LIVRE IX. — IL EST ACCU&E PAR BEBECQUI, SA JUSTIFICATION
loogues vexations qull avait subies, à la vie souterraine qu*il avait coatraiût de mener. Lui-même proposa à la Convention de dééter la peioe de mort contre quiconque serait convaincu d'être pardelà dictature ; puis, devenant en quelque sorte accusateur à son , il parla des inquiétudes causées par le projet de certains memde i'A^emblée de diviser la France en fédérations partielles, et ida aussi la peine de mort contre quiconque chercherait à délire Tunité de la République. Buzot sentit le coup. « Qui est-ce qui dit au citoyen Danton qu'il existait ici un homme qui songeât à dé- 'e l'unité du gouvernement ? » s'écria-t-il. Le meilleur moyen de la wivegardcr, c'était, selon lui, cette garde formée par les quatre-vingtlis départements pour environner la Convention, et il conclut au ivoi de toutes les propositions k la commission des Six, nommée la !ilie{l).
La tribune libre, Robespierre y monta; personnellement inculpé, il ivait iiàte de réduire à néant une imputation téméraire. Quel autre, à place, n eiit été pressé du môme désir? Le début de sa longue imivisation fut d'une modération contrastant singulièrement avec la ileoce de l'attaque, a £n montant à cette tribune pour répondre à icusation portée contre moi, ce n'est point ma propre cause que je lis défendre, mais la cause publique. Quand je me justifierai, vous ne iz point que je m'occupe de moi-même, mais de la patrie. Citoyen, liavez eu le courage de m'accuser de vouloir être l'ennemi de mon lys, à la face des représentants du peuple, dans ce même lieu où j'ai ladu ses droits, je vous remercie ; je remercie dans cet acte le cile q^i caractérise la cité célèbre qui vous a député. Je vous remercar nous gagnerons tous à cette accusation. Après la véhémence rec laquelle on s'est élevé contre un certain parti, on a désiré savoir lel en était le chef; un citoyen s'est présenté pour le désigner, et t'e&tmoi qu'il a nommé. »
Comment répondre à la plus chimérique, à la plus extravagante des
fl) VoT, ponr le discours de Danton et la réponso de Buzot, outre le Moniteur (naméro 2ft> septembre 1792), le Journal des débata et des décrets de la Convention (numéro (5), oublier d'ailleurs que ces deux feuilles étaicut, Tune et l'autre, rédigées dans un eiJtièrement faTorahle à la Gironde, mk, sur des propos tonus à la table de Roland, propos auxquels les perpétuelles dé» mtious des amis de lîrissot contre Paris donnaient plus de poids, on accusait les on.îLns dcvouloirraorcclcr la République. « Cette accusation, » dit M. Michelet (t. IV, 342;, « prit beaucoup do poids lorsqu'elle fut reproduite par Bobes|iierre au sein k CoDTentio&. « Toi^onrs iidèlo h sou déplorable système de partialité, M. Micheomet de dire que ce fut Danton qui fomiula bien plus nettement cette accusation. Or combien plus elle avait d'importance dans sa bouche, puisque, an moment où il Ittloit, il mnpliauut encore les fonctions de ministre de la justioe !
inculpations, se demandait-il ensuite, sinon par la peinture de ses actions passées? Était-ce lui qu*on pouvait accabler du poids d'une accusation de tyrannie, lui qui, durant trois ans, avait lutté contre le despotisme, combattu la cour, dédaigné les présents et méprisé les ca* resses de toutes les factions? Interrompu ici par quelques voix, aumi-i lieu desquelles se distinguait celle de Rebecqui,il reprit en ces termes :i « Citoyen, pensez-vous que celui qui est accusé d'être trahfe envers! son pays n'ait pas le droit d'opposer à cette inculpation vague sa vie' tout entière ? Si vous le pensez, je ne suis point ici dans le sanctuaire^ des représentants de la nation. Je vêus ai rendu un témoignage qdi partait de mon cœur, et vous m'interrompez quand je me justifie ! k\ ne reconnais point là un citoyen de Marseille ni un représentant da| peuple français. C'est quelque chose peut-être que d'avoir donné pen-l dant trois ans une preuve irrécusable de mon patriotisme, d'avoir re**' nonce aux suggestions de la vanité, de Tambition. » Robespierre rappeh' alors ses luttes de chaque jour contre les ennemis de la Révolution, sesj efforts pour le triomphe de la cause de Tégalité, de la liberté et deli| justice, à laquelle il avait « attaché toutes ses affections. » La per-| sécution dont il était victime, il la faisait remonter surtout à l'époqos où, en compagnie du citoyen qui présidait à cette heure la Convention nationale, il avait été triomphalement reconduit par le peuple de ParîSi « touchant et doux témoignage, » dit-il, c dont le souvenir me dédom* mage de tant d'amertumes! d Et cependant, poursuivait-il, si un dtoyen devait être peu suspect d'aspirer à la dictature, n'était-ce pa» celui qui, dans l'Assemblée constituante, s'était fait fermer le chemib des honneurs et de la puissance, qui avait fait décréter qu'aucun légis^l lateur ne pourrait être appelé au ministère ni accepter aucune plaoej ou pension pendant quatre années à partir de l'expiration de soal mandat ?
Ici de nouvelles interruptions l'arrêtèrent : l'un lui demandait une I explication franche en quatre mots; l'autre l'adjurait de dire simple- 1 ment s'il avait aspiré à la dictature. Et les applaudissements d'un cer-j tain côté d'accueillir ces interruptions peu convenables, car Robespierre i était dans la situation d'un accusé! Lui, sans se laisser décourager,; protestait de son intention de ne pas importuner souvent TAssemblée; i mais, disait-il à ses collègues : a Écoutez-moi du moins aujourd'hiBi \ votre caractère et votre justice vous l'ordonnent. » Les murmures et l'agitation ayant continué, il rappela la Convention nationale à saprc^re ! dignité. Il ne suffisait pas d'entendre un accusé, il fallait l'entendre sans l'interrompre et sans l'outrager. Au reste, il ne se regardait pas, quant à lui, coDune sérieusement inculpé, car cette prétendue dénondation
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Ami il était Tobjet n'était, à ses yeux, que le résultat grossier de la plus Uche de toutes les intrigues. Interrompu ici encore, il trouva cette fois an appui inespéré dans un membre même de la Gironde : Ducos ne put s'empêcher de réclamer contre l'intolérance de ses amis. « Il importe infimment, > dit-il, < que Robespierre soit parfaitement libre dans la manière dont il expose sa justification. Je demande pour son intérêt, pour le nôtre surtout, qu'il soit entendu sans interruption. »
Les écrivains hostiles à Robespierre n'ont pas manqué, comme ses interrupteurs, de lui reprocher d'avoir répondu à l'inculpation de Re- 'iiecqui par la longue énumération de ses services. C'est là en vérité an reproche bien singulier. Rebecqui n'était dans cette circonstance .fi'un pur instrument; derrière lui se tenaient les Brissot, les Guadet, les cheis du parti, prêts à donner eux-mêmes si la Convention consentit à prendre au sérieux l'accusation tombée de la bouche d*une sorte k comparse. Robespierre savait parfaitement cela. S'il se fût constaté de répondre par une dénégation méprisante, tous les journaux de Ja Gironde n'eussent pas manqué d'écrire qu'une négation n'était pas ne preuve. Sa seule justification possible, je le naintiens, c'était jfopposer sa vie entière à la calomnie. C'était son devoir et son droit. Jlais ce qu'on trouve tout naturel chez d'autres, on le blâme, on le condamne en lui. Pour mieux faire sentir la vérité de ce que j'avance, jlnvoquerai un exemple tout récent. A Texpiration de Tavant-dernière législature, qu'ont fait les députés de l'opposition envoyés au Corps Mgislatif par le département de la Seine ? Ils ont, dans un très-long eiposé, retracé tous les actes de leur vie politique pendant la session écoulée , énuméré les services rendus par eux à la cause de la liberté. Dans quel but? était-ce pour se défendre contre une imputation inique? Mollement; il s'agissait uniquement pour eux de solliciter de leurs électeurs un nouveau mandat. C'était un acte parfaitement légitime, et personne, je crois, li'a songé à les en blâmer. Comment donc a-t-on pu troaver mauvais dans Robespierre la chose la plus simple et la plus juste dn monde? Le consul romain, accusé d'actes illégaux, se contentait de lépondre : c Je jure que j'ai sauvé la patrie. » Mais lui, Maximilien, tenait à se justifier jusqu'à l'évidence, à montrer toute la noirceur de la conduite de ses ennemis. Combien vraies ces paroles : € La meilleure réponse à de vagues accusations est de prouver qu'on a toujours fait des actes contraires. Loin d'être ambitieux, j'ai toujours combattu les amiHticux. Ah ! si j'avais été homme à m'attacher à l'un de ces partis qui plus d'une fois tentèrent de me séduire, si j'avais transigé avec ma conscience, avec la cause du peuple, je serais à l'abri de toutes persécutioDs, j'aurais évité la haine de ces hommes redoutables par leur in- T. n w
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fluence, j*aarais eu Tavantage d*allier arec la réputation de patriote toutes les douceurs, toutes les récompenses du patriotisme qai sait se prêter à des actes de complaisance ; et depuis m an que je cooibats contre quelques personnes, dont cependant je ne suspecterai point le patriotisme, on m*a présenté souvent le gage de la paix, j'en ai même accepté le baiser, mais J'ai gardé mon opinion qu'on voulait m*arracher.f Allusion à une scène qui s'était passée aux Jacobins, entre lui etBrissot, lors de leurs débats sur ia guerre, et qu'on n'a sans doute pas ouUiée. A Paris, où il avait soutenu tant de luttes, on n'avait pu, afODSr nous dit, égarer l'opinion sur son compte; maés il n'en était pas de même dans les départements où la vérité avait été odieusement défigurée par les papiers publics dont disposaient ses adversaires. Après avoir conjuré ses collègues, au nom des sentiments de fraternité qui devaient les animer, de dépouiller des préventions sinistres et de Vécaaterajec impartialité, il esquissa à grands traits le taUeaa des calononies dont il avait été l'objet; et la calomnie, disait-il avec raison, est la plus redoutable des persécutions. Montrant ensuite le vide des imputations dirigées contre lui, il reprit «ne assertion tombée tout à l'heure de la bouche de Danton, et comme lui, se fit en quelque sorte accusateur à son tour. Lui aussi, il avait soupçonné qu'on voulait diviser la France en amas de répnbfiques fédératives. Je ne sais, ajoutait-41, si ces indices sont fondés ; mais ils étaient nés de Taffectation même de ses adversaires à décrier les plus purs patriotes, à prétendre mensongèremenl que la loi agraire avait été préchée dans le sein de la commune de Paris, et à déclamer sans cesse contre la capitale. Avait-il jamais, quant à lui, confire contre la liberté de son pays? « Abl > s'écria- t-il, « est-ce accuser un citoyen que de lui dire : Vous aspirez à la dictature? Quels sont vos faits, où sont vos preuves? Ah ! vous n'avez rien dit, mais vous avez eu assez de confiance pour croire que ce mot lancé contre moi pourrait me rendre l'objet d'une persécution. Vous ne savez donc pas quelle est la force de la vérité, quel est l'ascaidant de l'Innocence, quand elles sont défendues avec mi courage invincible? Vous m'avez accusé, mais je ne vous en tiens pas quittes; vous signerez votre accusation, vous la motiverez; cette grande cause sera jugée aux yeux de la nation entière. Il faut savoir st nous sommes des traîtres, si nous avons des desseins contraires à la liberté, contraires aux droits du peuple, que nous n'avons jamais flatté; car on ne flatte pas le peuple, on flatte bien les tyrans, mais la collection de vingt-cinq hûI* lions d^hommes, on ne la flatte pas plus que ia Divinité (1). »
(1) Ces dernières paroles ne se tranvent reproduites qne dans la Tènion an Mt^