‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 172 sur 314 · UYRE VIII. — - UNE SUPERCHERIE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

UYRE VIII. — - UNE SUPERCHERIE HISTORIQUE

nistrateuTS composant le corps municipal. Tallien, dans le but évident de montrer la commune cédant au vœu d'une partie des membres de l'Assemblée nationale, ne manqua pas de rappeler ce récent arrêté. Or, cet arrêté, Robespierre le combattra précisément au sein du conseii général dans la séance du lendemain, et demandera formellement l'expulsion d'administrateurs ayant, selon lui, démérité de la patrie, comme on le verra tout à l'heure (1). 11 se serait donc bien gardé de l'invoquer conune une sorte de palladium de la commune.

Mais l'auteur de V Histoire de la Terreur ^ voulant à tout prix rejeter war Robespierre une part de la responsabilité des massacres de Septembre, avait nécessairement à chercher per fas et nefas un point d'appui à sa thèse, et il a cru le trouver dans un coin de cette adresse. En effet, énumérant diverses mesures prises par la commise, Tallien y disait : a Nous avons fait arrêter des prêtres perturbateurs, nous les avons fait enfermer conformément à votre décret, et sous peu de jours le sol de la liberté sera purgé de leur présence. » Ces paroles ont paru afireusement prophétiques ou horriblement équivoques à quelques historiens (2); ils ont oublié ou n'ont pas voulu se rappeler que l'Assemblée avait elle-même, cinq jours auparavant, décrété la déportation de tous prêtres insermentés qui, dans.le délai de quinze jours, n'auraient pas vidé le territoire français. Tallien avait-il dès lors prémédité pour sa part les massacres dont Paris allait être bientôt le théâtre? c'est ce que je ne crois nullement, si peu d'estime et de sympathie que j'aie pour la mémoire de cet homme sans conscience et sans conviction, et ce dont je n'ai pas d'ailleurs à m'dccuper. Toujours est-il qu'il est impossible à tout homme de bonne foi, à moins d'avoir l'intelligence couverte du plus épais bandeau, de voir dans cette adresse le moindre indice des prochains massacres. Est-ce qu'avant de parler des prêtres à déporter, Tallien ne venait pas de dire : c Nous nous sommes assurés des personnes des contre-révolutionnaires ; nous les avons enfermés dans les prisons qu'ils nous destinaient si leurs complots affreux eussoit réussi ; mais nous l'avons fait avec ménagement, et ils ont tous été renûs entre les mains des tribunaux qui, sans doute, vengeront les insiiltes réitérées faites à la souveraineté nationale. » On voit combien peu ceci ressemble è une préméditation d'immolations sommaires. Mais, non content de détourner une phrase de son sens naturel et logique, l'auteur de Y Histoire de la Terreur^ cédant à la haine la plus

(1) Çt c'est ce dont M. Mortimer Ternaux ne manquera pat de loi faire un orime. Comment ne s^est^il pas aperçu d'une contradiction aussi choquante?

(2) Conune M. Michelet, par exemple. Voyez son BiêMre 4$ la Révolution^ t. III, p. 104.

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