‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 177 sur 314 · UVRE VIII. — LES MASSACRES DE SEPTEMBRE 41S · texte numérisé non relu

UVRE VIII. — LES MASSACRES DE SEPTEMBRE 41S

I cette ville était à la veille d'être livrée aux Prussiens par la plus jJDiàme des trahisons. 11 faut être entièrement aveuglé par l'esprit de îarti pour ne pas admirer l'attitude et l'énergie de la commune à tette g^a^e nouvelle. Dans une proclamation brûlante de patriotisme, de invita tous les ciîoyens en état de porter 7es armes à se réunir au Diamp>de-Mars sous les drapeaux. Qu'une armée de soixante mille immes se forme sans délai, s'écriait-elle, et marchons aussitôt à teonemi, ou pour succomber sous ses coups, ou pour l'exterminer les nôtres. En même temps, elle nommait un comité militaire anent, composé de huit de ses membres, arrêtait qu'à l'instant 6 le canon d'a?arme serait tiré» le tocsin sonné, la générale ittue, et chargeait deux commissaires de se rendre sur-le-champ à ^Assemblée législative pour la prévenir des mesures prises par le con-

général (1).

L'Assemblée applaudit vivement à ces vigoureuses mesures ; tous Dtiments entre elle et la commune semblèrent s'effacer en prédu danger suprême de la patrie, et le président (c'était Lacroix), adressant aux députés de la commune, prononça ces propres paroles : Les représentants de la nation, prêts à mourir avec vous, rendent tice à votre patriotisme; ils vous remercient au nom de la France itière, et vous invitent à la séance. » Puis, après avoir eu connaisce d'une lettre de Roland annonçant la découverte d'une conspira- IlioQ royaliste dans le Morbihan, et avoir entendu la grande voix de Santon sonnant la cJiarge, elle décrétait que tous ceux qui refuseraient de servir personnellement ou de remettre leurs armes, que tous ceux fii entraveraient, de quelque manière que ce fût, les ordres donnés et les mesures prises par le pouvoir exécutif, seraient déclarés infâmes, Mtres à la patrie, et punis de mort (2). Mais avant de marcher contre fennemi du dehors, fallai1r-il laisser femmes et enfants exposés aux mps de l'ennemi du dedans ? Telle fut la question agitée dans un certtn nombre de sections. Ce fut alors que dans Paris, saisi de vertige, n entendit ce cri sinistre : Courons aux prisons ! et que commença un te plus épouvantables massacres dont l'humanité ait à gémir.

Toutes les mesures prises par la commune de Paris et par l'Âssem-

Hée nationale étaient assurément d'une indispensable nécessité, mais

des n'étaient guère de nature à diminuer l'exaspération populaire. Or,

i ces mesures, qu'il approuva, je n'en doute pas, Robespierre ne prit

! aucune espèce de part ditecte ou indirecte, même comme membre da

{}) Prooës-Yerbanx de la oommiuie. Àrchites de la Ville. V. 32. Carton 0. 7. 0. R Voyez le Mêniteur du 4 septembre 1792.

conseil général de la commune; bien mieux, il ne les corniul que fai| isrd dans la soirée, puisqu'il siégea depuis neuf heures du matin jusi^ qu'à une heure de raprèsrmidi à l'assemblée électorale, où nous là retrouverons tout à l'heure» assmnblée dont les opérations avai précisément commencé ce jour-^là, et puisqu'il fut chargé par elle remplir, à l'issue de la séance, une mission auprès de la société Jacobins.

La séance du conseil général, su^ndue à une heure et dei fut reprise à quatre heures. Elle était rouverte depuis quelques stants à peine, sous la présidence d'Huguenin, quand un offid de la garde nationale vint annoncer que plusieurs prisonniers l'on conduisait à la Conciergerie avaient été tués, et que la foi commençait à envahir les prisons. La commune nomma d'abord commissaires pour protéger toutes les personnes détenues pour cai civile, puis elle chargea deux de ses membres, Caron et Nouet, de transporter à l'Abbaye et de veiller à la conservation des niers (1). Quelques instants après, un des commissaires accourt rend compte de ce qui se passe dans cette dernière prison : « citoyens enrôlés, » dit-il, « craignant de laisser la ville aux roalv lants, ne veulent point partir que tous les scélérats du 10 août soient exterminés. > Aussit6t il est arrêté par le conseil général quatre commissaires se rendront sur-le-champ à l'Assemblée nation pour lui demander quelle mesure on pourrait prendre afin de garan les prisonniers. Que fit l'Assemblée? Elle chargea, sur la demande Bazire, six de ses membres du soin de parler au peuple, de rétablir calme, mais ne témoigna aucune indignation, et surtout ne parut se soucier beaucoup du sort des prisonniers (2).

11 était tard, très-tard, lorsqu'après s'être acquitté de la missio* dont rassemblée électorale l'avait chargé, Robe^ieixe parut au du conseil général. Billaud-Varenne venait d'y dénoncer une ration en faveur du duc de Brunswick, qu'un parti puissant, disait-il, i voulait porter au trône des Français. Robespierre, prenant la parole après lui, peignit la douleur profonde qu'il éprouvait de l'état actuel da la France, et il approuva la dénonciation faite par son collègue d'uiA

(1) Ce sont les propres expreasiona dn prooès-verbal. Voy. Arehiwê de la Ville. \A Carton 0. 7. 0. l

(2) Moniteur du 4 septembre 1792. Voici la singulière façon dont le journal de Bris-J sot explique Pinertie de PAssemblée : « Des commissaires de la commune annoncent j quVn grand nombre d'hommes armés et sans armes se portent aux prisons. La coni* 1 xnune demande que TAssembiée vienne à son secours. Que pouvait faire rAssenfU^ ' nationale si la commune avait épuisé tons ses moyens ? et si elle ne les avait pas éfoiUh ,que venait-eUe demander à TAssemblée nationale? » (Noméro 1131.)

Page 1