‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 197 sur 314 · LIVRE IX. — AUGUSTIN-BON ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — AUGUSTIN-BON ROBESPIERRE

œ frère bien-aimé, et ron chercherait en vain un plus sublime exemple de dévouement que celui par lequel Augustin Robespierre a terminé sa courte vie. Président de la société des Amis de la Constitution d*Arras lors de la plantation de l'arbre de la liberté dans cette Tille, le 29 avril 1792, il disait : « Gardons-nous d'élaguer cet arbre ônmortel; souvenons-nous qu'il ne natt point de branches parasites, qœ tout est fruit sur l'arbre de la liberté. N'oublions pas, ô mes concitoyens, que sa conservation ou sa chute dépend de nous. Obéissons aux lois, pratiquons les vertus d'un peuple libre; que le désintéressement remplace la cupidité, que les honneurs ne soient plus le partage delà richesse, mais qu'ils deviennent la juste récompense de la probité et des talents... Que toutes nos démarches n'aient qu'un seul but, les progrès de la Révolution; que notre union invincible ne laisse point altérer les droits de Thomme et du citoyen; qu'elle maintienne la tranquillité et la paix, seuls garants de la liberté. N'entendons point cependant la paix et la tranquillité des esclaves, ce calme affreux qui précède les fléaux les plus terribles (1)... > N'était-ce pas bien là l'écho fidèle des pensées de son frère? Dès le mois de mars 1791, ses concitoyens l'avaient nommé administrateur du département du Pas-de-Calais, et, après la journée du 10 août, il avait été appelé aux fonctions de procureur syndic. Il venait d'être installé en cette qualité quand les électeurs de Paris le choisirent pour député à la Convention. Le 25 septembre seulement il fit ses adieux au département, et quitta sa ville natale qu'il ne devait plus revoir non plus. Il était accompagné de sa sœur Charlotte. Accueillis l'un et Tautre comme de véritables parents par la famille Duplay, ils s'installèrent dans un appartement situé au premier étage du corps de bâtiment donnant sur la rue Saint- Honoré (2).

Augustin n'assista donc pas à l'ouverture de la Convention, et ne fut pas témoin des premières attaques dirigées par les Girondins contre son frère. Son cœur fut douloureusement affecté quand il connut l'espèce de persécution dont Maximilien était l'objet; c'est pourquoi il crut devoir inviter les Jacobins à intervenir dans la querelle si maladroitement et

(1) Disconrs d*Auf^stin-Bon- Joseph Kobospîerre, président de la société des Amis ^ la Constitution d'Arras, prononcé le 29 avril 1792, Tan IV de la liberté, le jour da la plantation de l'arbre. (Manuscrit communiqué par M. BiUette, d^Arras.)

(2) Ceci corroboré par les Mémoires de Charlotte Bobespierre (p. 86). c Lorsque j'arntai d'Arras, en 1792, je descendis chez la famille Duplay. > M. Michelet est tout à fait dans Terreur quand il nous montre (t. Y, p. 76) Robespierre revenant après son triomphe d*Arras, en octobre 1791, se loger avec sa sœur dans un appartement de la TDd Saint-Florentin. D'abord le retour de Maximilien est de la fin de novembre, comme on Ta vu, et sa sœur Charlotte ne vint s^installer à Paris qu'en septembre 1792, Ghez Daplay, et non pas rue Saint-Florentin, où elle n^alla que plus tard.

si iii}iistemeiit sooleyëe par la Gironde. Combien il était dans le vrai en disant qu*il n'y aurait plus ni agitations ni agitateurs lorsque la Codyention s'occuperait uniqueinent du salut de l'État (1) I Mais la passion du bien public» chez les Girondins, était dominée, on l'a trop vu déjà, par les haines et les rancunes particulières.

Après lui, le vieux Dusaulx monta à la tribune. Également lié avec la Gironde et avec Robespierre, c'était lui, on s'en souvient sans doute, qui avait opéré un rapprochement entre Brissot et Maxîmiiien dans le déchirement occasionné par les grandes discussions sur la guerre, discussions envenimées par l'irritable Brissot, lequel ne pardonna point à Robespierre de ne lui avoir pas fait le sacrifice de son opinion. Dusaulx vengea la députation de Paris des calomnies sans cesse répandues contre elle par les organe^ de la Gironde, et condat à ce que la société passât à l'ordre du jour (2). Mais cet ordre du jour, il fallait, selon Maximilien Robespierre, le motiver sur le mépris des imputations mensongères dirigées contre les représentants de la capitale. La société consultée le fonda sur l'estime qu'elle éprouvait poor ceux-ci, ce qui revenait à peu près au même.

Il eût été étrange, en vérité, que les calomniateurs en fussent quittes à si bon marché. Dans la séance du 9 octobre, un habitant du département de l'Allier vint rendre compte de ce qui se passait dans son département. Là, sur la foi des journaux girondins, le Patriote françoiSy la Chronique de Paris, dont le pays était inonde, on croyait bonnement que la révolution du 10 août était due à Brissot, à Guadet, à la faction de la Gironde. Pour confondre Terreur, répondit Desfieux, il suffit d'envoyer les discours de Vergniaud et de Brissot sur la déchéance. Les Girondins, ajoutait ce membre ardent de la société, ressemblaient terriblement a la faction des Barnave et des Lametli; ils voulaient accaparer le ministère de la République comme jadis les Constitutionnels, le ministère de la monarchie (3). Et cela était rigoureusement exact.

Le lendemain, Brissot fut pris directement a partie. Gravement inculpé au sein de la société, une quinzaine de jours auparavant, à cause des calomnies auxquelles sa feuille servait de véhicule, il avait été invité à venir se justifier ; invitation à laquelle il avait promis de se rendre dès que la Convention lui laisserait une soirée libre. Mais depuis quelque temps la Convention n'avait pas de séance le soir, et on ne l'avait pas

(1) Journal des débats et de la correspondance de la Société deg Jacobins^ noméro 278,

(2) Ibid, Le rédacteur de ce journal, entièrement venda à U Gironde, s'eit bien gardé de reproduire le discours de Dusaulx.

(3) /6i(i., numéro 280.

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