LITRE IX. — BARBAROUX ET LA GIRONDE; IL REPREND L ACCUSATION 4BA
Quoique réponse a faire à ces misérables inculpations, disait^il en termiitantf était de décréter tout de suite les deux propositions de Danton : la peine de mort contre quiconque prétendrait à la dictature, et l'unité et l'indivisibilité de la République, au lieu de les renvoyer à des commissions comme l'avait demandé Buzot. L'union la plus forte entre toutes les parties du pays pouvait seule, selon lui, permettre à la France de se défendre contre ses ennemis avec autant d'énergie que de succès. Cest pourquoi il fallait sanctionner sans délai cette union par un décret, afin de parcourir ensuite d'un pas rapide la glorieuse carrière où le peuple avait appelé ses représentants. L'effet de ce <iiscours fut très^grand, tant les accents de la vérité ont de puissance! et les applaudissements qui accueillirent Robespierre, quand il eut terminé, lui prouvèrent qu'U n'avait pas parlé en vain (1).
A peine était-il descendu de la tribune que Barbaroux y montait, tenant un papier à la main. C'était un discours écrit, preuve bien manifeste que cette double attaque contre Maximilien était le résultat d'un plan préconçu, d'un véritable complot.
Le jeune député de Marseille avait été jadis le fervent admirateur de rhoiQme à la face duquel il venait aujourd'hui, sur les plus ridicules indices, jeter l'accusation la plus grave; il avait même été fanatique de Marat; comment donc aujourd'hui servait-il si complaisamment les rancunes d'un parti qui, avant le succès, ne s'était guère montré partisan de cette insurrection du 10 août dont lui, Barbaroux, reposait volontiers comme un des héros? Quoïl sur une simple lettre adressée à la société de Marseille, il se serait figuré Robespierre roulant dans sa tète des projets de dictature ! Quoi ! il aurait tout à coup
Inir. Consultez au surplus, pour cette éloquente improvisation de Robespierre, le Mont' ttuT du 26 septembre 1792; le Journal de* débats et décrite dt la Convention, uaméro 6, et les Lettres de if. Robespierre à ses commettans, numéro 1.
Lo Patriou françois, en désespoir de caase, voit, comme ses féaux Rebecqui et Barbaroux, l'existence du projet de dictature < démonstrativement prouvée par la conduite de quelques membres de la commaue de Paris, tons attachés au parti Robespierre. » (Numéro 1169.)
{\) Journal des débats et des décrets de la Convention^ naméro 6. Si M. Micbelet ne >'en était pas tenu à la seule version du Moniteur^ il n'aurait pas avancé un peu légèrement que tout le discours de Robespierre avait été mal reçu (t. lY, p. 346).
ajouté foi aux calomnies des feuilles girondines, calomnies qu'il avait dédaignées pendant six mois ! Non, il faut chercher ailleurs le secret de la conversion du jeune et beau Marseillais. Barbaroux ne se vendit point, je ne le crois pas du moins (1), seulement il ne sut résister ni aux avances ni aux caresses du pouvoir.
Dès le lendemain de la chute de la royauté, Roland lui avait offert une place de secrétaire principal dans ses bureaux (2). C'était une position fort avantageuse, paraît-il, mais Barbaroux visait plus haut: il ambitionnait d'être représentant du peuple; il courut donc à Marseille où, en effet, il fut nommé député à la Convention. A son retour, on lui fit plus de fête encore, car il jouissait alors d'une influence plus considérable. Le prestige du pouvoir, les séductions de la puissance, les sourires de madame Roland, achevèrent de le jeter tout à fait dans les bras de la Gironde. Que pouvaient offrir en compensation le rigorisme de TAmi du peuple et l'austérité de Robespierre à cette nature un peu trop sensible peut-être à l'amour du plaisir (3)?
€ Barbaroux de Marseille, » dit-il, « se présente pour signer la dénonciation faite par le citoyen Rebecqui contre Robespierre. * A ce début emphatique, on s'attendait à des révélations accablantes. Déjà les ennemis de Maximilien souriaient d'aise; mais quel ne fut pas leur désenchantement quand on connut la puérilité des moyens de son accusateur 1 Nous avons déjà rapporté cette étrange dénonciation de Barbaroux. Un jour Panis, prétendait- il, avait désigné Robespierre comme Thomme vertueux qui devait être le dictateur de la France. Et c'était tout. Puis après avoir répété les éternelles déclamations de ses amis contre la commune, et engagé la Convention à s'entourer d'une garde départementale, il annonça l'arrivée de huit cents Marseillais choisis parmi des hommes indépendants de tous besoins, «k parmi des fils de famille ». Comme cela était habile et devait plaire aux patriotes qui, en détruisant la monarchie, avaient cru affirmer le règne de la liberté et de l'égalité 1
De même que la claque au théâtre redouble d'efforts pour assurer le succès d'une mauvaise pièce, de même les Girondins accueillirent par
(1) Le numéro 177 du Journal de Marseille, cité par Camille Desmoulius xlans son Fragv\ent de l'histoire secrète de la Bévolution^ p. 65, énonce contre Barbaroux un ftit très-grave. Pour expliquer les dépenses considérables auxquelles il se livrait depuis Vouverturo do la Convention, Barbaroux aurait dit aux Marseillais étonnés qu'il avait hérité de 80,000 livres, tandis qu'il était de notoriété publique qu'il n'avait jamais eu dans les deux mondes de parents possesseurs d'une telle fortune.
(2) Mémoires de Barbaroux, p. 79.
(3) Yoy. ce qu'a écrit à cet égard madame Roland elle-même dans ses Mémoifts (t. U, p. 159, éd. Barrière et BerviUe).