UTRE TIII. — ÉLECTION DES DÉPUTÉS A LA CONVENTION NATIONALE
lomination par le collège électoral du Loiret ne suffit pas à guérir la Messure que son amour-propre avait reçue de son échec à Paris. Gomme on supposait à Robespierre une grande influence sur Taslée électorale, beaucoup de candidats sollicitèrent son appui. Le général de l'armée révolutionnaire, le poëte Ronsin, alors corn*» ire du pouvoir exécutif, lui écrivit pour réclamer son suffrage, se recommandant de Danton (1 ). Mais l'auteur d'Aretaphile ne fut pas mé , et peut-être en garda-t-il contre Robespierre un dépit viot. Uû autre candidat évincé, Méhée fils, s'en prit de son échec^à ilien, trèsrcriminel assurément de n'avoir pas appuyé sa candidae auprès des électeurs, et il fit afficher contre lui, sur tous les murs Paris, un placard injurieux dans lequel il prit la qualification de étaire adjoint du conseil général, et où, entré autres griefs,* il refait à Robespierre de ne plus venir siéger à la commune (2). Ainsi , tandis que les Girondins se disposaient è l'accuser, comme crime , d'avoir en quelque sorte présidé aux délibérations conseil général, Méhée le dénonçait comme ayant déserté le te où l'avaient appelé ses concitoyens. Est-ce que son véritable te en ce moment n'était pas à l'assemblée électorale? Tant que èrent les opérations de ce corps , il cessa d'assister aux séances Jacobins, et depuis le 2 septembre jusqu'à l'ouverture de la ivention, nous ne le voyons figurer qu'une seule fois au congénéral de la commune. Il y parut le 18 septembre, et se plaiit d'avoir été odieusement calomnié dans une affiche signée d'un mbre de la commune, faisant allusion au placard de Méhée. Ce r-là, il fut chargé de rédiger une adresse destinée cette fois aux tre*vingt«trois départements, à qui le conseil général voulait aussi iiquer hautement sa conduite. On lui adjoignit Tallien pour ce traiil, mais il refusa la collaboration du jeune secrétaire de la com- Qne, preuve manifeste du peu de cas que dès lors il faisait de ce personnage. A la place de Tallien, le conseil général désigna Thomas, le même qui, le lendemain, fut nommé député à la Convention (3]. Quelques jours après, Méhée fils était vivement inculpé au sein du con-
(1) Voj-, la lettre de Konsin dans le t. I"'dcs Papiers inédits^ p. 215.
(2) Voy. les Annales patriotiques du 17 septembre 1792. Le journal de Carra donne ^elques extraits de ce libelle, en les faisant toutefois précéder de ces lignes : « Un Personnage qn*on avoit surnommé l*Incorruptible, et qui jusquMci paroissoit étranger * tonte vue d'ambition, semble vouloir s'ériger en chef de parti ou plutôt de cabale. Ctttéu moins le reproche qu'en lui fait dans un écrit adressé aux quarante-huit sections, ligné Méhée fils, secrétaire-greffier de la municipalité. »
(3) Procès-verbaux de la commune de Paris. Archives de la Ville. V. 22. Carton ^- ". 0. Voy. aussi la Chronique de Paris du 21 septembre 1792.
iSO HISTOIRE DE ROtBSPIEaRB
seil général pour avoir cdommé Robespierre. Il se conteota d*aUéguer pour sa défense la liberté des opinions. Et, aUmdu que /et opimmi étaient Ubru^ la coounuoe passa à Tordre du jour. £Ue improiiva seulement la conduite du citoyen lléhée, parce qu'il avait pris dm son affiche la cpialité de secrétaire adjoint de la commune, laquells devait être exclusivement réservée aux actes émanés du conseil général, et non employée dans une œuvre où l'auteur énonçait son «^inioa individuelle (1).
Le lendemain du jour où Rdi>espierre parlait pour la dernière fois comme membre du conseil général de la commune, l'assemblée électorale terminait ses opérations en appelant à siéger à la Gonventi» Louis-Philippe d'Orléans, tout récemment baptisé du nom d'Égalité. C'était le 19 septanbre. Le corps électoral avait mis dix-huit jours à élire les vingt-quatre députés envoyés par le département de Paris à la nouvelle (]onstituante (2). De ces vingt-quatre députés, hélas! les plus illustres ne verront pas la fin de la Convention, et périront tragiquement, entraînant dans leur chute les destinées de la République. Nous allons en effet entrer dans la région des tempêtes, assister à de terribles scènes, mais aussi à l'un des spectacles les plus grandioses qu'il ait été donné aux hommes de contempler.
i\)Àrchifiet de la Ville. Ubiiu^rà,
(2) Voici dans quel ordre furent élus les vingt-quatre députés de Paris : Le 5 sep« tembre, Robespierre; le 6, Danton et Collot-d'ITerbois; le 7, Manuel et Blliaud- Yarenne; le B, Camille Desmoulins ; le 9, Harat et Lavioomterie; le 10, Legendre ot Eafiix)n du Trouillet; le 12. Panis, Sergent et Bobert ; le 13, Duanls; lo li| Fréron; le 15, Bcauvaîs; le 16, Fabro d'Êglantine; le 17, Ossclin, Robespierre jeuM et David ; lo 18, Boucber Saint-Sauveur ; le 19, Laignelot, Thomas et Philippe Égalité. (Archives de la Ville. V. 69. CarUm 0. 23. 0., et Archwn de rEn^ire, B. A. 15. Carton 34 6w.)