‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 188 sur 314 · UVRE IX. — LES GÏROXDISS ET LA DEPUTATION DE PARIS · texte numérisé non relu

UVRE IX. — LES GÏROXDISS ET LA DEPUTATION DE PARIS

qoer à qads signes, selon M, on devait reconnaître les candidats dignes de figurer à la Convention nationale, et ceux dont l'élection était, à ses yeux, contraire à l'intérêt public. Un seul se trouva personnellement combattu par lui, ce fut le duc d'Orléans, Philippe Égalité, lequel n'en réunit pas moins le^ suffrages de l'assemblée. Malgré cela, on Ta vu, Loovet, dans sa venimeuse attaque, jugea convenable de le rendre responsAle de l'élection de Marat , et quand Pétion , descendu au rôle de comxmrse de la Gironde, eut la lâcheté de calomnier à son tour Tancien ami dont il avait si longtemps pressé la main loyale, il répéta que les électeors du département <te Paris avaient été influencés et dominés par un petit nombre d'hommes. Mais ici laissons la parole à Robespierre lui-même : « Vous en donnez pour miique preuve la nomination de mon frère. Vous dites qull peut être un bon et loyal pelriote^ et personne ne doute qu'il ne le soit en efîet. Or, mon cher Pétion, celte espèce d'hommes est encore assez rare pour que les anris de la Bbcrté s'appeilent avec empressement aux fonctions qui exigent de la loyauté et des vertus. Vous conviendrez au moins que ces dKHx valent bien ceux des petits intrigants que Ton fait nommer dans les départemens les phis éloignés à force de pamphlets et d*affiches fetribttés partout aux frais du gouvernement. Pour mon frère, îl étoit connu des patriotes de Paris et des Jacobins , qui avoient été témoins de son civisme ; il fut présenté par des membres qui, depuis le commencement de la Révolution, Jouissent de la confiance publique ; il fut discuté solennellement et publiquement, suivant Tusage adopté par rassemblée électcwale; il fut attaqué phis vivement qu'aucun autre candidat, et ftt-il vrai qu'on eût compté, parmi les garans de son incorruptibilité, la fidélité de son frère à la cause du peuple, faudroitil en conclure avec vous que ce choix fut le fruit de la cabale et que FasscHiblée électorale, la plus pure qui ait encore existé parmi nous, étoit un ramas d^mtrigans et d'imbéciles (1) ? »

En admettant même que les électeurs de Paris aient subi l'ascendant Bwral de quelques-uns d'entre eux, n'est-il pas au moins singulier de Tioirces répubÛcifins de la Gironde imputer à crime à Robespierre les moyens les pins légitimes d'inftuence, la persuasion, le raisonnement, Téfequettce, tandis qu'ils soutenaient, eux, leurs candidats par des pamplitets et ées affiches payés sur les fonds de l'État? Oh ! les plus inconséquents des hommes, qui, ayant sans cesse le mot de liberté à la hoodie, allaient , égarés par un excès d'amour-propre froissé, s'insur-

(1) Deimëmc réponse de Robespierre à Jérôme Pétion. Vby. Lettres dt Hfaximdiei^ Kobtspierre à tes commeltans,, numéro 10, p. 449.

géant contre ce qui est Tessence même des assemblées délibérantes et contestaient aux citoyens l'exercice du droit le plus sacré, celui d'exprimer librement leur pensée I

Une circonstance particulière donnait à la représentation de Paris un caractère exceptionnel. Ro(;)espierre, on s'en souvient, avait demandé que tous les citoyens concourussent directement à la nomination de leurs représentants; le Corps législatif ayant cru devoir maintenir l'élection à deux degrés, l'assemblée primaire de la section de la place Vendôme avait, sur la propre proposition de Robespierre, invité toutes les autres sections à déclarer que les choix du corps électoral devraient être ratifiés par elles (1), ce qui«avait eu lieu, comme nous l'avons dit ; en sorte que la représentation parisienne, seule en France, était en quelque sorte issue du suffrage universel. Aucune par conséquent n'avait plus de titres au respect du pays tout entier. Eh bien, ce fut sur elle, et sur la ville qui l'avait nommée, que les Girondins répandirent tout leur fiel, contre elle qu'ils dirigèrent les attaques les plus perfides. Ils disposaient cependant de toutes les forces du pays; le ministère était à eux, leurs créatures envahissaient toutes les places, la majorité de la Convention leur appartenait; mais Paris leur manquait, et Paris, la cité glorieuse, Paris, berceau de la Révolution et de la démocratie, refuge éternel de la liberté, n'était plus à leurs yeux qu'une sentine impure.

Renforcée de quelques notabilités brillantes de l'Assemblée constituante, des Buzot, des Lanjuinais, des Rabaut-Saint-Étienne et de plusieurs étourdis, comme Barbaroux et Rebecqui , qu'avaient fascinés la séduction du pouvoir et peut-être les agaceries de madame Roland, la troupe des députés de la Gironde formait maintenant le côté droit de la nouvelle Assemblée, succédant ainsi à ces Constitutionnels dont jadis ils s'étaient montrés les implacables adversaires. A gauche, autour de Robespierre, s'étaient rangés des hommes animés pour la plupart d'une foi profonde, d'un patriotisme ardent, et dont plusieurs s'unirent à lui d'une amitié et d'une affection que la mort seule fut capable de briser. Voici Couthon, on le connaît. Ce jeune homme au visage un peu efféminé, aux yeux bleus, au regard si doux et si profond, c'est Saint- Ju$t, que dès le temps de la Constituante une sympathie instinctive avait attiré vers Robespierre. Ici c'est David, le peintre immortel, que les arts s'applaudissaient d'avoir pour organe dans la Convention, disait alors Brissot (2), ne soupçonnant pas encore le tendre attacbe-

(1) Voyez le registre des délibérations de la section de la place Vendôme. Ardwes de la préfecture de police.

(2) Patriote françois, numéro 1175.

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