LIVRE VIU. UfHIBSâipK CAUSEE PAR LES UASSACllES
dectftaki, c'est qu'il déplora ces massacres, si coupables que fusseiott à ses yeux les viciimes. c Plaignons même les victimes coupables, réservées à la veDgeaoce des lois, qui sont tombées soi» le glaive de la justice populaire, » s'écria-t-il ua jour (1). Uq des survivants de cette terrible époque, le docteur Souberbielle, a raconté h un historien di^e de foi que jamais Bobeqûerre ne lui avait i>arlé des journées de Septembre qu'avec horreur (2). Maintenant, s*il faut en croire Charlotte Robespierre, Pétion étant veui vw son frère Maximilien quelque \aops après ces journées, et la conversation ayant roulé sur les derniers événements, Robespierre aurait vivement reproché au maire de Paris de n'avoir pas suffisanment interposé son autorité pour empêcher les excès. A quoi Pétion, piqué, aurait répondu sèchement : c Tout ce que je pois vous dire, c'est qu'aucune puissance humaine ne pouvait les empêcher. » Puis il se serait retiré. Charlotte, arrivée depuis peu de jours à Paris avec son frère Augustin, était présente à Tentrevue, et eUe attribue à la scène dont elle fut témoin la rupture qui eut Heu entre son frère et Pétion (3). Ce témoignage de la sœur de Robespierre pourrait être récusé s'il ne se trouvait pas singulièrement concorder avec d'autres faits. Dans la journée du 5 septembre, Pétion avait à dîner chez lui plusieurs députés, parmi lesquels Brissot, Gensonné et ûuhem. Vers la fin du repas, une quinzaine d'égorgeurs pénétrèrent dans la salle, venant demander au maire des ordres au sujet de quatrevingts prisonniers qui restaient encore à la Force. PétioQ leur donna à boire» et les congédia en leur disant de faire tout pour le mieux (A). De son côté, Brissot fut très-explicitement accusé, à différentes reprisesv d'avoir témoigné, eo présence de Danton, le regret qu'on eût qwgné Morande, son mortel ennemi. Et, rapprochement singulier ! quelques jours plus tard, le conseil général de la commune ,
détestes. — Et Robespierre reprenant : « Je déteste la dictature et je déteste Brissot. » Ce lént noms est tout à fait suspect, diaona-noos, parce qti*il est tiré de cette fameuse flisdmv impartiale et gtiuralê de têm lê$ erimêe et errntn de te BéwohUicn, publiée par Fradhomme, leqtiél enfarepfemut des pnUicaftions révolutioniiairea on eantre-rérolir tiomiaires, aékm que k yent soufflait ée la révolution on de U eontie-révoIntioB. Fmdhoaimeiaeoate la fait oorame le tenant de Mandar, personnage asseï peu digne de OQDfiance. U en résulterait, dans tous les cas, une preuve de plus de rinvincible alignement de Robespierre pour toute espèce de dietatur». Toutefi^ noua n^avons pea en devoir aeeorder à ce témoignage l'importaDoe biatoriqae que 11. L. Blanc lui a donnée dam sa belle Hùtoire de la ResolalMm, t. Vn, p. 190.
(1) Lêtiret de Jf. Jloà«pi«frt d «et coimiisMeA», numéro 4, p. 172.
(2) Voj. l'ffttlotrt dt la BétoluUm, p«r M. L. Blanc, qui a nensiUi œ iSsîi de la bouche même de Sonberbielle, t. VIT, p. 192.
(3) Mimoérm dt ChofUMe Robespierrey p. 75.
W Dépoaîtioti de Duhem dsois le proeès des Giroodina. Vey. eepxseèa dans VHiUoife parkmentatre, t. XXX, p. 106.
après avoir entendu un long rapport sur la conduite du journaliste Morande , ordonna sa mise en liberté immédiate, convaincu que son arrestation avait été Teffet d*une vengeance particulière (4). Y a-t-il à s'étonner maintenant de l'acharnement déployé par Brissot contre la commune de Paris ?
Est-ce que jamais un fait précis a été articulé contre Robespierre, indiquant de près ou de loin sa participation aux journée» de Septembre ? Lorsque, dans son accusation contre lui, Louvet eut à parler de ces événements, il généralisa de la manière la plus vague, et se garda bien d'en faire remonter la responsabilité à l'homme contre le» quel il dirigeait la plus inconcevable des diatribes. Que lui eût coûté cependant une calomnie de plus ou de moins? Mais il sentait bien la nécessité de se montrer très-circonspect sur ce point. (2). Un des pins impitoyables ennemis de Robespierre, et aussi l'un des hommes les plus vils qui soient sortis des bas-fonds de la Révolution, Méhée de la Touche, à cette époque secrétaire adjoint de la conmiune de Paris, écrivit, après le 9 Thermidor à la glorification duquel il s'empressa d'employer sa plume, une relation des journées de Septembre. Eh bien ! il n'est pas venu à l'idée de ce pamphlétaire, qui sous le nom de Félhemesi (Méhée fils] a publié les plus immondes libelles contre les victimes de Thermidor, de demander compte à Robespierre du sang de Septembre (3). Un autre ennemi acharné de Maximilien, Roch Marcandier, homme taré d'ailleurs^ a, dans une brochure empreinte de la plus violente exagération, tracé, à ^a façon, l'historique des journées de Septembre. Parmi les ordonnateurs des massacres, il cite, sans preuves, Danton, Camille Desmoulins, . Panis, Fabre d'Églantine et quelques autres, mais il se garde bien de faire planer l'ombre d'un soupçon
(1) Procës-verbanz de la commune (séance dn 20 septembre 1792). Archives de h
vaie. V.
(2) On n*a peut-être pas oublié qu^un jour le doux auteur de Fauhlas avait parlé de la nécessité possible d*une formidable exécution populaire. Or voici ce que nous lisons dans V Histoire de la Révolution^ par Beaulieu. c On se rappeUe le joumal-afficbe, la Sentinelle j rédigé par M. Louvet, et dont le ministre Roland faisait les frais ; eh bien! j'ai vu, dans la matinée du 3, aux coins de plusieurs rues, divers exemplaires de cette affiche, où l*on approuvait assez formellement les massacres » {Essais historiques sur Ut causes et les effets de la Révolutioh en France, par C.-F. Beaulieu, t. IV, p. 133). Ce témoignage d'un écrivain ultrarroyaliste n'aurait aucune espèce de portée à nos jenXi si le girondin Louvet n*eût pas été, en quelque sorte, Valter ego du girondin GorsiSj qui, comme on Fa vu, approuvait en termes assez formels les massacres dans sa feaillei que le ministre Roland faisait également passer, sons son couvert, dans tons les départements.
(3) La vérité toute entière sur les vrais autsurs de la journée du 2 Septembre» Voj. cette brochure reproduite in extenso dans VHistoire parlementaire^ t. XYTII, p* 1^ ^
UVRB Vin. — OPIÎRATIONS DB l'aSSEMBUÉE ELECTORALE 4t$
sur Robeq>ieiTe qa'il appelle cependant c Tinfâme » à tout bout de champ (1).
Od est donc douloureusement étonné de voir certains écrivains, par le (dos otttrageux mépris de la vérité, prendre à tâche de rejeter nr lui une part de responsabilité de massacres auxquels il fut si nanifestement étranger. Aujourd'hui, du fond de la tombe, comme ntrefois du haut de la tribune de la Convention, Robespierre peut répondre : < Ceux qui ont dit que j'avais eu la moindre part à ces évé- Mments sont des hommes ou excessivement crédules ou excessivement pervers. Quant à l'honmie qui, comptant sur le succès de la diffamalion dont il avait d'avance arrangé tout le plan, a cru pouvoir écrire taponément que je les avais dirigés, je me contenterais de l'abandon- 1er au remords, si le remords ne supposait pas une âme (2). »
Dans la matinée même du jour où commencèrent dans Paris les terribles exécutions populaires, le dimanche 2 septembre 1792, s'ouifrirent, dans la salle de l'Évêché, les opérations de l'assemblée électorale chargée de nommer les députés de Paris à la Convention, assen^blée ë laquelle, comme on l'a vu plus haut, Robespierre avait été député par la section de la place Vendôme, et dont les travaux le forent assidûment occupé jusqu*au 19 septembre.
On procéda à la vérification des pouvoirs des députés électeurs, sous b présidence du doyen d'âge, Pierre Desplanches, électeur du canton ^ Charenton. La salle de l'Évéché se trouvant trop étroite pour que le poblic pût être admis aux séances du corps électoral, un électeur proposa à ses collègues d'envoyer une députation aux Jacobins afin de kur demander la cession de leur emplacement pendant la durée des opérations électorales, lesquelles, devant a voir lieu chaque jour depuis & heures du matin jusqu'à cinq heures du soir au plus tard, n'étaient pas un obstacle à la tenue des séances du club. Cette proposition fut «issitôt adoptée ; on décida même que tous les électeurs se rendraient ensemble aux Jacobins. L'assemblée chargea Robespierre et CoUot-
(1) Hwtoire des hommei de proie, ou Us crimes du comité de surveillance, par Roch wandier. Voy. VHistoire parlementaire, t. XVIII p. 181 à 215. (^ Réponse à Louvet. Lettres de M. Bobespierre à ses commettons (numéro 4).
4S6 Bl&TOIRfi DR BOBSSPttAEB
d'Herbois de porter la parole en son nom» et r^de^-vooafiii cinq heures précises dans le jardin de Tancien couvent.
Le lendemain, S septembre, Robespierre rendit compte de Vacons^ fraternel des Jacobins^ et de leur empressemeol à mettre leur localà|| disposition du corps électoral. L'assemblée vota des remerctm^ts ml Jaoxbins, et continua la vérification des pouvoirs des él^teurs. EHi| entendit ensuite un long discom^ de CoUot-d'Herbois sur les qualité nécessaires aux futurs députés à la Convention nationale. L'assemUéf électorale était composée d'éléments fort divers, mais les partisa^ de la dernière révolution, celle du 10 août, s'y trouvaient en graad^ majorité. Conformément à un vœu formellement exfMrimé pa^ iflf assemblées primaires, et appuyé par R(d)espierre, die exclut M son sein ceux de ses membres qui auraient été affiliés à quelque do^ contre-^révolutionnaire. On réclama la même mesure jcontre les signaj taires de la protestation relative au 20 juin. Comme une foule désigna^ tures avaient été surprises, pour ainsi dire, à la bonne foi des citoyea| inexpérimentés, Robespierre demanda une exception en faveur de qui» ayant signé la pétition, ne l'auraient point colportée. Mais sa pr position, énergiquement combattue par quelques membres, fut poussée après de vifs débats.
Il fut lui-même l'objet d'une inculpation, venue, prétendît un ék teur, d'un valet de chambre du ci-devant roi. Diverses motions fu faîtes aussitôt touchant la nécessité de prendre des précautions d'éclairer le peuple sur les pièges qu'on lui tendait en environnant soupçons les meilleurs citoyens. C'était la veille, on s'en souvient, . le journal de Brissot avait accusé Robespierre de faire tous ses effc pour paralyser le courage des citoyens. Maximilien monta à la bune : il déclara qu'il braverait tranquillement le fer des ennemis bien public, et qu'il emporterait au tombeau, avec la satisfacù d'avoir bien servi la patrie, l'assurance que la France conserverait! liberté. L'assemblée se sépara après l'avoir entendu, et s'ajourna lendemain matin; il était alors deux heures et demie (!].
Le Uj les électeurs se réunirent à dix heures du matin dans le locst des Jacobins, et tout d'abord procédèrent à l'organisation définitii^ de leur bureau. Par acclamation et à l'unanimité, ils choisirent CoUrf d'Herbois pour président, et Robespierre pour vice-président Ce der^ nier n'occupa, du reste, qu'une seule fois le fauteuil, à la séance du oii fut élu Collot-d'Herbois, qui sans doute jugea convenable de ne
(1) Procès-verbaux de l'aocml^ée éleotonOe (atptendm 1798). ircAnm de U Tîfli*^ y. 69. Carton 21.
UTRE VI11. — ELECTION MS VÉ9fFtiS A LA CORfENTION NATIONALE 07
Ifrésider durant son âection. Panni les secrétnres, nous voyons figo- Dodozean, Carra, Santerre, Marat, Rousseau, réprésentant des ices diverses d'opimon. Cependant Marat était absent ce jour-U» il parut pour la première fois au sein dû corps électoral le septembre seuleoient , et il monta à la tribane po«ir exprimer i nemblée son regret de n^avoir pu se rendre pk» tôt au milieu d'eUe d'y remplir ses fondions d'électeur et de secrétaire (1). L'assemâect(»*ale, pour se conformer à un vœu généralement exprimé, qae tous ses choix seraient soumis à b ratification des assemprimaires, par lesquelles ils furent en efièt examinés et ratifiés. Le 5, commencèrent les élections. On avait retardé jusque-là parce les assemblées primaires n'avaient pas encore toutes terminé opérations. Quelques membres, trouvant l'assemblée électorale peu nombreuse, proposaient d'attendre encore; mais on passa t. Il y eut dans ces élections quelque chose de solennel qui manque eettes dont nous sommes témoins. Nos pères n'avaient pas notre tanimîté : ils ne craignaient pas de livrer leurs votes à la licite. Chaque électeur, à l'appel de son nom, s'aj^rocbait du bu- !, et désignait à haute et intelligible voix le candidat de son choix, tête de presque toutes les listes se trouvait le nom de Robes- (2). 11 fut élu le premier, l'emportant de beaucoup sur Pétion 'oD toi avait of^sé (S), On ne Taccusera certainement pas d'avmr fait pour capter les snlfrages , et ce ne fut point sa faute s'il appdé h siéger au sein de la Convention, puisqu'il avait formelleit engagé le Cmj» législatif à exclure de la nouvelle Constituante les membres des deux premières assemblées. Mais l'Assemblée ttive D'eut pas le désintéressement de sa devancière, et elle de* sourde au conseil de Robespierre. La nomination de celui-ci fut, même, annoncée en ces termes k la société des Jacobins, au mides applaudissements : « Le brave Robespierre a réuni tous les suf* ;es... Ce commencement de nomination doit nous être d'un augure
(D Proeës-yerbaux de TasseBiUée éketorale {mpbuDhn 1793). ànhittê de 1a YiU». tt, Gttrtmi2l.
(2) Voy. les BévolmNom de Parv, numéro 164, p. 384.
nPieeè».TeebMa de TMiemblée âeetonde. Arddmê de la YOle. Y. 69. Carton 22. 0. Coq aent Tingt-einq éiectcnis étaient présenta ee jonr-lk Yoici coraiBent aa lea loffiragea : Bobespîenr» 330^ sveo 76 -voix aa-deiciia de 1& majorité Pétîoa,136; CoUot-d'fierbois, 37 ; Danton, 13; Brisaot,4; Real, Carra,, ée Yerànn, Bi]]md*Yar«uMy Héranlt-SéctkieUea et Bonland, dtacun mie voix. «asemblée électorale était loin d^Ôtre an complet alors ; c'eat ee qui explique comment, qn'éfai le premier, oe qai alors était vu grand honnenz, Bobeipiene eut moina de *<ûqQ« la plupart de ceux qni farent nommés après lui.
favorable pour le choix que va continuer de faire le corps électoral (1 ). • A peu près vers le même temps, il était également nommé le premier par l'assemblée électorale du Pas-de-Calais (2).
Il est aisé de comprendre à combien de compétitions ardentes do&«^ nèrent lieu ces élections à la Convention nationale, et nous sa^mÉ quelles rancunes implacables engendrent les ambitions déçues. Apaitii de la huitième séance « c'est-à-dire le 9 septembre, on résolut, al sein de l'assemblée électorale, de discuter les candidats offerts wà suffrages des électeurs. Robespierre prit la parole , comme beaucoup d'autres, mais il ne désigna nommément personne, pas même sél^ frère Augustin, que par considération pour lui cependant, sansufll doute, les électeurs de Paris envoyèrent à la Convention. Plus tari les Girondins, par la bouche de Louvet, attribuèrent à son influenol l'élection de Marat, comme si la profonde ligne de démarcation em tant entre les idées de ces deux patriotes n'avait pas été connue de tout Paris, comme si Marat avait eu besoin d'une recommandation qud^ conque pour être nommé secrétaire de l'assemblée électorale (3). Voiet en quels termes Robespierre répondit à cet égard : a Voulez-vous sa^ voir la véritable cause qui a réuni les suffrages en faveur de Marat ei| particulier? C'est que, dans cette crise où la chaleur du patriotisme était montée au plus haut degré , et où tout Paris était menacé pal l'armée des tyrans qui s'avançait, on était moins frappé de certaine^ idées extravagantes qu'on lui reprochait que des attentats de tous M perfides ennemis qu'il avait dénoncés et de la présence des maui qui avait prédits (&). j» En ce temps-là le conseil général de la commuai était porté aux nues dans la Sentinelle par Louvet lui-même, qui dcf puis... C'était alors le temps des élections, comme le dittrès*bien R(h bespierre (5). Or Louvet, candidat à la Convention nationale, avait obtenu en tout et pour tout, au sein de l'assemblée électorale... uuÉ voix I Ne serait-ce point là le secret de ses rancunes immortelles. 8f
(1) Journal de3 débats et de la correspondance de la Société des Amis de la ComtUviùm, numéro 260.
(2) V. le Patriote françois du 10 septembre, numéro 1127. Après Robespierre, foreal élus à Arras, Camot atné, Duquesnby, la Bas et Thomas Payne.
(3) M. Michelet ne manque pas d^avancer, sans examiner si son assertion est ttuAi que Robespierre recommanda Marat aux assemblées électorales (t. IV, p. 125). Or quelle est Pautorité de M. Miobelet? Sans doute Louvet. Mais Pauteur de Faubbu se garde bien d'être aussi afBrmatif. Il reproche à Robespierre d^avoir a produit Mtnt, non pas nominativement, > et Dieu sait quel degré de confiance l'histoire doit accorder à Louvet. (Voy. son Accusation contre Robespierre, p. 12, à la note). Répéterons-iwSi? qu'un des principaux chefs d'accusation des Thermidoriens contre Robespierre ftt qu'il n'avait pas compris Mcwat ?
(4) Réponse à Louvet. Lettres de M. Robespierre à ses commettons, numéro 4, p. 1^^*
(5) Ibid, p. 172.