LIVRE VIII. — sMaJKS DU l"* SEPTEMBRE A LA COMMUNE
les Teix, toutes les manoBorres employées pour enlever au conseil gêné* rai la oonGance publîqre et exposa tout ce que le conseil avait fait pour se rendre iSgne de ce;te confiance. Ce discoiB-s, c'était l'adresse mèoie aux qaaraaie-huit sections de la ville de Paris, adresse dont Tavant-r veille, an s*en souvient, le conseil général lui avait confié b rédaction, et dans laquelle il rappela tous k» services rendus par la commirae da 10 août à la cause de la Révdution.
La conclusion du discours de Robespierre surprit étrangement sans doute l'assemblée nombreuse au milieu de laquelle il s'exprânait. En présence des inculpations dont le conseil général était l'objet et du décret de dissolution dont il avait été frappé l'avant-veille au soir par l'Assemblée législative, Maximilien crut devoir engager ses coliques à se démettre, séance tenante, de leurs fonctions, à prendre le peuple lui* même pour juge de leur conduite, et à se retremper dans de nouvelles âections. Car il n'y a pas d'autre signification possible à donner aux dranières paroles que lui prête le procès-verbal : « Dans ces circon* stances difficiles, il ne se présente à mon esprit aucun moyen de sauver le peuple, si ce n'est de lui remettre le pouvoir que le conseil général a reçu de lui. > Or, on ne l'a peut-être pas oublié , c'était là une formule habituelle k Robespierre. Il s'était servi d'expressions à peu près identiques lorsque, peu de temps avant les événements du mois d'août, aux Jacobins, il avait proposé à ses concitoyens d'en appeler au peuple,' de convoquer les assemblées primaires dans le cas (A l'Assemblée législative serait déddéroeait jugée incapable de sauver la patrie ; nous avons même eu sain d'attirer là-dessus l'attention de nos lecteiH*s. Eh bien! qui le croirait! certains écrivains', fort embarrassés pour apercevoir la main de Robespierre dans les massacres du loidemain, massacres auxquels il était si loin de songer, ont cru trouver dans cette phrase si simple et si claire un indice de sa complicité. Et, œ qui est singulièrement triste, ce ne sont pas seulement des écrivains comme cet auteur d'une Histoire de la Terreur dont nous avons relevé déjà l'une des petites erreurs, et qui appliquent à l'histoire de la Révolution les procédés du père Loriquet, mais des hommes d'un talent hors ligne et jouissant d'une grande réputation de droiture et de civisme ! Comment ne pas être sincèrement affligé de voir M. Michelet, par exemple, donner asile d^uis son livre à la plus odieuse calomnie, de l'entendre déclarer que, si Robespierre ne fit rien en actes, il fit beaucoup en paroles, et que, « une fois l'affaire lancée , il fît le plongeon et ne parut plus (1] i»? Nous prouverons tout à l'heure combien
(1) BiMtovn âe la Hétolution, p«r M. Hiohélet (t. 4, p. 198), Et ssT«E-yo<as pourquoi.
ce langage est faux, injuste et, tranchons le mot, ridicule. Hais &*est-il pas étrange qu'un auteur, qui s*est vanté hautement d'avoir écrit une histoire vraiment républicaine^ reçoive en cette circonstance, d'un écrivain ultra-royaliste, une leçon de modération et d'équité T Voici comment un contemporain, Beaulieu, sous les yeux duquel tous les faits se sont passés , qui par conséquent a pu juger par lui-même et qui d'ailleurs a poursuivi d'assez d'invectives la mémoire de Robespierre pour n'être pas suspect de la moindre partialité en sa faveur, s'est expliqué au sujet de sa motion du 1*' septembre à la commune : c Si elle eût été adoptée, les massacres n'eussent certainement pas eu lieu; on ne peut donc pas l'accuser d'en avoir été l'auteur, puisqu'au contraire il proposa un moyen de les prévenir (1). » En faut-il davantage pour réduire à néant toutes les suppositions hasardées!
En proposant à ses collègues de se démettre immédiatement de leurs fonctions pour laisser le peuple libre de se choisir d'autres représentants, Robespierre obéissait à son sentiment ordinaire de désintéressement; mais tous les membres du conseil n'étaient pas comme lui dégagés de tout intérêt personnel. Un certain nombre d'entre eux d'ailleurs pensaient, avec quelque raison peut-être, qu'il y aurait péril à désorganiser la commune au milieu d'aussi critiques conjonctures. Ce fut l'avis de Manuel, le procureur de la commune. Il prit la parole après Robespierre, donna de justes éloges aux principes développés par le précédent orateur ; seulement il rappela le serment prononcé par les commissaires des sections de ne point abandonner leur poste tant que la patrie serait en danger, et conclut à ce que le conseil général continuât de remplir ses fonctions. Cette proposition fut à l'instant adoptée. Toutefois, le conseil n'en vota pas moins l'impression du discours et de l'adresse de Robespierre aux frais de la commune, et elle chargea deux de ses membres, Bernard et de Lépine, de hâter et de surveiller chez l'imprimeur Duplain l'impression de ce discours et de cette adresse (2). Il était tard, très tard, plus d'une heure du matin,
selon M. Michelet, en ces heures décisives où il s^agissait de savoir si la France allait périr ou non, Robespierre c dépassa les ;:lus violents? » Cétait « sans doute > dans la crainte de laisser grandir Danton, « pendant que lui diminuait » (p. 111). £st-il possible de rapetisser ainsi de tels hommes ! Mais la motion de Robespierre à la commune ne rend-eUe pas cette supposition tout à fait absurde? Si cette motion eût été acceptés, Robespierre n'était plus rien, pas même simple commissaire près la commune, — poite qui lui donnait un deux cent quatre-vingt-huitième d^autorité, — et Danton resttit ministre.
(1) Efsai» historiquet sur les causée et les effets de la Révolution de France, par C. Besalieu. Paris, an IX, t. lY, p. 146. Beaulieu a rédigé, en collaboration avec Micfaand jeune, Tarticle Robespierre dans la première édition de la Biographie universelle.
(2) Voyez le procès-verbal de la séance du l«r septembre à la commune. Arfslmtt