LIVRE IX. — BRISSOT EXCLU OB tJJL SOCIETE DES JACOBINS 4«S
va. Sans nul doute il se sentait fort embarrassé pour expliquer en face de toute une assemblée les diatribes journalières insérées dans sa feuille. En conséquence, La Paye proposa à la société de prononcer surte-champ sa radiation. Cette demande inopinée souleva une assez vive discussion. Quelques memlM'es demandèrent qu'un délai lui fût accordé pour justifier les inculpations qu'il ne cessait de répandre contre plusieurs de ses collègues de la Convention; mais la société, après avw entendu Legendre d'abord, puis Collot d'Herbois, qui montra, avec raison, Brissot s*iiigéniant à travestir les idées et le caractère de ceux qui ne pensaient pas comme lui, arrêta, presque à l'unanimité, que Jean- Pierre Brissot serait rayé du tableau de ses membres (1). Rob€^[>ierre était complètement étranger à cette mesure; cependant, ce sera contre lui que se tourneront toutes les fureurs de la Gironde.
Le rapport lu par Buzot à la Convention nationale sur la nécessité d'environner la Convention nationale d'une garde recrutée dans les départements^ n'était pas de nature à calmer l'irritation des patriotes contre les Girondins. Et de fait, quand on examine de sang-froid toutes ces choses, on se demande où, en vérité, ces gens-là avaient la tète. Comment! du temps de l'Assemblée législative ils avaient détruit la maison militaire du roi, et maintenant qu'ils occupaient toutes les avenues du pouvoir, maintenant qu'ils disposaient de toutes les places à la nomination du gouvernement, ils voulaient mettre la Conventiont dont ils se croyaient les maîtres, sous la protection d'une sorte de garde prétorienne ! Jamais une idée aussi baroque n'était entrée dans la cervelle de leurs devanciers. L'Assemblée constituante, l'Assemblée législative, s'étaient crues parfaitement en sûreté au milieu de la population parisienne; mais eux, qui accusaient leurs adversaires d'aspirer à la dictature, ils ne reculaient devant rien pour assurer leur domination. Âh! Couthon les connaissait bien quand le 12 octobre, aux Jacobins, il les dépeignait comme des gens fins, subtils» intrigants, extrêmement ambitieux, voulant la république parce que Topinion s'était expliquée à cet égard, mais voulant surtout la liberté pour eux, et tenant princi-
(1) Joiirfia7 dês débats et de la correspondance de la Société du /acoftiiu, namâfo 2S1.
paiement à se perpétuer dans le gouvernement et à avoir à leur disposition les places, les emplois et les trésors de la République (4).
Cette idée d*entourer la Convention d'une garde particulière paratl Maximîlien si bizarre par son objet, et en même temps si importante par ses conséquences possibles, qu'il y crut attachées les vues les plus profondes, les plus dangereuses à la liberté. Et si extraordinaire était également cette institution aux yeux d'un certain nombre de membres de l'Assemblée, tout dévoués pourtant à la Gironde, que la commission chargée de présenter un rapport sur cet objet, et dans laquelle, suivant la remarque de Robespierre, on avait fait entrer les détracteurs les plos infatigables de la ville de Paris, se divisa : la moitié de ses membres se prononça contre cette force armée d'un nouveau genre. Mais tirois députés, entièrement acquis à Roland, ayant été adjoints à la commission par le président — c'était Pétion, déjà fervent Girondin, — un rapport favorable fut bientôt prêt, et Buzot se chargea de le soutenir. C'était, disait ce dernier, le droit des départements de concourir à la conservation de ce qui leur appartenait, comme s'il était bien habile et bien juste en même temps de désigner aux soupçons de la France la ville de Paris, laquelle n'avait jamais été plus paisible d'ailleurs que depuis l'ouverture de la Convention. Les esprits s'émurent dans la capitale. * Citoyens ! prenez-y garde, > s'écria le rédacteur d'un journal populaire, « cette mesure projetée nous menace du despotisme le plus affreux... Une maison militaire autour des législateurs! Ils abolissoient celle du ci-devant roi,... ils en veulent une pour eux (2)! »
Toute occasion était bonne à certains Girondins ardents pour vociférer contre Paris. Un arrêté de la section de Marseille, au sujet de la nécessité qu'il y aurait à maintenir dans les élections le système du scrutin à haute voix et par appel nominal, arrêté dénoncé à la Convention dans sa séance du 12 octobre, fut le prétexte dont se servit Buzot pour renchérir sur son dernier rapport. « Eh bien ! » s'écria-t-il, « puisqu'il n'y a plus d'obéissance que dans les quatre-vingt-trois départements, il vous est donc prouvé que vous devez les avoir ici (3). » £til annonçait que déjà, de divers départements, des bataillons étaient en marche sur la capitale. Ah l quand Buzot traitait les Parisiens de factieux, est-ce qu'il ne tenait pas précisément le même langage que les émigrés de Coblentz, que Brunswick et tous les aristocrates? Les Ritfth luttons de Paris ne manquèrent pas d'établir le rapprochement, a Ce langage n'est-il pas celui d'un véritable factieux?... Et vous, Robes-
(1) Journal des débats et de la correspondance.,,^ numéro 282.
(2) Révolutions de Paris, numéro 170, p. 118.
(3) Moniteur du 13 octobre 1792.