LIVRE VI. — CRITIQUE HISTORIQUE
et combien d*effort3 il fallut à Robespierre pour les convertir en partie à Topinion contraire ! on en jugera. C'est donc par la plus étrange confusion, par le plus complet oubli des faits, qu'on a pu les présenter comme opposés à la guerre et songeant seulement à combattre l'ennemi intérieur. Même à un moment où Robespierre était parvenu à ébranler bien des convictions, un journal tout dévoué aux hommes delà Gironde, la Chronique de Paris, prend soin de nous avertir que la société des Jacobins n'a pas varié dans son opinion sur la guerre, et que ses sentiments à ce sujet ne sont pas équivoques (1).
(l) Chronique dePoriSj numéro 354 de l'année 1791. — Aucun historien, il nous coûte âe le dire, n*a plus mal que M. Michelet traité cette importante question de la gonre. Dans les longues pages qu'il lui a consacrées, tout est embrouillé, défiguré oamme à plaisir. Nulle distinction entre les époques. Il suppose d'abord, très-gratuitement, que Robespierre était revenu d'Arras c aussi guerrier que personne, i et pour eda il détache deux lignes d'un de ses discours, lesquelles, lues comme elles doivent Fêtre dans le texte tout entier, prouvent précisément le contrah-e de ce que M. Midielet prétend démontrer {Hiêt, de la Révolutiotit p. 35B, t. III). Il suppose ensuite fctr ici il ne procède guère que par suppositions, ce qui, par parenthèse, est une àngnlière façon d'écrire l'histoire), il suppose, dis-je, que Robespierre adopta le parti delà paix : 1* parce que les Girondins c ses rivaux » (ce qui n'est nullement exact pour le moment] s'étaient, en son absence, emparés de l'idée populaire de la guerre, et qu'il ne voulait pas se mettre à leur suite (p. 358). Est-il possible de rapetisser ainsi, sur une hypothèse puérile, des hommes si grands, même dans leurs passions ? 2* Parce qu'il croyait les Girondins d'accord avec le parti feuillant et anglais (p. 359). On est confondu, en vérité, quand on lit de telles choses écrites par un historien d'un Si rare mérite. M. Michelet anticipe de beaucoup trop loin sur les accusations réciproques et peu fondées que se renverront les Girondins et les Montagnards. On verra iu oontraire que, dans ces longs débats sur la guerre, Robespierre rendit toujours pleine justice au [latriotisme de ceux qui professaient sur cette question une autre opinion que la sienne, et que, s'il y eut de l'animosité, de l'acrimonie dans la lutte, dles vinrent de ses adversaires, non de lui. Enfin M. Michelet suppose, en troisième lieu, «- et ici il n'est guère possible de bâtir plus lestement des suppositions sur des données purement conjecturales, pour nous servir de l'expression même de notre illastre confrère, — que Robespierre fut l'organe des société jacobines de province, lesqueUes, compoeées, en gprande partie, d'acquéreurs de biens nationaux (suppose toDJonrs M. Mibhelet), ne voulaient nullement la guerre. Or, s'il était une supposition à l'abri de laquelle devait se trouver Robespierre, c'était bien celle-là, à coup sûr, et c'est vraiment tomber dans le ridicule que de présenter comme l'avocat d'un vil intérêt l'homme aux convictions indomptables, qui jusqu'à sa mort ne cessa de se montrer le défenseur des classes déshéritées contre les privilégiés, les puissants et les Tîdies (voyez Hiit. de la Rév., p. 358 et 360). Et puis il y a un antre malheur, c'est que l'acseTtion de M. Michelet touchant l'opposition des sociétés jacobines de province eootre l'idée de la guerre est complètement fausse. S'il avait examiné avec quelque soin le Journal des débati et de la correspondance des Jacobins^ il y aurait trouvé une multitude d^adhésions en faveur de la guerre, venues des sociétés jacobines des provinces, et il y aurait vu par exemple que, dans la séance du 25 mars 1792, Guadet reprochait précisément à l'opinion de Robespierre d'être une critique amère de toutes les sociétés patriotiques qui avaient été de l'avis de la guerre. On voit dans quels abtmes d'erreurs une aveugle prévention a entraîné un écrivain plein de cœur et de talent, et que nous ne combattons qu'à regret, poussé par un devoir de conscience.
En ce qui concerne Robespierre, M. Michelet dénature teUement les pensées, les
3g HISTOIRE DE RORESPIERRE
Par toute la France, avonsHious dit, s'était rapidement propagée cette idée de la guerre. Partisans de la cour, ministériels, Girondins et Jacobins, tous semblaient animés de Tardeur des combats, comme si d'un coup d'épée on allait trancher le nœud des questions brûlantes dont la prompte solution importait à la prospérité du pays. Or,, troubler ce concert d'enthousiasme ; tenter de démasquer les uns, de détromper les autres ; opposer la froide raison aux emportements d'un patriotisme plus ou moins éclairé; combattre seul l'engouement public au nom de l'humanité, de la philosophie, de la liberté ; entrer en lutte enfin contre tout un peuple saisi d'un frémissement belliqueux, c'était donner au monde un grand et noble spectacle : eh bien l ce spectacle, Robespierre le donna pendant deux mois. Puisant dans sa conscience les forces nécessaires pour ce duel inégal, il yint, le front calme, l'œrt serein, rompre en visière aux innombrables partisans de la guerre,, sachant d'avance peut-être à combien d'inimitiés et de calomnies il exposait sa personne, mais plaçant au-dessus de sa popularité le triomphe du droit, de la vérité et de la raison*
Présenter Robespierre comme systématiquement opposé à la guerre,, ce serait une erreur. Philosophe, il n'aimait pas ces affreuses effusions^ de sang qui profitent en généra) plus aux despotes qu'aux peuples ; patriote, il croyait à la nécessité de la paix, afin d^établir dans le pays la liberté y le jeu régulier de la constitution, et surtout^ 9&n de vaincre les ennemis du dedans, plus acharnés et plus à craindre que ceux du dehors, sauf à tomber résolument sur toute puissance étrangière assez Q0ée pour s'immiscer dans nos affaires intérieures. Et alers c'eût été la guerre terrible des peuples contre les tyrans couronnés, noa une guerre anodine contre de petits princes allemands, incapables de soutenir le dioc d'une armée française.. Voilà ce qu'il disait dès le 28 novembre, dès le jour même de son arrivée. Un examen plus approfondi de la question et de la situation ne fit que le fortifier davantage dan» son opinion. H vit d'abord très-clairement que la cour avait un intérêt
opiiiioBft ê% tm gnmd criioy«D,,qa'oBi aftnût tenté âe oroife «d venté qa*'û n^pM In «k 8«bI deftdiaoQOES pcoBonoés par lui wr oette qoesUon da 1* gOMStn^M ikOTflnibral79)i à. janvier 1792, et dont il se eenteuta do eiter par et par là quelques bribes. Cembiaa plofl justft, plue équitable et plna vrai est M. de LasuMime^. daaaiea pages ëloquoates où il apprécie Tattitade de Robespierre en oes gravea débatal (Yetf. TBiêÊÊmmdm G^ roÊÊdiru^ p. 53 et aniv. du t. II da la !'• éditien.)