‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 207 sur 314 · LIVRE IX. — DISCOURS SUR L INFLI}ENCE I)K LA CALOMNIE · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — DISCOURS SUR L INFLI}ENCE I)K LA CALOMNIE

armes contre les tyrans, des livres contre les intrigants; la force pour repousser les brigands étrangers, la lumière pour reconnaître les filous domestiques : voilà le secret de triompher à la fois de tous vos ennemis. »

Cet important discours qui peignait si bien la situation, et dont nous n'avons pu tracer qu'une esquisse rapide et incolore, fut accueilli par les plus vifs transports. La société en ordonna sur-le-champ l'imf)ression et l'envoi aux sociétés aftiliées (1). Danton qui présidait, Danton qtie les Girondins venaient de froisser cruellement en le sommant, comme s'ils eussent douté de son intégrité, de justifier de l'emploi des fonds dont il avait eu le dépôt comme ministre, proposa à la société d envoyer le discours de Robespierre à toutes les parties intéressées. Un autre membre, Brival, député de la Corrèze, demanda, aux éclats (ilerire de la société, qu'on invitât le ministre de l'intérieur Roland, qui employait à l'impression de tant de cho>es les cent mille francs de fonds secrets qu'on lui avait confiés, à imprimer également à ses frais cet excellent discours. Cette proposition ayant été adoptée, son auteur, Saint-Justet Lullier, furent chargés d'aller la soumettre au ministre de rintérieur (2). Nous donnerons tout à l'heure d'assez curieux détails sur la manière dont Yhannéte Roland employait les fonds de la République; nous en avons dit un mot déjà, mais il nous faudra y revenir. Quant au discours de Robespierre, si modéré à cAté du violent factum de Brissot, il porta au comble Plrritation des Girondins; et, sans plus attendre, ils résolurent d'abattre, coûte que coûte, celui dont la grande influence morale leur paraissait le seul obstacle à leurs projets ambitieux, bien que, depuis l'ouverture de la Convention, Maximilien ne les eût guère gênés dans l'exercice du pouvoir.

(1) Discours de Maximilien Robespierre sur l'influence de la calomnie sur la Révolution, {wonoocé à la Société, dans la séance du 23 octobre 1792, l'an I«*" de la Hépubliquc. U est saivi de cette note : « La Société, dans sa séance du 28 octobre 1792, Pan 1''^ de It République françoise, a arrêté Timpression et Tenvoi de ce dÎMOurs ans sociétés qui lui sont aftiliées, aux assemblées électorales, aux quarante-huit sections, la distribution aux tribunes et aux membres de la Convention nationale — Dakton, préâd«at; La Faye, vice-président; Lbpelbtibb, Bestabols, députés; Le Fort, MoEitxE, Simon, secrétaires.

Robespierre inséra son disconrs dans le numéro 3 des Lettres de M, Robespierre « M rommeftofu, p. 97 à 132. Il a été reproduit dans V Histoire parlementaire, t. XX, ?• 9 à 27 ; et dans les OEuvreê de Robespierre, recneiUies par Laponneraye, t. II. p. 153.

(2) Journal dns débats et de la correspondance de la Société des Jacobins^ numéro 292. ^journal résume en vîngt-buit lignes le discours de Robespierre.

Un véritable plpn de bataille fut dressé contre Robespierre, les rôles furent distribués aux ardents du parti, et chacun se tint prêt à doDDer à la première occasion.

Les intrigants, avait dit Robespierre, ont pris la place de la faction des Feuillants, Rien ne prouve mieux cette vérité, suivant nous, que le rapport présenté par Buzot à la Convention dans la séance du 27 octobre 1792 contre ceux que la faction appelait « les provocateurs au meurtre, » rapport suivi d'un projet de loi sur les écrits qualifiés de séditieux. J'aime beaucoup mieux, pour ma part, les gouvernements qui s'opposent bien nettement et bien franchement à la liberté de la presse, conïme incompatible avec leur existence, que ces gouvernements hypocrites qui, tout en protestant de leur amour pour cette liberté, l'étranglent tout simplement, sous prétexte de réprimer les écrits incendiaires. Qu'est-ce qu'un discours ou un écrit qui provoque k dessein l'assassinat? demandait avec raison un journal de l'époque (1). Nous savons en effet, hélas ! de quelles déplorables interprétations sont susceptibles toutes les lois contre la presse!

Chefs du pouvoir exécutif, les re/^uMtcams de la. Gironde- se conduisaient exactement comme les Constitutionnels, quand, devenus maîtres de l'autorité après la fuite de Varennes, ceux-ci confoclionnaient des lois contre les écrits gênants. Douze ans de fers contre l'écrivain ou l'orateur reconnu coupable, et la mort même, si Ton jugeait que l'écrit ou le discours avait été suivi d'un meurtre : telles étaient les principales dispositions de la loi d'Amour, qu'au début de la République les Girondins venaient offrir à la France. — Ainsi, quand l'aimable auteur de Faublas provoquait ouvertement les gens, non par une simple figure de rhétorique, à l'assassinat de Robespierre, il s'exposait, en vertu de la loi Buzole, à douze années de fers. — Buzot était autrefois d'un avis dilférent lorsqu'à côté de Robespierre, il combattait les Le Chapelier, les Duport, les Lameth. « Mais alors il étoit patriote, > écrivait avec tristesse le rédacteur des Révolutions de Paris (2;. Quant à Robespierre, à qui l'on n'aura pas à reprocher de pareilles

(1) Bévolutiofiê de Paris, numéro 173, p. 236.

(2) Ibid,

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