LIVRE IX. — PHYSIONOMIB DB l'aSSEMBLÉB
ment du grand artiste pour Robespierre, avec lequel, plus tard, il voudra boire la ciguë. Là ce sont deux enfants de l'Artois, Augustin-Bon, frère de Maximilien, et Philippe Le Bas, le gendre futur du menuisier Duplay, destinés à périr Tun et l'autre, victimes du dévouement le plus sublime, après s'être illustrés dans des missions glorieuses. Au centre eaSn siégeaient ime foule de députés sans convictions bien arrêtées, au caractère inconsistant, et subissant les impressions du moment, loasse incertaine et flottante qui, en se jetant tantôt à droite , tantôt ti : gaucbe, donnera la majorité à la Gironde ou à la Montagne. Ils traversa^Dt sains et saufs la Révolution, que la plupart d'entre eux trahiront ; aussi l'histoire inflexible leur a-t-elle conservé le nom avilissant de crapauds du marais^ dont les avaient déjà flétris leurs contemporains.
Un immense espoir s'empara de la France révolutionnaire au début de la Convention nationale. Quelle perspective magnifique s'ouvrait devant les législateurs chargés de doter le pays d'une constitution démocratique ! L'étranger à chasser du sol de la patrie ; les ennemis intérieurs i réduire, en les forçant d'accepter les bienfaits de la liberté et de réalité; le peuple à élever à la hauteur de ses destinées nouvelles; f instruction publique à répandre dans toutes les couches de la société; le prolétariat à proscrire par de sages lois économiques ; la République à fcoder enfin : quelletàche imposante et sublime ! Cela valait certainement la peine qu'on coupât court à des rivalités puériles, qu'on laissât de côté de pures querelles d'amour-propre. Ceux qu'on a appelés les MontasgDards, les plus farouches même, étaient arrivés avec des idées de paix, de concorde et d'apaisement, ne soupçonnant pas d'ailleurs quels trésors de haines et de colères s'étaient amassés dans le cœur de quel- (pes-uns de leurs collègues. Ils s'étaient même indistinctement répan- Âis d'abord dans les diverses parties de la salle (1), croyant tous les membres de la Convention animés des mêmes sentiments de fraternité a l'égard les uns des autres ; il fallut les violences de la Gironde pour les contraindre à se grouper, afin d'opposer à leurs adversaires exaspérés ooe osasse compacte et résolue. Comment, en eflet, quand les Prussiens et les Autrichiens bivouaquaient dans les plaines de la Cham-
0) Fragment de VHieMre tecrètê de la Révolution, par Camille Desmoalîns, p. 31.
442 HlSTOfRE DE ROBESPIERRE
pagne, quand les complots royalistes se multipliaient, quand le solj commençait à trembler dans la Vendée, comment imaginer qu'il aurait dans TAssemblée d'autre émulation que celle de législateu disputant h qui mériterait le mieux de la République? Or qui donc, lieu de faire à la patrie le sacrifice des animosités indiridtielles, dans la Convention les premiers brandons de discorde? Qm donc attisa le feu des colères implacables, érigea la calomnie en systèi donna le signal de violences inouïes et le funeste exemple de la main sur les représentants du peuple? Qui donc enfin ouvrit la vol fatale par où tant de grands citoyens allèrent plus tard à Téchafau Ce sont les Girondins ; il faut le dire, parce que cela est vrai. B seuls furent, dès le premier jour, dans la Convention, le» véritab fauteurs de désordre, les désorganisateurs. Mais il ne suffit pas de dire, nous allons le prouver.
Est-ce que par hasard Robespierre avait lancé contre eux quel nouveau trait? Est-ce qu'il répondait même aux agressions continuel dont il était l'objet de la part de leurs journaux? Nullement. Depuis pi de cinq semaines, depuis la publication de son dernier numéro Défenseur de la Constitnticm^ il n'avait pas écrit une ligne ; oa ne T tendait plus aux Jacobins, et pendant les premières séances de la C vention, il n'avait pas ouvert la bouche. Comme un lutteur fatigué^ ^ tenait à l'écart. Il était, on peut le dire, dans une période d*apais tout prêt à jeter un voile sur le passé, à tendre la main à ses e Quelle différence entre le ton de son nouveau journal, Lettres de Jfi mUien Robespierre à ses eommeêtans, et celui des feuâles girondi Tandis que ses adversaires travestissaient ses meilleures inteni dénaturaient toutes ses paroles, il prtehast la concorde. Le de l'intérieur ayant présenté à la Convention, dansl^séanee du 23 tembre, un con^e rendu général de son administration, il ne bala pas à lui rendre justice* « Son discours, » écrivait-il, c qui renferme général des idées saines, et qui exprime dessentimens patiioliqiies, terminé par une invitation pressante au peuple de Paris de les lois et les autorités constituées... (1). > Et cependant ce Roland été, dans les départements^ le grand distribateur des pamphlets et belles girondins dirigés contre lui. La plume de Maximâien n'é donc pas entièrement guàôée^ comme celle de ses aérersaîres, Tesprit de parti. Cette modération de sa part n était pas d'aillears avance ; car, dans le même numéro, il ne se gênait aucun enent critiquer vertement Vergniaud. Voici à queUe occisioii : ta Go»
(1) Leltn de Jf. Kobespierrt à «c» commettans, numvro 1, p. 31.