LIVRE IX. VIOLENT DEMENTI DE PANIS
des applaudissements extraordinaires le discours de Barbaroux, et en demandèrent l'impression. C'est Robespierre lui-même qui le constate (1). Cependant, comme assailli d'un remords, Barbaroux, avant de terminer, avait prononcé ces paroles : c Quant à l'accusation que j'ai faite en commençant, je déclare que j'aimais Robespierre, que je l'estimais ; qu'il reconnaisse sa faute, et je renonce à poursuivre mon accusation. » 0 dérision ! Il aimait Robespierre, il l'estimait ; et il avait cessé tout à coup de l'aimer et de l'estimer, uniquement parce que Panis le lui aurait présenté a comme l'homme vertueux qui devait être le dictateur de la France. » En admettant même que ces paroles eussent été prononcées, en quoi Robespierre pouvait-il en être responsable? et de quelle faute avait-il à se disculper ?
Mais était-il vrai que Panis, homme grave, eût tenu un pareil langage à un jeune homme étourdi et léger quMl n'avait rencontré que deux fois? Nous avons dit déjà l'éclatant démenti opposé par lui à Barbaroux. Ne sachant ce qu'il devait admirer le plus c de la lâcheté, . OQ de l'invraisemblance, ou de la fausseté de sa délation, > il lui demanda où étaient ses preuves, ses témoins ? « Moi, » s'écria Rebecqui, en se frappant la poitrine des deux mains (2). — Il est assez étrange, répondit Panis, comme dans la même affaire vous vous servez tour à tour de témoin l'un à l'autre. — Or, il paraît à peu près certain qu'à l'époque où Barbaroux aurait reçu la confidence de Panis, Rebecqui n'était même pas à Paris. C'est d'ailleurs ce qui résulte catégoriquement de la forme de sa dénonciation : « Le parti dont l'inten-
tion est d'établir la dictature, c'est le parti de Robespierre ; voila ce
QUE LA NOTORIÉTÉ PUBLIQUE HOUS A APPRIS A MARSEILLE (3). » C'OSt pOUT-
quoi Camille Desmoulins appelait, non san^ quelque raison, Barbaroux et Rebecqui deux faux témoins subornés par Roland (4). Barbaroux, nous l'avons dit, ne trouva pas un mot à répliquer au démenti si net, si formel et si démonstratif de Panis (5); il se tint coi dans son coin, buvant sa honte. Robespierre ne daigna même pas lui répondre, il se contenta d'écrire de lui: « J'aime assez Barbaroux; il ment avec
(1) Lettres de M, Robespierre à ses commettans, numéro 1, p. 42.
(2) Ibid., p. 47.
(3) Voy. le Journal des débats et des décrets de la CofwetUion, nnméro 6, p. 78. — Marat, le doigtant da fait, écrivit dans son journal: <c Une chose à éclaircir, c'est de savoir fi Rebecqui, qui se donne en témoignage contre Panis, était même à Paris à cette époque. » Journal de la République françoisSf numéro 4. i
(4) Fragment de l'histoire secrète de la Révolution, p. 59.
(5) Ce qui n'empêche pas le Patriote françois d^écrire, après avoir rendu compte de Ift séance avec sa mauvaise foi ordinaire : « Panis se défend assez mal sur le fait ^ncéparles députés de Marseille. » (Nnméro 1143.)
4t»4 HISTOIRE DE ROBESPIERRE
une noble fierté (1). > Quant aux Girondins, n'osant, ce jour-4è, soutenir plus longtemps une imposture dont ils étaient complices, ils profitèrent de roccasion que leur fournit Marat de détourner la question, et tournèrent toutes leurs fureurs contre l'Ami du peuple.
Non, jamais on ne poussa l'intolérance aussi loin que ces Girondins. Du moment où Ton n'était pas avec eux, où Ton n'entrait point dans leurs vues étroites, où l'on n'épousait ni leurs querelles ni leurs ressentiments, où l'on ne s'inclinait pas devant la toute-puissance qu'ils exerçaient alors, on était un mauvais citoyen, un partisan de la dictature. Chacun sait quelle éclatante leçon de modération et de dignité ils reçurent de Marat dans cette mémorable séance du 25 septembre 1792. Revendiquant comme sienne cette idée de dictature, — le meilleur moyen, selon lui, d'écraser les traîtres et les conspirateurs, — il monta à la tribune et dit en propres termes, au sujet de la députation de Paris : € Je dois à la justice de déclarer que mes collègues, nommément Robes^ ■pierre, Danton, ainsi que tous les autres, ont constamment repoussé ridée du dîctatoriat que j'ai publiée dans mes écrits; que j'ai même eu à ce sujet à rompre plusieurs lances avec eux (2). » Nous verrons tout à l'heure ce que pensait Robespierre de la dictature au mconent où il était si bêtement accusé d'y aspirer.
Après Marat parut Vergniaud. De tous les hommes marquants de la Gironde , Vergniaud est le seul sur lequd madame Roland ait exprimé une opinion un peu désavantageuse. € Je n'aime point Vergniaud, r> a-t-elle écrit, « je lui trouve l'égoïsme de la philosophie.... Onel dommage qu'un talent tel que le sien n'ait pas été employé avec Tardeur d'une âme dévorée de l'amour du bien public (3) ! » La plupart des historiens se sont bien gardés d'imiter madame Roland, si inàilgente d'ordinaire pour ses amis, et, par une sorte de commun accord, ils ont porté aux nues l'éloquent amant de mademoiselle Candeille. Et cependant quel sincère partisan de la Révolution ne dot être véritablement centriste en l'entendant se plaindre a du malheur d'être obligé de remplacer k la tribune un homme chargé de décrets de prise de corps qu'il n'a point purgés »I Des murmures improbateurs accueillirent cet étrange début, et les amis de l'orateur se turent, par pudeur sans doute. Quoi! ces longues persécutions prodiguées par la mooarciiie déchue au soupçonneux Ami du peuple, et quif hélas ! avaient tant a»-
(L) Lettres de M. Robespierre à ses commettans^ numéro 10, p. 455.
(2) Voyez le Moniteur du 27 septembre 1792; le Journal des débaU et décrtU et ^ Ccnventionj numéro 8 ; les Lettres de M, Bobespierre à ses commsitans^ numéro 2, p. 83, et le Journal de la République françoise, numéro 5.
(3) Mémoires de madame Roland (édit. Barrière et Berville), t. II, p. 156.