‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 181 sur 314 · LIVRE Vni. IMPRESSION CAUSEE PAR LES MASSACRES · texte numérisé non relu

LIVRE Vni. IMPRESSION CAUSEE PAR LES MASSACRES

calmer Teffervescence, d'arrêter l'effusion du sang, mais sans succès, car la colère du peuple n'est pas plus aisée à enchaîner que les orages du cieL

S'il était possible de comprendre un instant ces atroces immolations d'hommes, les massacres de Septembre paraîtraient à coup sûr moins aSreux que beaucoup d'autres qui les ont précédés ou suivis. Il est certain que les victimes eussent de grand cœur sacrifié tous les défenseurs de la Révolution ; il est certain qu'une sorte de justice présida à cette boucherie; qu'on distingua entre les innocents, les égarés et les coupables ; il est certain encore que le peuple épargna avec joie, reconduisit même en triomphe les prisonniers dont l'innocence fut reconnue : cependant ces massacres n'en sont pas moins odieux, et nous devons les maudire pour le mal qu'ils ont causé à la liberté.

Quand le premier moment de vertige fut passé, quand la conscience revint à la population, elle contempla avec épouvante l'œuvre terrible qu'elle avait laissé faire ; mais sur le moment, disons-le parce que cela est vrai, il s'en faut de beaucoup que ces massacres aient été envisagés aussi sévèrement que depuis, et avec l'horreur qu'ils nous inspirent justement aujourd'hui. « Hier.... fut un jour sur les événemens duquel il faut peut-être laisser un voile; je sais que le peuple, terrible dans sa vengeance, y porte encore une sorte de justice, » écrivait le ministre Roland à l'Assemblée nationale (1). Et Gorsas, un des plus ardents Girondins, de s'écrier : c II n'y a pas à jeter un voile sur ces événemens; 9 et il les qualifia de justice nécessaire (2). Un peu plus tard, dix jours après, Roland n'écrivit-il pas encore, en s'adressant cette ibis à toute la population de Paris : < J'ai bien jugé ce que la patience longue et trompée du peuple, et ce que la justice avoient dû produire; je n'ai point inconsidérément blâmé un terrible et premier mouvement, j'ai cru qu'il falloit éviter sa continuité (3). » De son côté, Pétion a écrit : a Je pense que ces crimes n'eussent pas eu un aussi libre cours, qu'ils eussent été arrêtés si tous ceux qui avoient en main les pouvoirs

(1) Moniteur du 5 septembre 1792.

(2) Courrier des quatre-vingt-trois départemens. Numéros des 5 et 6 septembre 1792.

(3) Moniteur du 13 septembre 1792.

et la force les eussent vus avec horreur (1). » Or, entre quelles mains était le pouvoir exécutif? entré les mains des Girondins, dont Tiafiuence était contre-balancée seulement par celle de Danton; et ce fut bien pour cela qu'un jour, du haut de la tribune de la Convention, Saint-Just leur reprocha si rudement de ne pas s*étre jetés entre les assassins et les victimes (2). On a prétendu, il est vrai, que Faction de Roland avait été paralysée par un mandat d'arrêt, décerné contre lui par le comité de surveillance; mais ce mandat, lancé le k seulement, Roland n'en eut même pas connaissance sur le moment ; le conseil général de la commune ne le ratifia point, et lorsque Danton, furieux, vint à la mairie pour le faire annuler, il était accompagné de qui?... de Robespierre, chez lequel il avait couru aussitôt, certain de le trouver tout disposé à lui prêter son concours en cette grave drconstance (3) .

On a reproché à Maximilien de n'avoir pas employé, pour arrêter les massacres , toute l'autorité morale dont il disposait. D'abord cette autorité morale était singulièrement battue en brèche à cette époque par les calomnies girondines; ensuite il n'apprit les événements que fort tard, quand déjà la plus grande partie du mal était faite; enfin, lorsqu'il lui aurait été humainement possible de se transporter de prison en prison, est-ce que ses paroles, ses exhortations eussent eu plus de pouvoir sur l'esprit d'un peuple eu délire que celles des commissaires de l'Assemblée législative ou de la commune (&} ! Ce qu'il y a

(1) Discours de Pétian sur Vaccusation inUniée contre Bobespierrty p. 14.

(2) Voyez notre Histoire de Saint-Just (éd. MeUne et Cans, 1. 1, p. 257 et 258), et le Moniteur du 18 juillet 1793.

(3) Discoiurs de Pétion sur Vaccusation intentée contre Robespierre^ p. 15. Yoyw aaui le journal les Révolutions de Paris^ numéro 173, p. 239. Les écrivains qui, ocuniiie M. Michelet, M. Mortimer Temaoz, se sont acharnés à décrier Kobespierre, ont prétendn que les ministres restèrent brisée àa diseours de Robespierre relatif à la conspiratioo en faveur du duc de Brunswick, et la premre qu'ils en donnent, c'est quMne section, celle de nie-Saint-LouiSf envoya une dépntation à PAssemblée nationale pour savoir si en effet le pouvoir exécutif avait perdu la eonfîance de la Nation. A cette assertion si légèrement produite, il n'j a qu'une réponse à fiiiie: il était six hflnxcs du soir qnaad lo 2 septembre se présenta à PAssemblée la députation de la section de rUe^Saifit- Louis; il en était au moins dix quand Kobespierre commença à parler an sein do conseil général. (Voyez le Moniteur du 4 septembre, et le procès-verbal du conseil général pour la séance du soir à la commune). Yoyea anaii à oe sajetl* diseosùon lumineuse à laquelle s'est livré M. Louis Blanc à la suite de son chapitre : Souviens-toi de ta Saint-Barlfiélemy, t. VU, p. 198 et suivantes.

(4) D*aprè8 un récit fort suspect, Robespierre se Uuuvant svee Pétion «■ nsoistère de la justice dans la soirée du 3 septembre, un individu du nom de Mandar, assez mé' diocre littérateur, leur aurait proposé de les accompagner le lendemain à TAssemblée, se faisant fort d'obtenir d'eUe la création d'un dictateur poux axiêter les nasvcres- Kobespierre ayant répondu : c Garde-t'ea bien, Brissot serait dictateur >, Sebespierre, aurait répliqué Mandar, ce n'est pas la patrie que ta aimesi c^est Biissot qœ tu

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