LIVRE IX. — MOTIONS DE COUTHON ET DE DANTON
choisit Brissot, Camus, Rabaut Saint-Étienne, La Source, Vergniaud et Omdorcet. C'était le triomphe de la Gironde.
Le lendemain 21, son président en tête, la Convention nationale alla prendre possession de la salle du Manège où avaient siégé ses devancières, l'Assemblée^ constituante et l'Assemblée législative, et aussitôt die commença ses travaux. Il était midi et demi.
Nous n'avons pas à rendre compte de tous les incidents dont furent remplies les séances de la Convention, nous nous contenterons d'indiquer ceux qui, de près ou de loin, touchent plus ou moins directement k citoyen illustre dont nous écrivons l'histoire. Quand, par exemple, Coathon, au patriotisme duquel, selon la propre expression de Robespierre, ses infirmités donnaient un nouveau prix, propose à ses collègues de décréter tout de suite que la future constitution n'aurait force de loi qu'à la condition d'srvoir été ratifiée par le peuple français dans ses assemblées primaires, nous nous garderions bien de passer cette motion MUS silence, parce que sur toutes les grandes questions de principes, Couthon et Robespierre ont toujours marché complètement d'accord. Nous n'omettrons pas non plus de dire que ce fut encore Couthon qui invita la Convention nationale à vouer une exécration égale à la royauté, lia dictature, au triumvirat et à toute puissance individuelle de nature i modifier ou à restreindre la souveraineté populaire, parce que déjà, avec une perfidie étonnante, les feuilles girondines attribuaient à Robespierre et à Danton les plus absurdes projets de dictature. < Prenez-y garde, » disaient à ceux-ci et à Marat les Révolutions de Paris^ < la calomnit vous désigne pour les triumvirs de la liberté (1). » A quoi bon cet avertissement, quand on recoimatt si hautement qu'ils sont désignés comme tels par la calomnie seule? Renchérissant sur la motion de Couthon, Bazire demanda la peine de mort contre quiconque oserait attenter à la liberté et à la souveraineté du peuple.
Mais il ne suffisait pas aux libellistes girondins de confondre insidieusement Robespierre, Danton et Marat, d'accuser bêtement les deux ^ premiers d'aspirer à une dictature imaginaire; ils les traitaient d'anarchistes, de factieux, de désorganisateurs, s'inspirant en cela de ces puériles déclamations des Constitutionnels, qu'eux-mêmes ils avaient si justement flétries jadis. Ce fut pour répondre à ces inconcevables accusations que Danton, après avoir résigné ses fonctions de ministre, incompatibles avec son mandat de représentant du peuple, et combattu vivement ces idées de dictature mises en avant pour égarer l'opinion du peuple sur ses meilleurs amis, proposa à la Con-
(1) Voyez les Bétolniicnt de Paris^ numéro 167, p. 626.
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venlion de déclarer le maintien éternel de toutes las propriétés territoriales, individuelles et industrielles. Â cette motion l'on a¥ait vu kersaint s'élancer de sa place afin de rendre un hoaunage public à la vertu de son collègue. Il n'était pas besoin de cela, pensait Robespierre, pour tranquilliser TAsseniblée sur lés principes de Danton, lequel <( savoit, comme tous les hommes doués de quelque sens, que les plus courageux défenseurs de la liberté ne sont point des insensés, et qu'ils n'ont jamais prêché la loi'agraire. Mais, » ajoutait Robespierre, « quoique la déclaration proposée ne fût aucunement nécessaire pour protéger les propriétés qui étoient déjà sous la sauvegarde de la loi, et qui ne couroient aucun danger, il leur convenoit de la provoquer pour confondre les calomnies de ceux qui n'avoient pas rougi de leur prêter ces opinions extravagantes, ensuite pour rassiu'er les propriétaires imbéciles qu'elles auroient pu alarmer (1). » Nous connaissons, bélas! ces odieuses tactiques de parti, et de nos jours nous avons vu aesâ la réaction, sous le nom de parti de F ordre, combattre la démoaaiie avec cette même mauvaise foi. La Convention, toutefois, trouva un peu trop exclusive peut-être la proposition de Danton qui semblait enchaîner d'avance la volonté souveraine, repousser tout projet de réforme sociale, et, d'après l'avis de Cambon, elle se contenta de mettre la sûreté des personnes et des propriétés sous la sauvegarde de la nation (2).
Sur la double motion de Coliot-d'Hcrbois et de Grégoire, l'Assemblée consacra ensuite, par une loi solennelle, l'abolition de la royauté, au milieu des acclamations, « ce qui dut étonner un peu, » écrivit Robespierre, « ceux qui naguère assuroient qu'une grande nation ne pouvoit se passer de roi, et qui vouloient même nous persuader que nous raffolions tous de la monarchie (3). » Ceci à l'adresse de Brissot, par lequel il venait d'être maladroitement attaqué, de Brissot et de ses amis, qui, ne Toublions pas, dans les derniers temps de l'Assemblée législative, au moment où l'espcrance de recevoir de nouveau le pouvoir dès mains de Louis XVI leur faisait souhaiter le salut de la monarchie, menaçaient les républicains de toutes les sévérités de la loi. C'est donc une dérision de présenter les Girondins comme les fondateurs de la République. Jusqu'à la dernière heure, ils servirent de reûi-
(1) Lettres de M. Robespierre à ses commeUans^ numéro 1, p. 25, 26. Les lettres de lîf»bospierre à ses commettants, qui remphicèrent le Défeiiseur de la ConslUulioiiy parci.-saient toutes les semaines chez Jacques- Pierre Duplain, libraire, cour du Coîumerce, rue de l'Ancienne- Comédie Française. liCur prix était de trentc-BÎx li'STCS poiir Tannée, dix-buit pour six mois, et neuf pour trois mois.
(2) Voy. le Moniteur du 22 septembre 1792.
(3) Lettres de M. Robespierre à set commettansy numéro 1, p. 27.