LIVRE IX. — MANOEUVRAS TENEBREUSES DE LA GIRONDE
m avait décrété que le peuple attrait la facnlté de choisir ses
en dehors de la classe des gens de loi. Les Girondins, avo-
pour la plupart, s'étaient montrés fort hostiles à cette décision,
Vergniaud était parvena à la rendre à pai près illusoire em
renvoyer ce décret, pour Fexécution, au comité de législation,
prétexte qu'il y avait à côté du principe quelque chose qui n'était
le prmdpe, ce que Robespierre traita avec assez de raison de
inatias (t) », appréciation dont s'offensa vivement l'orgueil de
iasd.
tacane concession du reste n'était capable de ramener des esprits par la haine la plus aveugle , résolus à ne partager avec perle soin de diriger la Révolution, et qui, forts de leur ascendant la Conventicm nationate, s'ima^iiaient pouvoir écraser facilement qu'ils considérasent comme des rivaux. Un exemple montrera h point ils étaient intolérants, combien lis étaient exclusifis. En comme aristocratique la dénomination de monsieur, ils lient d'accorder à toœ les Français le titre de cito^^en , le réseri leors amis senlei&ent. « Nous dirons arvec joie le citoyen Pétion, ^yen Condorcet; mais quel est le patriote qui pourroit dire : le a Jterat, le citoyen Maury (2)? » 11 fallait les appeler Harat, tout court Ce simple trait peint à merveille le caractère entier ûte des gens de te Gironde, hommes, dans la députation de Paris, les gênaient, les offus- : c'étaient Robespierre, Danton et Marat, mais le premier print; et -contre lui ils tournèrent toute leur grosse artillerie» nt, en> effet, arriver à dominer exclusivement la République 9^ serait debout cette réputation colossale, cette popularité imao^ise par tant de services rendus à la cause de la démocra- Seirienaent rabattre n'était pas chose facile* Sachant combien est de sa liberté un peuple récemment affranchi, ils imaginèrent Ekabespieroe d'aspirer au pouvoir snprème, et avec la plus le déloyauté ils affectèrent de le confondre avec Danton et Marat* note de <Mcta«ure, de triunarinit, furent adroitement répandus. À les hommes de la Gironde , y en avât-il on seul qui crût defei à cène accusatioa de dictature dirigée contre Bobespieireî h ccnmeâon du contraire, et nous veiToa» tGnil à rbeure^ un des les pins aeci^MItés du parti comidérer cette accusation comme nUe; Les Girondins avaient tout d'abord, on ne la pas oublié
(l| Voyez le Moniteur du 23 septembre 1792 et les Uttres de if. Robespierre à ses ^^^nt, numéro 3.
^^otriotefrançoiê, numéro 1140.
sans doute, transformé Robespierre en agent du fameux comité ai chien ; mais une telle calomnie étant tombée sous le mépris général,] se rejetèrent sur cette idée de dictature » et cette fois ils se certains du succès. Leur complot fut combiné longtemps d'avance, I rôles furent distribués avec art, et les acteurs se tinrent tout entrer en scène à la première occasion.
Dès le 22 septembre, Brissot avait ouvert le feu en attaquant dî tement Robespierre; le lendemain, continuant ses agressions, il ac sait certain parti de vouloir désorganiser la société, de flagori peuple (1). Le 2/i, Kersaint, appuyé par Vergniaud et Lanjuinais,! clama de la Convention une loi sévère contre les provocateurs d'f chie, et Buzot, jetant le masque, demanda qu'une garde départenu fût créée à Paris pour protéger T Assemblée, idée déjà émise la par le ministre de Tintérieur dans son compte rendu, c Croit-on rendre esclaves de certains députés de Paris? » Tout le discours Buzot se résumait dans ces paroles. Lui aussi maintenant soutens projet de loi réclamé par ses amis ; mais jadis, alors qu'il ms de concert avec Robespierre, n'avait-il pas, comme lui, combatiu giquement le projet de loi martiale proposé par Mirabeau? Prév( l'objection, il prit les devants, et comme un casuiste de la plus vaise école , il s'efforça d'établir une distinction capitale entre la « de ce Mirabeau » et celle que lui«méme appuyait aujourd'hui, f partenais à l'opposition alors, et aujourd'hui mes amis sont au voir, aurait-il dû dire pour être dans la vérité. La Conventioa s'en laissa pas moins entraîner; elle décréta qu'il serait nommé commissaires chargés de s'enquérir de la situation actuelle de la publique en général, et de celle de Paris en particulier; de présent un projet de loi contre les provocateurs au meurtre , comme si il n'existait pas assez de lois pour réprimer les excitations à l'assasfl nat, et de rendre compte des moyens de mettre à la disposition l'Assemblée une force publique prise dans les quatre-vingt-trois partements (2)
La veille au soir, Chabot, aux Jacobins , avait poussé le cri d'aï contre les menées de la faction girondine. Le Patriote français ^ main, il avait demandé ce que signifiait cette accusation, dressée ce journal contre une partie de la Convention, de vouloir désorg^ le pays. C'était là, à ses yeux, un système d'intrigue inventé pour populariser Danton et Robespierre. Brissot lui paraissait le plus
(1) Patriote françoiSf numéros 1139 ot 1140.
(2) Voj. le Monitewr du 26 septembre 1792.
UTRE IX. L*ALARNB SONNEE AU^ JACOBINS
[scélérats s'il n'expliquait pas son article ; et il avait proposé à la so- \f pour le cas où cet écrivain ne se rétracterait pas, de le rayer de des Jacobins. La société n'était cependant animée d'aucune disition hostile à Tégard de la Gironde ; car le même jour elle se donnait }]ipour président et Real pour vice^-président (4). Mais, le lende- »Fabre d'Églantine signala vivement les fâcheuses tendances du dis* proDonoé dans la journée à la Convention par Buzot. Pouvait-on [ioer,en efiet, quelque chose de plus funeste que cette déplorable reatioD que certains hommes s'efforçaient de semer dans les déparits contre la ville et les députés de Paris? Ceux-là étaient les vé- Mes agitateurs, disait Fabre avec raison (2). Et encore si quelque avait justifié les incroyables déclamations des Girondins et de feuilles contre la ville de Paris et ses représentants! mais jamais >itale n'avait été aussi tranquille, le journal de Brissot lui-même ûi à le reconnaître. Alors pourquoi tout ce tapage, ces récrimiétemelles, ces calomnies éhontées? Ah ! c'est qu*à tout prix il se débarrasser de collègues dont la surveillance incommode délit trop de calculs ambitieux. « La confiance dans la Convention laie augmente, » ajoutait le Patriote^ « depuis surtout qu'on esque le vrai patriotisme l'emportera (3). » Impossible de pousser loin l'impudence et l'hypocrisie. Comme en toutes choses sedé- M bien les espérances et les projets des Girondins ! Comme déjà ils a sûrs de la victoire I Enfin , le 25 septembre , ils tentèrent coup, et la Convention nationale fut le théâtre d'une sorte nuille rangée.
demande d'explications delà part de Merlin, au sujet des bruits 'tlictature et de triumvirat semés dans le public, fut le signal combat, a Qu'on m'indique ceux que j6 dois poignarder, » le député de Thionville (/i). C'était La Source qui, la veille,
^jitmrnal des dtbcUt et de la correspondance de la Société des Jacobins, Amis ds la tt iê VigaUté, Kuméro 270. (Nouveau titre de cette feuille depuis le numéro
flAûi., numéro 271.
RVoj.lePafrtolefrafiçoif, numéro 1143.
W Voy. le jrofitlevr du 26 septembre 1792.
446 HISTOIRE ]>E U(ffiE6PIEftRE
avait parlé à Merlin d*uu pouvoir dictatorial auquel, préftendait'-iU visaient certaine hommes. La Source s'élança à la tribune, et Bais nommer personne, vaguement, il accusa plusieurs 'de ses. coHè^ues é$ convoiter la domination et de chercher à y parvenir par ranarcbîe; accusation qui du reste passait par dessus la tête de Robespierre, ie<i quel, sous la Constituante, s'était si solcnnelientent écrié : a Je dédaa^ que j'abhorre toute espèce de gouvernement où les factteuK régnent.: Le député girondin ne manqua pas de déclamer contre Paris, dont dénonça le despotisme; il ne voulait pas, ajoutait-il, que cette devint dans la République ce qu'avait été Rome dans Tempire roi « 11 faut que Paris soit réduit à un quatre-vingt-troisième d'inl comme chacun des autres départements. » Paroles maladroites, inj tes, et malheureusement de nature à accrédiier une opinion déjà, à savoir que les députés de la Gironde avaient Tintention de atteinte à Tunité fondée par TAssemblée constituante, et d'établir système fédératif dans la République fraxiçaise.
Le discours de La Source amena Osselin à protester éiœrgi< contre ce système de calomnie tramé par des hommes pervers ou pides pour persieader à la Convention nationale que les représentants Paris conspiraient contre la liberté ; il invita chacun de ses coUè de la capitale à s'expliquer catégoriquement, et ae déciarxL, quanta partisan de la république la plus démocratique possible. A ce m< une voix s'écria : « Le parti qu'on vous a dénoncé, dont rinlenliuQ* d'établir la dictature, c'est le parti de Robespierre; voilà ce que la torièté publique nous a appris à Marseille (1). » Cette voix, c'< celle de Rebecqui. Ainsi, sur la notoriété publique de Marseille, v< un étourdi qui accuse Robespierre d'être le chef d'un parti dictatoi Le grand mot était lâché en pleine Convention. Devant cette déi cialion insidieuse, l'illustre calomnié pouvait-il demeurer muet certes, et il se disposait à répondre à l'instant; mais déjà Danton à la tribune.
L'impétueux athlète , en s'applaudissant de l'explication provoqi par la Gironde, protesta avec énergie contre cette accusation vague « indéterminée de triumvirat, de dictature, lancée à la tète de quel représentants du peuple. Que si cette pensée avait germé dans W de quelque imprudent, sa tète devait rouler sur l'échafaud; mais é! il juste d'inculper toute la députation de Paris? Repoussant bien celte imputation, quant à lui, il rappela ses services passés, et avec soin sa cause de celle de Marat, dont il attribua les exagérai
(l) Journal des Jt'bats et des décrets de la X^oiweniionj numéio 6, p. 70.