‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 199 sur 314 · LIVRE IX. — BUZOT ET LA GARDE DÉPARTEMENTALE · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — BUZOT ET LA GARDE DÉPARTEMENTALE

pierre, Marat, Danton, Robert, où étiez-vous quand Buzot s'exprima ainsi? (1) » Les plus fermes appuis de la faction girondine furent euxnémes consternés de la maladresse de Buzot dont l'emphase ridicule taisait dire à Robespierre : « Buzot a une manière espagnole très-imposante (2) . > Condorcet, en rendant compte de la séance du 1 2, ne put s'empêcher d'écrire : « M. Buzot a cru trouver l'occasion favorable pour ramener son projet de loi sur la force armée, attendu, disait-il assez meonsidirément^ qu'il n'y a plus de respect pour les lois que dans lesr départemens (3). »

L'étrange attitude de la Convention nationale dans ces premières séances semblait avoir découragé Robespierre ; le dégoût où le plongeaient les continuelles déclamations et les petits manèges de ses adversaires le tenait éloigné de la tribune. Cependant il ne crut pas devoir rester étranger à la vive discussion soulevée au club des Jacobins par le rapport de Buzot, et à laquelle prirent part, presque exclusivement, des membres de la Convention. Ce débat eut lieu à la séance da lundi 15 octobre. Plusieurs députés avaient déjà combattu le projet de loi en vertu duquel la Convention se serait trouvée dotée d'une garde départementale de près de cinq mille hommes, quand Robes^ pierre prit la parole. Â ses yeux, la force publique, comme la volonté générale, devait être une et avoir pour objet unique de maintenir l'exécution des lois en protégeant les personnes et les droits de tous les citoyens. Toute force particulière, affectée à un homme ou à une assemblée, n'étant plus dirigée par la volonté générale, lui paraissait un monstre dans l'ordre social ; car au lieu d'être un moyen de protection universelle pour la société, elle devenait un privilège inique, un instrument de violence et de tyrannie. Si même, sous la monarchie, des hommes éclairés avaient considéré comme une absurdité la garde dont s'entouraient les rois, de quel œil les patriotes verraient-ils les mandataires du peuple se donner une sorte de maison militaire commandée par un nouveau capitaine des gardes? Avaient-ils la confiance du peuple? pourquoi alors ces précautions injurieuses contre lui? £t s'ils l'avaient perdue, prétendaient-ils opprimer leurs commettants? Par quelle fatalité une Assemblée, qui avait commencé avec le règne de la République, entourée de l'estime universelle, négligeait-elle les grands intérêts dont elle était chargée pour s'occuper de cette garde particulière dont s'étaient si bien passées les deux précédentes As-

(1) RéfBolutioru de Paris^ numéro 170, p. 122.

(2) Leitret de Maximilien Bobespierre à ses commettans^ numéro l^j p* 455»

(3) Chronique de Paris, numéro du 13 octobre 1792*

semblées! N'y ayait-il point là-desaous quelques moti& secrets et extraordinaires?

Assurément ce n'était pas la crainte de dangers imaginaires cooraspar la Convention au milieu de cette cité qui avait été à la fois le berceau, le foyer et le boulevard de la Révolution, au sein de ce peuple qui» malgré leurs erreurs et leurs trahisons , avait respecté les deux premières législatures; les fondateurs de la RépubUque n'araiefit rien à redouter dans une ville où la liberté venait de remporter son dernier triomphe* sur la tyrannie. Où étaient les factions conjurées contre la représentation nationale? Les ennemis de la liberté étaientils plus forts à présent qu'avant la chute de la monardiie? Qu^st à lui, il n^hésitait pas à le dire, insurrection même la plus légiome perdrait aujourd'hui l'État et la liberté, et il avait la conviction que le peuple français supporterait patiemment les erreurs de ses mandataires plutôt que de compromettre les destinées de la République par d'injustifiables révoltes.

Quelles étaient donc les raisons invoquées par le tapp^teur? La nation entière, disait-on, devait être appelée à couvrir de son égide ses représentants; la force armée venue des départements était un lien moral que l'on ne pouvait méconnaître sans exposer l'unité, la force et la paix intérieure de l'État. Plaisant argument, réptiqoait Robespierre, comme si le véritable lien de l'unité de la République n'était pas dans le système bien combiné des lois constitutionneUes. c Mats comment, » ajoutait-il, « veut-on nous faire voir la consolidation de l'unité politique dans un projet qui tend évidemment à l'altérer? Eh î qu'y a-t-il donc de plus naturellement lié aux idées fédératives que ce système d'opposer sans cesse Paris aux départements, de donnera chaque département une représentation armée particulière; enfin , de tracer de nouvelles lignes de démarcation entre les diverses sections de la République dans les choses les plus indillérentes et sous les plus frivoles prétextes? » Alors, faisant allusion aux paroles maensées prononcées par Buzot au sein de la Convention, à ces menaces dont la capitale était l'objet, à ce tocsin sonné contre Paris dans les quatrevingt-deux autres départements, Robespierre se demandait qsel était le but véritable où tendaient les auteurs du projet de loi. Allait-on voir se renouveler ces actes arbitraires contre la liberté incKvidtteUe s fréquents du temps de La Fayette? Car il n*j avait pas à en douter, cette garde, infestée de l'esprit de réaction, ouvrirait ses rangs à une foule de royalistes devenus républicains pour le quart d'heure. Et l'on osait la présenter comme un bienfait pour Paris , tout en attisant les jalousies et les haines! Mais le motif caché de cette institution, Robes-

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