LH'RE IX. — BRISSOT AUX REPUBLICAINS DE FRANGE
^ demander si Brissot rappelait bien hautement que dès 1791 il avait jeté ^en Tair ce mot de république. Or, on sait de reste maintenant à quoi I s'en tenir à cet égard ; ce n'en était pas moins là son grand cheval de bataille. Il se gardait bien de dire qu'à Tépoque du 17 juillet de cette année 1791, tandis qu*isolé aux Jacobins, Robespierre tenait tète à Forage, essayait de rallier les partriotes dispersés par la terreur, s'exposait à toutes les fureurs de la réaction, tandis que les démocrates ardents étaient forcés -de se dérober par la fuite aux décrets de prise de corps lancés contre eux, lui Brissot, par un miracle au moins étrange, se promenait tranquillement dans les rues de Paris, se fiant sans doute à la protection de La Fayette, dont il était encore le servile courtisan. Il se gardait bien surtout d'ajouter qu'au mois de juillet précédent, — il n'y avait pas si longtemps, — alors qu'il espérait ressaisir le pouvoir à l'ombre de la monarchie, il avait en pleine Assemblée législative appelé le glaive de la loi sur les répMicainSy et d'avouer que par ce mot c'était Robespierre qu'il désignait plus particulièrement. Nous insistons sur ce point parce que cela est essentiel, parce que trop d'historiens, sur quelques paroles en l'air, ont mis sur le compte des Girondins la fondation d'un gouvernement qu'ils n'ont accepté que contraints et forcés.
Par un excès d'hypocrisie à peine croyable, Brissot attribuait sa radiation à son refus de se prosterner « devant la dictature de Robespierre (!].]> Comment s'étonner après cela que Robespierre, qui par son attitude semblait inviter ses adversaires à déposer les armes, à laisser de càté ces querelles particulières si funestes à la patrie, ait aussi senti tressaillir en lui le démon de la haine, et que de noires Tisions aient fini par pénétrer dans son esprit?
' Jsnes, qu'il dépend de nous d'aznalgimer notre constitution avec celle de TAngleterre, en mettant le dnc d'York roi constitutionnel à la place de Louis XVI. »
■ Vovez le discours de Brissot à la tribune de rAssemblée législative du 19 de ce iMb 4e juillet. » — Singulier rapprodiement, en e£Pet : à quelques jours de là, Brissot
' i&voqtuùt le glaive des lois contre les mqwMiGoifif . —
■ Cette note m'étonna beaucoup, > ajoute Barère, ■ mais pour Tappuyer par des &its,mon collègue me dit de lire avec attention, dans les journaux, le discours de Briaot, dont il était question. » Mimoiret de Bairiv^ publiés par MM. Camot et Uvid d'Angers, t. H, p. 43, 44 et 45.
Nous sommes loin de citer Barère comme une autorité ; mais ce curieux passage ^c ns Mémoires est ime preuve de plus que Texistence d^un parti Brunswick n'était pu Mulement dns rimaginatioA de Robespierre, et que lorsque après une feule ^Mitres ce dernier le dénonça à son tour, sa dénonciation s^appuyait sur des précomptions très-graves.
(l) YoTez ce long factum de Brissot reproduit tout entier dans VHûtoirt parlemen- (airr,t.ix,p. 122àld8.
Comme pour répondre à ce manifeste de la calomnie, Robespierre prononça, aux Jacobins, dans la séance du dimanche 28 octobre 1792, un long discours traitant de Tinfluence de la calomnie sur la RévolutioD. Beaucoup plus restreinte sous le despotisme, à une époque où elle . s'exerçait principalement d'homme à homme, de famille à famille, la puissance de la calomnie s'était singulièrement accrue depuis que l'opinion gouvernait le pays. C'était elle depuis lors qu'avaient tour à tour invoquée les factions pour combattre la liberté. Par elle, les maximes de la philosophie appliquées à l'organisation des sociétés politiques étaient devenues des théories désorganisatrices de l'ordre public ; par elle, le mouvement de la Révolution n'était jplus que troubles, désordres et factions ; c'était elle qui traitait de flagorneries séditieuses la défense énergique des droits du peuple, et de réclamations extravagantes ou ambitieuses la réclamation des droits les plus sacrés des citoyens. Flétrir enfin par des mots odieux les choses honnêtes et louables, déguiser sous des dénominations honorables les systèmes de l'intrigue et de l'aristocratie, tel était, selon Robespierre, ce grand art de la calomnie incessamment mis en usage par les ennemis de la Révolution et par tous les ambitieux.
Il esquissait ensuite à grands traits tous les maux dont elle était la cause ; montrait comment, avec son aide, on était parvenu à épouvanter les esprits faibles, les riches, les égoïstes , à les détacher de la cause populaire; comment de mauvais citoyens, trop lâches pour endosser ouvertement la livrée de l'aristocratie, avaient pu, grâce à elle, combattre la liberté sans paraître déserter ses drapeaux. Tous ces fantômes de brigandage dont sous la Constituante on effrayait les mandataires du peuple, ils étaient suscités par la calomnie; et la loi martiale était son ouvrage, cette loi dont le nom seul, disait Maximilien, déshonorait les législateurs français, et qui tant de fois, depuis l'origine de la Révolution, avait fait couler le sang du peuple. N'était-ce point par des pamphlets et des folliculaires qu'on avait constamment essayé d'égarer l'opinion publique? La calomnie, c'était la mère du Feuillantisme, et quand régnait cette faction, on ne pouvait attaquer ses détestables doctrines sans être accusé de vouloir désorganiser l'État, détruire la discipline militaire, prêcher l'anarchie, ou favoriser Coblentz et l'Autriche.
UVRE IX. — DISCOURS SUU l'INFLL'ENCE DE LA CaLOxMME 481
Arrivaut à Tépoque présente, Robespierre voyait le même esprit sous des noms.différents. Les mêmes moyens et les mêmes cabales se reproduisaient, et, le mot de république été, rien n'était changé à ses yeux. Dédidé à démasquer les intrigants du jour, ceux qui, depuis cinq semaines, s'acharnaient à calomnier les députés de Paris et la capitale tout entière, il les montrait copiant servilement aujourd'hui les Feuillants, comme eux criant sans cesse il l'anarchie, et jetant aussi aux patriotes étrangers à leur coterie les noms de démagogues e* de désorganisateurs ; il les montrait usant de tous les moyens d'influence que leur donnaient leurs journaux et le pouvoir dont ils étaient revêtus, pour pervertir Topinion dans les départements, pour outrager, toutes les sections de la capitale et accuser Paris du projet insensé de vouloir subjuguer la liberté du peuple français, Paris qui avait donné à la France le signal de la Révolution, et qui venait d'envoyer quarante mille de ses enfants combattre aux frontières ! Et c'était le moment choisi par les ambitieux pour déverser sur la capitale et sur ses représentants la calomnie à pleins bords ! Comment s'étonner si la Convention n'avait rien fait ju^qu'ici qui répondit à la hauteur de sa mission, à l'attente du peuple français ? Le moyen de s'occuper de la constitution nouvelle « et de la liberté du monde, » au milieu des orages soulevés chaque jour par des hommes qui ne songeaient qu'à persécuter les patriotes parisiens?
Tout leur était bon pour calomnier les sections de la capitale et la commune. On grossissait à dessein les moindres alarmes. A chaque instant les intrigants semblaient prendre à tâche de jeter l'épouvante au sein de la Convention. Tantôt on annonçait l'insurrection de quatre mille ouvriers sur la place Vendôme, tantôt une révolte formidable au Palais-Royal; et il se trouvait que la place Vendôme et le Palais-Royal étaient calmes et déserts, c Que seroit-ce donc, » poursuivait Robespierre, a s'il arrivoit en effet quelque mouvement partiel qu'il seroit impossible de prévoir ou d'empêcher ? C'est alors qu'il seroit prouvé, aux yeux de tous les départemens, que rien n'est exagéré dans le portrait hideux qu'ils ont tracé des horreurs dont Paris est le théâtre, et que les représentans de la République doivent le fuir en secouant la poussière de leurs pieds. Voilà l'événement que les intrigants de la République attendent avec impatience. Heureusement jusqu'ici les citoyens semblent avoir deviné leur intention. Ce peuple si féroce a lutté contre la misère; il a imposé silence à l'indignation que pou voient exciter toutes ces lâches persécutions, et ce n*est pas le moindre prodige de la R évolution que ce calme profond qui règne dans une ville immense, malgré tous les moyens qu'ils emploient chaque jour pour exciter euxmêmes quelque mouvement favorable à leurs vues perfides. • Les aris -
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tocratcs de rAssemblée ccmstituante» oontmuait-il, rendaient plus de justice à la capitale, tout en insultant la Révolution, et à ce sujet il rappelait que l'abbé Maury lui*méme avait hautement reconnu le service dont il s'était trouvé redevable au peuple de Paris lorsqu'il, avait été soustrait un jour à la juste indignation qu'il avait provoquée en menaçant la foule de ses pistolets. La Fayette, et ses amis s'étaient-ils jamais avisés de demander pour eux la création d'une maison militaire! Avaient-ils songé à appeler les départements pour les défendre contre Paris? Mais les petits tyrans de la République étaient moins débonnaires que les Conslituiionnels. On les verrait, plutôt que d'abandonner le pouvoir, quitter Paris, diviser les départements. Déjà autour d'eux s'étaient ralliés les plus gro# personnages, les fonctionnaires publics, tous les serviteurs de la contre-révolution : <r Enfin, » disait Robespierre, « ils sont les honnêtes gens, les gens comme il faut de la République; nous sommes les sans-culottes et la canaille. » Et dérision singulière! ces gens-là qui détenaient toute la puissance executive, qui avaient pour eux les armées, le trésor, toutes les places, qui dominaient la Convention, qui exerçaient en un mot l'autorité suprême, accusaient leurs adversaires d'aspirer à la dictature. On était un mauvais citoyen, un agitateur, un factieux, du moment où l'on était sou]:)çonné de vouloir contredire leurs vues. Quel mal ils avaient causé à la République en élevant, en quelque sorte, i^ne barrière entre Paris et les départements, en soulevant contre la capitale toutes les opinions envieuses ! Avec quel art ils versaient dans les cœurs les poisons de la haine et de la défiance I Comme ils soufflaient le feu de la guerre civile! Et certes, ce n'était point leur faute si déjà des rixes funestes ne s étaient pas engagées, c Ah ! François, » s'écriait Robespierre, « qui que vous soyez, embrassez-vous comme des frères, et que cette sainte uniofl soit le supplice de ceux qui cherchent à vous diviser. » Plus que jamais il recommandait aux amis de la liberté la concorde, la sagesse et la patience. Les ambitieux finiraient par se démasquer, par se perdre euxmêmes par leurs propres excès. « Eclairez-vous, » disait-il en termi' nant, « éclairez vos concitoyens autant qu'il est en votre pouvoir; dissipez l'illusion sur laquelle se fonde l'empire de l'intrigue, et il ne sera plus. »
< Passer la vérité en contrebande à travers tous les obstacles que ses ennemis lui opposent; multiplier, répandre par tous les moyens possibles les instructions qui peuvent la faire triompher; balancer par le zèle et par l'activité du civisme l'influence des trésors et des maihit»tions prodigués pour propager l'imposture : voilà, à m<m avl<^, la plus utile occupation et le devoir le plus sacré du patriotisme épuré. \kè