‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 208 sur 314 · LIVRE IX. — LE RAPPORT DU MINISTRE ROLAND · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LE RAPPORT DU MINISTRE ROLAND

palinodies, il pouvait dire alors ce qu'il disait du temps de la Constituante : <r Toutes les déclamations contre ce qu'on appelle les écrits incendiaires cachent toujours le dessein secret d'opprimer une nation dont le premier besoin est d'être éclairée sur ses droits, sur ses intérêts. 11 fallait donc renoncer à tout acte de rigueur contre les écrivains, et maintenir'comœe la plus solide base du bonheur social la liberté illimitée d'écrire sur toutes choses (1). » En matière de liberté, on le voit, Robespierre avait des principes autrement arrêtés que ceux des Girondins.

Le lundi 29 octobre, le ministre de l'intérieur Roland, dans le but bien évident de pousser la Convention à vdter la loi de son ami Buzot, {M'ésenta, par la bouche de Lanjuinais, sous le jour le plus sinistre, la situation de p£^is, dont il avait été chargé de rendre compte. Dans son très-long rapport, formidable écho des continuelles déclamations girondines contre la ville de Paris, contre la commune et toutes les autorités révolutionnaires qui n'avaient pas voulu être les dociles instruments de la faction, il n'étak question que fort indirectement de Robespierre. On ne nommait ni lui ni personne. Mais à la fin, tout à fait à la fin, Roland parlait insidieusement d une lettre remise au ministre de la justice, lettre dans laquelle était dénoncé un prétendu projet de renouvellement de massacres où devaient être compris plusieurs membres de la Convention, et dont Lanjuinais s*empressa de donner également lecture (2).

C'était là, on le sent bien, le point capital du morceau. A la manière solennelle dont le ministre parlait de cette lettre, on aurait pu croire à quelque chose de sérieux ; eh bien ! nos lecteurs vont juger de la valeur de cette misérable intrigue ; ils se demanderont si jamais ministre s'est moqué à ce point de la représentation nationale d'un grand peuple, et si janaais un des premiers fonctionnaires de l'État a usé envers un citoyen isolé d'une perfidie pareille à celle qu'en cette circonstance \ honnête Roland employa à l'égard de Robespierre.

La scène avait été merveilleusement préparée. Guadet présidait la Convention; Guadet, un des plus féconds inventeurs des calomnies propagées contre Maximilien par les hommes de la Gironde, Guadet, qui un jour, comme on sait, avait reproché à son adversaire de vouloir remettre le peuple sous le joug de la superstition pour avoir, dans un mouvement oratoire, osé invoquer le nom de la Providence, Guadet,

(1) Discoars sur la liberté de la presse . Voyez notre précédent volume.

(2) Le Moniteur ne donne pas le nom da secrétaire lecteur; mais on le trouve on toutes lettres dans le Journal des débats et des décrets de ta Convention, numéro 41.

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qui, dressant contre Robespierre un acte d'accusation formidable, n'avait trouvé à le charger que de ce crime étrange, à savoir d'être... Vhdole du peuple, Guadet enfin, dont sept mois auparavant un écrit avait été solennellement déclaré calomnieux par la société des Amis de k Constitution : tel était Thomme chargé de prébîder les débats d'une séance marquée, dans les desseins de la Gironde, pour la perte de Robespierre. Afin de mieux disposer les membres de l'Assemblée, on avait eu soin, dès le début de la séance, de leur distribuer la venimeuse brochure de Brissot, dont nous avons rendu compte (1).

Maintenant arrivons à la fameuse lettre. Et d'abord elle était anonyme (2). En vérité, le cœur se soulève de dégoût quand on pense qu'un ministre de la République est allé, pour s en faire une arme contre un adversaire, ramasser dans la boue une de ces dioses que l'on doit rejetter avec dédain. 11 était impossible d'imaginer un plus pauvre et plus détestable moyen. L'auteur de cette lettre, adressée au vice*président de la seconde section du tribunal criminel, nommé ûubail , à qui les Girondins ont fait jouer Ik un triste rôle, raconte que se trouvant la veille ce chez un quidam féroce, » il était venu un particulier de la section de Marseille, membre du club des Cordeliers, lequel, après avoir fort loué la journée du 2 Septembre, avait ajouté que cela n'était pas fini; qu'il fallait une nouvelle saignée. « Il est temps et grand temps d'arrêter la fureur des assassins, a continuait le correspondant anonyme, «se Je gémis, h mon particulier, de voir les horreurs qu*on nous prépare. Buzot leur déplaît beaucoup; Vergniaud, Guadet, La Source, etc., voilà ceux que l'on nomme pour être de la cabale Roland; ils ne veulent entendre parler que tle Robespierre (3)... >

(1) Voyez dans le Joumai dts débatt et 4e la oorrespondatiCB de la Société deeJaeolMM, numéro 392, la déclaiation de Merlin.

(2) Apparemment le ministre connaissait Tautenr anonyme de cette lettre, puisqu'elle est attribuée au sieur Mérodière par le Moniteur, qui, du reste, ne la donne que tout à fait tronquée (numéro du 31 octobre). Ainsi il supprime oatte phrase : • Jo ne signe pas ; et ^ous savez bien que ce n'est pas la confiance qui me manque, mais je crains de tous compromettre. » On serait tenté de se demander comment, en signant, il aurait compromis son correspondant, si une telle lettre valait la peine d'ôire discutée. D'après Dubail, elle lui aurait été adressée par Marcandier, un d«s plus violents ennemis de Robespierre. Le Jf ont leur a imprimé Mérodifire pour Uarcandier, sorte d'intrigant dont nous avons déjà parlé.

(3) Dans la version tronquée du Jfimt<eMr, on lit : « Ils ne veulent entendre parler que de Robespierre, et prétendent que seul il peut sauver la patrie, « Ijuijuinais auraitil ajouté cela? Ce membre de phrase ne se tronve pas dans le texte de la lettre qu'on peut lire dans le numéro 41 du Journal des débals et des déctfts de la Convmtùmy p. 747, et dans V Histoire parlemenUiirej t. XX, p. 411. M. Micbelet trouve commode de ne dire mot de cette lettre qni espÙque si bien PindignatioD de Robespitfre (t. IV, p. 475). Cek évite k l'émioeiit écrivain remburrae d'avotr à s'aa^qaer sur cotte odiettie intrigue dea Girendina, Voici de so& côté ^aaaamt BotafàeRe s'sit

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