LIVRE IX. — mfinfcllB LETTRE A SES COMMETTANTS
l^atem*, il exigeait de lui, entre autres qualités, Thorreur de la tyrannie etramour de Thumanité. Il le voulait inexorable pour le crime armé du pouvoir , indulgent pour Terreur, compatissant pour la misère, tendre et respectueux pour le peuple, et foulant aux pieds la vanité, Tenvie, l'ambition et toutes les faiblesses des petites âmes. Que n'avait-on pas à iaire afin de corriger la mauvaise éducation reçue sous le despotisme, où, depuis le premier jusqu'au dernier degré de l'échelle sociale, le partage de chacun était de mépriser et d'être méprisé, de dominer et de ramper tour à tour! Dans les moments de crise de la Révolution, on parlait bien avec respect de la portion indigente et laborieuse de la société ; mais, aussitôt le calme reparu, comme on la dédaignait, comme on se défiait d'elle! comme avec art on flétrissait ses défenseurs des ooms magiques de factieux et de brigands ! Ah ! — il le sentait bien, — l'austère vérité/ l'énergie républicaine effarouchaient encore notre pusillanimité.
A la Convention nationale était réservée la gloire de reconstruire le temple de la liberté. Tout disposé à croire à la pureté de la majorité de ses membres, il engageait ses collègues à se prémunir contre les séductions de l'intrigue et de la calomnie, en se ralliant constamment aux principes. Il leur conseillait surtout, et c'était la conclusion de son artide, de veiller attentivement à ce que les droits des citoyens et la souveraineté du peuple fussent garantis contre le gouvernement qu'ils allaient établir, se proposant d'ailleurs de présenter, dans une autre lettre, ses idées sur les moyens de concilier avec la force nécessaire au gouvernement pour soumettre les citoyens au joug de la loi^ la force nécessaire au peuple pour conserver la liberté (1). On voit quelles appréhensions lui causait toute pensée de dictature, et avec quel SMo, par quelles précautions il s'attachait à préserver son pays de ce fléau.
(1) Voyez cet exposé des principes de Bobespierre dans les Lettres de Jf . Robespierre à ses comtnsttans, numéro 1. Ce numéro contient en outre un tableau des opérations de la Conrention nationale depuis TouTerture de sa session jusqu'à la séance du 25 leptembre. — Comment ne pas s'affliger de la légèreté avec laquelle écrit en général M. Miohelct, quand on lit dans son histoire (t. IV, p. 365) que, selon Robespierre, le grand objet des lois constitutives était de lutter contre le gouTemement ! La lecture des trois dernières lignes de l'article de Robespierre suffit pour démontrer à quel point s'est trompé M. Micbelet.
460 BISTOIRB DE ROBESPIERRE
Les déclamations continuelles de la Gironde contre la députation de Paris ne pouvaient manquer d'exciter, au club des Jacobins, une émotion singulière et de formidables récriminations. Dans la séance du dimanche 7 octobre, Robespierre jeune monta à la tribune pour inviter la société à s'occuper de la guerre intérieure qui venait de s'allumer au sein de la Convention, et à éclairer les quatre-vingttrois départements trompés par les mille voix de la calomnie.
On sait déjà quel attachement unissait Robespierre jeune à son frère, et l'on n'a pas oublié sans doute les lettres pleines de tendresse indignée et d'inquiétude qu'il lui écrivait d'Arras lors de ses démêlés avec Beaumetz, du temps de la Constituante.
Plus jeune que son frère de quatre années, Augustin-Bon- Joseph avait été élevé comme lui au collège de Louis-le-Grand, où il avait eu la survivance de sa bourse (1). Il y avait fait de bonnes études, mais moins brillantes que celles de Maximilien. Il était grand, bien fait, d'une figure pleine de noblesse et de beauté, nous dit sa sœur (2). D'un caractère ardent, intrépide, -chevaleresque, il eût fait un excellent militaire, et nous le verrons plus tard; payant de sa personne dans les plus terribles mêlées, entraîner, par son exemple, les bataillons de la République à la victoire. Mais comment songer à embrasser la profession des armes à une époque où les grades appartenaient presque exclusivement aux privilégiés de la naissance? Il se décida donc à suivre, comme son frère, la carrière du barreau. Son cœur, nous dit encore sa sœur, était taillé sur celui de Maximilien (3). Toute injustice le révoltait; il était d'une grande bonté; dans sa famille et parmi ses amis, on le désignait généralement sous le nom de Bon bon. D'avance il avait en lui, coomie son aîné, les principes de la Révolution ; et, dès le premier jour, il se fit le soldat dévoué de cette noble cause. Jamais frères ne furent plus étroitement unis de sentiments ; et c'est chose rare, à coup sûr, qu'une telle communauté de pensées et d'opinions. Augustin avait d'ailleurs pour Maximilien un véritable culte. Rien de touchant comme les craintes continuelles que lui inspire l'acharnement des ennemis de
(1) Il était né à Arras le 21 janvier 1763.
(2) Mémoiret de Charlotte Robespierre^ p. 68.
(3) Ibid., p. 66 et 67.