‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 195 sur 314 · UVRB IX. — PREMIERS LETTRE A SES COMMETTANTS · texte numérisé non relu

UVRB IX. — PREMIERS LETTRE A SES COMMETTANTS

d'éternelles flagorneries pour les idoles qu*on voulait accréditer et des calomnies intarissables contre tous les patriotes que Ton haïssait ou que Ton redoutait, il offrait son journal à ses concitoyens comme le contre* poison de tant d'impostures périodiques. Nous avons dit déjà quelle énorme différence existe, pour la modération, la dignité, Timpartialité du compte rendu des opérations de la Convention nationale^ entre son journal et les feuilles girondines, lesquelles sont toutes autant de pam« phlets quotidiens ; c'est chose d'ailleurs dont le lecteur pourra aisément se convaincre par lui-même.

Son premier article roula tout entier sur les principes qui devaient inspirer la Convention dans l'examen du pacte social dont la sanction serait soumise au peuple, c La royauté est anéantie, » disait Robespierre; < la noblesse et le clergé ont disparu, et le règne de l'égalité commence. Ces grandes conquêtes sont le prix de votre courage et de vos sacrifices, l'ouvrage des vertus et des vices, des lumières et de llgQorance de vos premiers représentans , le résultat des crimes et de Fimpéritie de vos tyrans. Les rois de l'Europe tournent contre vous leurs armes sacrilèges , maïs ce n'est que pour vous préparer de nouveaux triomphes. Déjà ils expient cet attentat par de honteux revers, et si vos chefs savent tirer parti de votre puissance et de votre enthousiasme, il est impossible à l'imagination même de mesurer l'étendue delà glorieuse carrière que le génie de l'humanité ouvre devant vous. Protégés par la force de vos armes, environnés de vos vœux et de votre confiance, vos nouveaux représentans peuvent vous donner, à loisir, le plos heureux de tous les gouvernemens; et cet ouvrage ne peut être ni long ni difficile. » Il ne prévoyait pas les orages et les tempêtes que les menées de la Gironde, jointes aux intrigues de tous les ennemis de la Révolution, étaient destinées à susciter au sein de la Convention.

Que restait-il à faire aux nouveaux architectes ? Perfectionner, < d'après des principes reconnus », l'œuvre de leurs devanciers. On voit déjà par là combien sont dans l'erreur ceux qui, hypocritement du reste la plupart du temps, établissent une si grande différence entre les principes de 4789 et les principes de 1793. La première Assemblée, dans sa constitution, s'était, sur trop de points, écartée des principes proclamés dans sa Déclaration des droits; il fallait y revenir; c'était là Tessentiel. Quant aux mots de république ou de monarôhie, c'était une question secondaire. Aux yeux de Robespierre, le nom de république ne suffisait pas à affermir l'empire de cette liberté, « non moins difficile i conserver qu'à conquérir ». — « Qui de nous, » ajoutait-il, « voudroit descendre de la hauteur des principes éternels que nous avons proclamés, au gouvernement de la république de Berne, par exemple,

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de celle de Venise oa de Holtende?... Ce n'esl point asses d'avoir renversé le trône, oe qui nous importe, c'est d*élever sur ses débris ta sainte Égalité et les drcHls imprescriptible de l'homme. Ce n'est poiot on vain mot qui constitue one répobli<pie, c'est le caractère des citoyens. L'âme de la république, c'est la yertu, c'est-à-dire ramour de la patrie, le dérouement magnanime qui confond tous les intérte privés dans l'intérêt général. Les ennemis de la république, ce sont les lâches égoïstes, ce sont les hommes ambitieux et corrompus. »

Sans faire directement allusion aux atta<]ues insensées dont il était l'objet, sans' nommer aucun de ses adversaires, il dépeignait de la façon la plus saisissante les divisions nées au sein du parti révolutionnaire ; puis il établissait parfaitement la distinction capitale existant entre les patriotes qui, semblables à ces Constitutionnels qu'on avait vus ne songer qu'à élever leur fortune sur les ruines de la noblesse et de la royauté abattue, voulaient aujourd'hui constituer la République pour eux-mêmes, et les patriotes de bonne foi qui cherchaient avant tout dans la Révolution la liberté de leur pays et le bonheur de l'hamanité. « Les intrigants, » ajoutait-il, € déclareront à ceux-ci une guerre plus cruelle que la cour et l'aristocratie ellesHnâmes. Us chercheront à les perdre par les mêmes manœuvres et les mêmes calomnies, d'autant plus redoutables qu'ils voudront s'emparer de toutes les p]9ices et de toute l'autorité du gouvernement. » Paroles trop vraies! que les lecteurs impartiaux ne pouvaient manquer d'ap{^qqer aux honmies passionnés de la Gironde.

Quel était maintenant, à ses yeux, Tidéal du véritable gouvernement républicain? c'était de maintenir parmi les hommes les droits naturels et imprescriptibles, fa liberté et l'égalité. Et comment atteindre ce bat! c En protégeant le faible contre le fort, v Or, comme le gouvememeut, établi pour assurer la liberté et le bonheur public, était en général investi d'une grande force, et pouvait, en en abusant, devenir le plus terrible de tous les instruments d'oppression, il fallait, par de bonnes lois constitutives, défendre la lib^é contre les usurpations possiUes du gouvernement. Et telle était l'invincible horreur de Robespierre poiff le despotisme, que lui, qui cependant ne comprenait pas la liberté sans l'ordre, ne craignait pas d'écrire : « La maladie mortelle du corps politique, ce n'est point l'anarchie, mais la tyrannie. » Le problème à résoudre était de donner au gouvernement l'énergie nécessaire pour soumettre tous les individus à l'empire de la volonté générale, et l'empèdier d'en abuser. « Cette solution, » disût avec raison Robespierre, « seroîtpeatêtre le chef-d'œuvre de la raison humaine. > Traçant ^suite, ea s'in^irant < du plus éloquent de nos philosophes », le p(tttrait du v^it^ielé-

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