‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 173 sur 314 · T. U SO · texte numérisé non relu

T. U SO

40S HISTOnS DE ROKESTIERRE

areugte, en est venu, par une indigne superdierie on par la plus impardonnable des erreurs, à imputer à Robespierre cette adresse ï laquelle il est si complètement étranger, c Cette sienace, dit Tauteur de YHistoift de la Tenreur, en disant allusion à la phrase relative am prêtres perturbateurs^ Robespiiriib l'avait usébéb de sa maih, dans î^adresse dont TalKen avait été chargé de donner lecture (1). » Stçer» chérie ou erreur, c'*est là une diose infiniment grave qn*il était de notre devoir de signaler à l'attention des honnêtes gens de tous les partis et de déférer an tribunal de rofMRÎon pubHque. £a vérité, quand on voit les choses les plus claires et les plus simples si odseusemeot tr«Évesties par des hommes qui revmdiquent le monopole de la modéralion, on se demande si le monde n'est pas décidément le domaipe prédestiné des intrigants, et si an lieu de se débattre dans un cercle d'iniquités, il ne vaudrait pas mieux fuir dans un désert la société des hoeames.

En frappant le conseil général d'un décret de dissolution, rAssem* blée nationale avait en même temps dédaré, on s'en sonviest, qu'il avait bien mérité de la patrie. Manuri, après Tallien, prit la parole pour faire remarquer cette contradiction au moins étrange et deonn» der le rapport du décret. Le président, c'était Lacroix, répondit ï Manuel que l'autorité de la commune provisoire devait cesser, une fois passée la crise extraordinaire et nécessaire d'où elle était née. On pouvait objecter à cela que le pouvoir de l'Assemblée était au moias aussi illégal, puisque la constitution d'où elle était sortie n'existait plus, et qu'une grande partie de ses membres avaient cessé d'y pa* raltre, jugeant leur mandat brisé. Mais si les représentants de la commune de Paris étaient décidés à rester à leur poste pour assurer le triomphe de la révolution du 10 août, les Girondins n*étaieni pas bommes à se dessaisir du pouvoir. Lacroix, Girondin alqrs, pronit cependant aux pétitionnaires qu'on examinerait la demande du conseil général, et les invita aux honneurs de la séance. Le soir Cûmp«ra*eat h la barre le président et le secrétaire adjoint de la commune, HogueuB et Méhée. Ils n'eurent pas de peine à prouver cottbien avait été exsgérée TafEaire du rédactew du Patriûie français. L'Assemblée législative la renvoya à la commission des Vingt et un, laquelle était présidée par Brissot, le propriélaire même da journal iacrimîné par lâ commune, et entièrement composée de ses amis (â).

(1) Histoire de la Terreur , par M. Mortimer Temaux, t. lîl, p. 175. Avec de pareils procédés il est aisé, on le conçoit, à cet écriva'n modéré ^ de prodigaer à Robespierre les épitbètes è*MNe«f, de cÊUêête^ur, d*<utucUux, qui tombent à elttqae înstaBldesa plame comme d'un Tum d^anertam». ATonon^ aussi qn'ii «st bioB vean k fefseadrtM <jn*il appelle les erreurs de M. Lonis Btaoe (Voyez* t. III, p. 291).

(2) Voy. le Moniteur du 2 septembre 1792.

LIVBE VIII. — MADAME ROLAltO ENTRE LA GIRONDE ET ROBESPIERRE 403

Les Girondins, ou da moins les principaux d'entre eux, Brissot, Goadet, Vergniaud, s'étaient, nous l'avons démontré de reste, opposés par tous les moyens en leur pouvoir à Finsurrection du 10 août, dont ils avaient cependant recueilli immédiatement tous les bénéfices. Ils se trouvaient en possession du ministère, mattres de l'Assemblée ; cela ne leur suffisait pas. Jaloux de Tinfluence de cette vaillante commune de Paris, composée d'hommes sur lesquels ils n'avaient aucune prise, ils eussent voulu voir revenir Tancienne municipalité entièrement dévouée à leur ami Pétion. Leur conduite envers cette commune amè« nera, entre eux et Robespierre, un déchirement suprême. Néanmoins, vers cette époque, madame Roland tenta de les rapproclier. Sa vive admiration pour Maximilien n'avait pas encore disparu; et malgré les odieuses calomnies dont ses amis poursuivaient, depuis liuit mois, rbomme avec lequel elle s'était entretenue jadis en termes si afiectneux, elle persi<îtait à lui croire « un ardent amour pour la liberté, on entier dévouement au bien public. » Elle alla donc le voir, parce que, suivant ses propres expressions, il lui semblait important de rapprocher ceux qui, n'ayant qu'un même but, devaient se concilier dans la manière de l'atteindre (4). Mais pour cela, il aurait fallu, comme elle le dit encore elle-même, avoir affaire à des hommes non pas seule* ment aux intentions droites, mais entièrement dépouillés de toute vue personnelle, de toute ambition cachée. Or, qui donc avait, avec tant d'ardeur, convoité le pouvoir? Qui donc, pour le saisir, avait essayé de retenir sur le bord de l'abtme la royauté chancelante? Qui donc eofin l'avait ramassé dans le sang du 10 août? Étaient-ce les Giron* dios OQ Robespierre? Voilà certainement ce à quoi ne songeait guère la feoime du ministre de l'intérieur, lorsque, dans une intention dont assurément on ne peut nier la délicatesse, elle quitta le somptueux hôtel où était installé son mari pour aller causer quelques instants avec rhôte austère du menuisier Duplay.

Leur conversation, que fut-elle? Nécessairement elle roula sur les dissensions existant entre Robespierre et les amis de Tillustre femme.

(1) Lettre de madame BoUmd à Bobetpîêm^ en date da 25 août 1792 au aoir. Yoyek cette lettre dans .le tome !•' des Papkn inédite tramés chex Hobtspierre^ etc., p. 305.

Madame Roland trouva Maximilien plein de préventions contre les Girondins qui, pour la seconde fois, venaient de confier à son mari le portefeuille de Tintérieur. Elle gémit, .dit-elle, de ces préventions. Qu'elle inclinât vers ceux à qui Roland devait son élévation, cela était assez naturel; mais une autre raison lui fit épouser définitivement la querelle de la Gironde, dont elle devint Tàme : ce fut sa passion violente pour un des principaux personnages de ce parti (1}, pour Buzot, lequel, après avoir longtemps suivi la ligne de Robespierre, passa tout à coup avec Pétion dans le camp opposé. Si Buzot était resté fidèle à une vieille amitié, madame Roland, c'est du moins ma conviction, ne se serait pas aussi facilement détachée de celui qu'en ce mois d'août 1792 elle jugeait encore digne de son estime, et à qui, au mois de septembre de Tannée précédente, elle avait témoigné un attachement qu'elle ne vouait, écrivait-elle, qu'à ceux qui plaçaient au-dessus de tout la gloire d'être juste et le bonheur d'être sensible (2).

Robespierre, touché de sa démarche, lui promit, paratt-il, d'aller chez elle, de lui communiquer ses raisons, ses griefs. Il ne vint pas. Madame Roland lui écrivit pour se plaindre et lui reprocher de soii" lever l'opinion publique contre ceux qui ne voyaient pas comme lui. c J'ignore qui vous regardez comme vos ennemis mortels^ je ne les connais pas, et certainement je ne les reçois pas chez moi en confiance^ car je ne vois à ce titre que des citoyens dont l'intégrité m'est démontrée, et qui n'ont d'ennemis que ceux du salut de la France (3]. > Mais ces ennemis acharnés, qu'elle disait ne pas connaître, c'étaient ses propres amis à elle, ceux qui dans leurs journaux avaient osé impri* mer que Robespierre était vendu à Goblentz, qu'il était membre du comité autrichien, qu'il avait assisté à des conférences tenues chez la princesse de Lamballe, ceux dont les discours déclarés solennellement calomnieux par la société des Amis de la Constitution avaient circulé dans toute la France sous le couvert même du ministre son mari. En vérité, après cela, il y avait quelque naïveté à s'étonner des préventions de Robespierre. L'attitude de plus en plus hostfi» des hommes de la Gironde contre la commune de Paris empêcha sans doute Robes* pierre de se rendre à l'invitation de la femme du ministre de Tinté-

(1) Les lettres, récemment publiées, de madame Roland à Bnzot, ne laissent socDa donte sur Tamour passionné qu*elle éprouYa pour ce membre distingué du pard do !• Gironde.

(2) Voyez dans les Mémoires de Charlotte Bobeepierre (p. 77 et suivantes), cette lettn dont nous avons donné quelques extraits dans notre précédent volume. M. Fwg^ l'a reproduite dans sa nouvelle édition des Mémoires de madame Boland,

(3) Lettre de madame Boland, en date du 25 août 1792. Ubi suprà»

UVRE VUI. — SEANCE DU l*' SEPTEMBRE A LA COMMUNE 40S

rieur, et madame Roland devint bientôt aussi son irréconciliable adversaire.'

On était alors plongé dans les plus sombres préoccupal'ons : !a prise de Longwy avait contristé, courroucé toules ?es âmes; Tennemi était devant Verdun, et, si cette dernière \111e succombait, il pouvait être à Paris sous deux jours. Le moment ne parut donc peut-être pas bien choisi à Robespierre pour aller causer avec une fcmnre, aimable et charmante sans doute, mais incapable de remédier en rien à la situation. Or, ce n'était pas Tbeure de perdre !e temps en conversations inutiles. Si grand paraissait le péril aux Girondins qu'ils songèrent sérieusement à abandonner la capitale, et que l'un d'eux, Kersaint, en arrivant de Sedan, disait dans le propre sa^on du minislre des affaires étrangères que Rrunswick serait à Paris dans quinze jours (1). Le projet échoua par la résistance de Danton; mais, comme on l'a su par Vergniaud lui-même, la commission des Vingt et un était en proie aux plus vives alarmes (2). En revanche, les royalistes attendaient, pleins d'espoir, le triomphe de l'ennemi, écoutant déjà s'ils n'entendaient point gâOnder le canon des Prussiens et des Autrichiens. L'acquittement, par le tribunal criminel du 17 août, de quelques aristocrates connus, acheva d'exaspérer le peuple, qu'une sorte de fatalité sembla préparer aux exécrables scènes dont nous aurons bientôt à dire quelques mots.

Telle était la gravité de la situation, quand, le !•' septembre, Robespierre vint lire à la commune l'adresse aux quarante-huit sections de Paris, dont la rédaction lui avait été confiée l'avant-veille, 30 août, dans la séance du matin. Un des premiers actes du conseil général dans cette journée du 1" septembre, avait été d'ordonrer qu'à compter de ce jour les barrières seraient ouvertes à toute espèce de voiturrs et que toute personne pourrait circuler sans passe-port dans l'étendue du département, a considérant la gêne du commerce, » e^t-ll dit dans

l'arrêté, et que le terme de quarante-huit heures, fixé par le décret de

(1) Déposition de Fabre d'Êglantine dans le procès des Girondins. Histoire parlemmtaire, t. XXX, p. 84.

(2) Déclaration de Vergniaud dans le procès des Girondins. Histoire parlementaire, t. XXX, p. 85.

l'Assemblée nationale, était expiré de la veille (1). Voilà donc une première preuve manifeste que le conseil général de la commime ne songeait nullement à plonger Paris dans la terreur.

Il était cinq heures du soir environ lorsque Robespierre prit la parole. L'assemblée primaire de sa section avait terminé ses opérations depuis la veille au soir, à onze heures (2) , mais il n'en était pas de même partout. Avant de donner lecture de son adresse , il engagea fortement les membres du conseil général à ne pas manquer de se rendre le soir dans les assemblées primaires des sections, afin de hâter les opérations électorales ; puis, après avoir proposé au conseil de convertir en administration municipale le corps municipal, il combattit très-vivemenl, dans quelques-unes de ses parties, l'arrêté du 30, par lequel étaient rappelés les anciens administrateurs, arrêté dont la veille Tallien s'était prévalu auprès de l'Assemblée nationale conmie d*une concession de la commune. Mais Robespierre n'était pas Thomme des expédients et des compromis contraires aux principes. Parmi ces anciens administrateurs, il en était, comme Leroux et Borie, qui avaient signé des procès-verbaux contre la municipalité, et qui, au 10 août, dans la cour des Tuileries, avaient fait aux Suisses et à la garde nationale les réquisitions légales afin qu'ils repoussassent la force par la force (3). Réclamer leur expulsion était donc la chose la plus logique et la plus naturelle du monde. Selon Robespierre, ceuxlà seuls devaient être chargés des fonctions administratives de la commune, et reconnus en cette qualité, que le conseil général elles sections jugeraient dignes encore de la confiance publique. Il fallait donc soumettre à un scrutin épuratoire les membres de Tancien corps municipal et en présenter dès le lendemain la liste aux sections de Paris, de façon qu'elles décidassent elles-mêmes quels étaient les administrateurs qui pourraient être conservés.

Robespierre énuméra ensuite, dans un discours éloquent , lisonsnous dans le procès- verbal de la séance (i), car nous ne l'avons pas sous

(1) Procès- verbaux du conseil général de la commune. Archives de la Ville. V. 22. Carton 0. 7. 0.

(2) Registre des délibérations et arrêtés de la section de la place Yendôme. Âfchni' de la Préfecture de police.

(3) «c n en fallait beaucoup moins pour exciter contre eux la colère de Robespierre et de ses amis, » s^écrie l'auteur de VHiêtoire de ta Twreur (t. III, p. 206). Que ees administrateurs aient bien mérité de la royauté et des royalistes, cela se comprexid * merveille. Mais avoir l'air de s^étonner que la commune du 10 août ait cru devoir expulser de son sein d'anciens administrateurs convaincus d'avoir sommé les troape' de tirer sur le peuple, cela est en vérité par trop naïf!

(4) Prooès-verbaux du conseil général de la commune. Àrchite» de la Ville. V. 22. Carton 0. 7. 0.

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