C'est au contraire la gloire de la bourgeoisie française, à laquelle ^Ppotenait Robespierre, de s'être toujours identifiée avec -le peuple, et de n'avoir foint voulu laisser s'élever une autre aristocratie sur les ruines de la noblesse et du cl«rgé, de ne reconnaître enfin d'autre supériorité sociale que celle du mérite, des vmns et du talent.

(2) < Il est arrêté qu'il sera rédigé une adresse pour être envoyée aux quarante- ^t sections. M. Robespierre est nommé rédacteur. » Archivée de la Ville. Y. 22. Cmon 0.7.0.

(3) Réponse à Louvet. Lettres de M. Bobespierre à ses commettansy n" 4, p. 166.

(4) Histoire de la Terreur^ par M. Mortimer Temaux, t. III, p. 167. (5J rwd., t. ni, p. 169.

ne msTomc dc Robespierre

comme noas les avons noas-méme en ce moment, les registres des procès-verbaux du conseil général de la commune; il lui était donc facile de 8*assurer que Robespierre ne figura en aucune espèce de façon dans cette séance du 31 août, et que son nom n*y fut même pas prononcé, comme il sera très-aisé à tous nos lecteurs de s*en rendre compte par leurs yeux (1 ). Y aurait-il eu de la part de cet écrivain une inconcevable étourderie, ou bien s'en serait-il rapporté à un secrétaire maladroit? Dans l'un et l'autre cas, \\ n'y a point d'excuse, quand on attribue faussement à un homme la paternité d'une œuvre dont on tire des inductions exorbitantes et sur laquelle on s'étaye pour rejeter sur sa mëmc^re la responsabilité des faits les plus graves. Tandis qu^eo effet, au sein de la commune on donnait lecture d'une adresse dont nous allons nous occuper, que faisait Robespierre? Comme les jours précédents, il se disposait à présider l'assemblée primaire de sa section, ainsi que l'auteur de V Histoire delà rerr««r aurait pu s'en convaincre s'il avait consulté avec quelque attention le registre des délibérations et arrêtés de la section de la place Vendôme (2) ; tout concourt donc à démontrer que Robespierre ne parut pas au conseil général le 31 août. Et maintenant, que se passa-t-il donc à la commune, dans la séance du 31 août? Au début de cette séance, Huguenin, qui présidait, lutte décret, connu déjà depuis la veille au soir, par lequel l'Assemblée nationale mandait à sa barre le président et le secrétaire greffier du conseil général au sujet du ipaiidat décerné contre le rédacteur du Patriote français. Aussitôt grand émoi dans J'assemblée. On^e veut pas laisser sans réponse les inculpations dont la commune a été l'objet devant te Corps législatif, et immédiatement il est décidé qu'une nombreuse députation se rendra à la barre de l'Assemblée nationale, et que Tallien sera dans cette circonstance riqterprète du conseil général. Mais ici laissons parler le procès-verbal même de la commune, beaucoup plus éloquent, avec ses incorrections, que ne saurait l'être aucune plume d'historien : « On discute la mesure d'une députation à l'Assemblée nationale; il est arrêté qu'elle sera de quarante-huit membres, un par section ; que M. le maire se mettra à la tête ; que M. Tallien portera la parole. On présente quelques vues propres à servir de base à l'orateur» entre autres les pleins pouvoirs donnés aux commissaires par les sections pour sauver la patrie, pleins pouvoirs connus et approuvés de l'Assemblée nationale.

« Sur l'inculpation que le conseil général rivalise l'Assemblée natio-

(1) Les registres des procès-verbaux du conseil général de la conunone sont vax Archives de la ville. Avenue Victoria. Voy. le V. 22. Carton 0. 7. 0.

(2) Archives de la Préfecture de police.

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jok^ 00 observe qa'il n'a poiat été pris d'arrêté important qui n'ait été précédé ou suivi d'uo décret ; qu'il a été reconiHi et proclamé représentant du peuple par l'Assemblée oationale eUe-méme; que plusieurs fois difiéreos de ses membres se sont rendus au conseil ; que rAssem- , lÀée nationale a ibrmellement reconnu les pleios pouvoirs dÀ conseil en approuvant les mesures vigoureuses qu'il a prises lorsqu'il a cassé le département, l'ancienne municipalité, nommé un commandant général provisoire, anéanti le coxmté central, les juges et les officiers de paix, renouvelé les comités de section, etc.;

« Que èe iwuvoir exécutif a reoonnu de même les pleins pouvoirs du conseil e& se rendant dans son sein, et en se concertant sur plusieurs BKsiires d'administration, toutes de la {dus grande în^>ortance.

c Enfin l'assemblée n'a pu se défendre d'un sentiment douioureux en Topnt son président et son secrétaire mandés à la barre pour aroir prononcé sur un simple feit de police et de sûreté générale relativement à un journaliste évidemment malintentionné, et non moins cri* B&nel que ceux dont on a réprimé l'audace.

t M. Tallien se retire pour rédiger l'adresse a L'AssEiiBjiE natioiuie{1). »

Tallien n'avait donc plus qu'à couvrir de son style ampoulé le canevas fi'on venait de hii fournir. A peine avait-il quitté la salle des délibératioQs afin de se mettre sans retard à l'œuvre, que survint le maire, qui» président de droit du conseil gàiéral, remplaça Huguenin au fauteuil. Pétion, flottant, indécis, hésitant entre son aveugle dévouement à la Gûrondeet son devoir de premier magistrat du peuple, paraissait peu au sein de cette commune si détestée de ses amis. Gefutl'oi^et d'une assez longue discussion entre lui et le procureur de la commune, Manuel. Tallien avait eu le temps de rédiger son adresse ; il pouvait être un peu moins de deux heures quand il reparut. Est-ce que par hasard cet ambitieux de vingt-cinq ans, ayant soif de popularité, grand faiseur de phrases, di^chant par tous les moyens à se produire, se serait reposé sur un autre du soin d'écrire l'adresse dont la rédaction lui avait été confiée, aurait laissé échapper celte occasion de haranguer l'Asâemblé nationale, et de se mettre ainsi en lumière au moment où allaient s'ouvrir les séances du corps électoral dont il se disposait à solliciter les suffrages! 11 faudrait, pour s'imaginer cela, bien mal connaître le personnage, et rien d'ailleurs n'autorise une pareille supposition. Son œuvre fut vivement goûtée, paratt-il. Mais ici laissons encore la parole

^ (1) R«giitreft des pnwës-verlMna du oobmU général de la oamnime. Y. 22. Carton 0.7.0. Archicet de la Ville.

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au procès-verbal : < M. Tallien fait lecture de son adresse à TAssemblée nationale. La vérité de ses tableaux, Ténergie de ses expressions inspirent le plus vif intérêt. La lecture en est interrompue par des applaudissements répétés, et le conseil général en a arrêté l'impression ain^ que radresse aux quatre-vingt-trois départemens et wx quarantehuit sections (1). i A-t-il fallu assez de bonne volonté à un écrivain pour mettre ici Robespierre à la place de Tallien (2) I

Aussitôt la députation de la commune, ayant le maire à sa t^te, se rendit à TAssemblée nationale, où Pétion exposa en quelques mots la nature de la démarche du conseil général. L'auteur de Y Histoire de la Terreur^ oubliant ou ignorant que Tallien avait été spédalement chargé de porter la parole, se platt à supposer qu*un reste de pudeur empêcha le maire de lire lui-même l'adresse de la commune. Au milieu d*un profond silence le secrétaire*greffier, Tallien, donna lecture de Tadresse rapidement rédigée par lui peu d'instants auparavant.

Tout homme un peu familiarisé avec les écrits et les discours de Robespierre se serait bien gardé de lui attribuer la rédaction de cette adresse, quand même le véritable auteur n'en aurait pas été si clairement désigné, si parfaitement connu. Rien ne ressemble moins au style de Maximilien que le style de ce morceau déclamatoire, reflet du reste assez fidèle des passions de l'époque. < Les Tuileries souillées par la présence du digne descendant de Louis XI et de la rivale des Médids... Si Louis XVI et sa famille respirent encore, ils ne doivent ce bienfait qu'à la générosité du peuple et au respect qu*il porte à l'asile -que ces scélérats fugitifs ont choisi... » Ceci est du Tallien tout pur, mais null^ ment du Robespierre. Autre chose encore devait montrer péremptoirement à l'auteur du livre que nous avons le regret d'être obligé de discuter si rigoureusement, à quel point Robespierre était étranger à la rédaction de cette adresse. Le conseil général de la commune, en réponse à une accusation d'avoir désorganisé l'administration, avait, par un arrêté de la veille, rappelé à leurs fonctions les anciens admi-

(1) Procès-yerbaux da oonseU général de la commnne. Archives de la Ville. V. 22. Carton 0. 7. 0.

(2) Histoire de la Terreur^ t. III, p. 169. Dani les notes placées à la fin de ce troisième volume (p. 468), M. Mortimer Ternaux reproduit dix lignes du procès- verbal de la séance du 30 août au soir, séance où, comme on Ta vu, le conseil déclara persister dans son arrêté du matin, relatif à l'adresse aux sections dont Robespierre avait été nommé rédacteur. Cette adresse, on le sait de reste maintenant, n*avait rien de commun avec celle de Tallien. M. Mortimer Ternaux, pour la présenter à ses lectenrs comme étant celle qui fut lue à PAssemblée nationale, omet tout simplement de citer tout ce qui, -dans la séance du 31 août, concernait Tallien et son adrrâie. Autremeot, on le conçoit, il n'y avait plus de confusion possible.

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