LIVRE IX. — IHINUAET ET LA aSPUBLIQUE
part à la royauté cfaonodante , et àL toat d^abord il8 reeueiiiirent fieuls leB bénéfices de &a chute, ce n'est pas une raison pour leur attri^ .buer rhenoeur d'une révohition à laquelle ils se montrèrent si manifestement opposés. Pour quiconque ne se faofe pns de paroles en Tair, il est évident que ks véritaUes fondateurs de ia République sont les hofflines qui, depuis Touverture des états généraux jusqu'à ia journée du 10 août, luttèrent intréiHdement, sans se laisser un seul instant décourager par les résistances et les victoires momentanées de la réaction, pour le triomphe des priiici|)£s dont rensembie constitue le gouvernement républicain. Or, de ces glorieux combattants des trois premières années de la Révolution, s'il en est un surtout que la démocratie reconnaissante àkûye saluer comme son cheif naturel, c'est assurément Maximilien Robespierre.
Mais, comme il arrive toujours, la République naissante vit tomber à ses genoux une foule de courtisans ; ses anciens détracteurs ne furent pas les moins empressés à se courber devant elle. Le jour même de sa proclamation» à la séance du soir, parut à la barre de la Convention un homme peu suspect de sympathie pour Ja cause populaire : c'était Thouret. Il venait, à la tête du tribunal de cassation, rendre hommage à la nouvelle Assemblée constituante et à la République. Une pareille démarche de la part de cet ardent Constitutionnel avait de quoi surprendre Robespierre, a C'étoit un grand sujet de réflexions pour les observateurs, » écrivit-il, a de voir l'un des membres de ce comité de constitution, qui avoit sacrifié si complaisamment le peuple à la cour, secourir des premiers, pour se prosterner au pied du berceau de la République, dans ces mêmes lieux qui avoleot retenti de tant d'anathèmes contre tous ceux qu'on soupçonnoit de l'appeler dès lors par des vœux impuissans (1). » Maintenant c'était à qui revendiquerait la gloire d'avoir travaillé à la destruction de la monarchie. Brissot se rnppcla tout justement qu'un peu plus d'un an auparavant, a l'époque de la fuite du roi, il avait, en compagnie de Condorcet et d'Achïlle du Chàtelet, un aide de camp du général Bouille, hasardé le mot de république. — Mais, lui avait-on répondu, il y a république et république. Venise élait une république, et pourtant qui voudrait en France du gouvernenv^nt de Venise? Les principes de votre journal le Républicain sont beaucoup moins démocratiques que ceux de la constitution émanée de TAssemblée constituante. — Brissot n*cut garde de se souvenir de ces vives objections de Robespierre; il eut même l'insigne mauvaise foi de laccuicr
'X N'i le Moniteur, ni le Journal des débats et dt'crets Je In Convention, ne font in mitioii de cetto démarche de Thouret. Voy. Lettres de 3/. Ilub:spierre à s.'s cjin:nei an.*, Luméro 1, p. 28.
de royalisme (1), oubliant trop complaisamment qu'au temps des massacres du Cbamp-de-Mars, tandis que lui Brissot se promenait tranquillement dans Paris sans être le moins du monde inquiété, Robespierre, menacé, tonnait aux Jacobins contre la réaction victorieuse, ralliait les démocrates dispersés et rendait cœur aux plus effrayés; oubliant surtout que tout récemment, au mois de juillet précédent, c'était Robespierre qu'il avait eu en vue, lorsqu'en pleine Assemblée législative il avait menacé les républicains a du glaive de la loi, » et qu'enfin, au club de la Réunion, il s*était fait fort de réclamer un décret d'accusation contre lui pour avoir hautement exprimé le doute que l'Assemblée nationale fût capable de sauver la France, et proposé formellement la convocation d'une Convention nationate.
A Paris, où toutes ces choses s'étaient passées sous les yeux mêmes du peuple, où la conduite des personnages avait eu cent mille témoins, les calomnies de Bris^sot, amplifiées et embellies par son compère Girey- Dupré, répétées par tous les journalistes enrôlés désormais dans le parti des intrigants, rééditées depuis par quelques-uns des survivants de la Gironde, les Louvet, les Meillan, les Dulaure, n'avaient guère de prise sur les esprits; mais il n'en était pas de même dans les départements où les feuilles girondines, le Patriote françois, le Courrier des ftKLtre-vingt'trois départemensy les Annales patriotiques^ le Bulletin des Amis de la Vérité^ la Sentinelle^ la Chronique de Paris^ etc., pénétraient en masse, grâce aux fonds du ministère de l'intérieur. Le ministre détournait, au profit des haines et des rancunes d'une coterie vindicative, l'argent libéralement mis à sa disposition par la nation dans un intérêt général. Et il y a des gens assez naïfs aujourd'hui pour s'étonner de l'opposition faite par les démocrates du temps au ministère Roland ! On verra tout à l'heure le déplorable effet produit par les odieuses déclamations des pamphlétaires de la Gironde ; car elles auront dans les provinces un succès dont la patrie, hélas! aura plus tard à gémir. La défaveur, trop méritée, que par leur faute les Girondins s'attirèrent à Paris, explique, sans l'excuser, leur rage, leur exaspération contre cette ville patriotique d'où était sortie radieuse la Révolution, et pour quoi, par les moyens les plus honteux, par les mensonges les plus cyniques, ils vont s'acharner contre les représentants choisis par elle, les imprudents!
(1) Yoj. le PcUrioU français, numéro 1139.